Étude sur Diderot
jection et se donnait lui-même la réplique. » Cette transformation (le la parole intérieure est surtout fréquente chez les hommes qui sont causeurs de leur naturel , et pour qui la conversation est un besoin de l'esprit, un excitant presque indispensable des facultés intellectuelles, mais qui ne causent pas avec tout le monde : pour chacun des objets qui les préoccupent, ils ont un interlocuteur préféré : habitués à penser et à parler de telle chose avec tel compagnon, ils ne savent pas penser tout seuls; quand cela leur arrive, c'est qu'ils ont évoqué ce collaborateur habituel de leur pensée ; c'est en sa présence supposée qu'ils trouvent des idées nouvelles et qu'ils épanchent leurs réflexions; souvent, ils préparent ainsi plus ou moins volontairement leurs conversations futures. Le même phénomène se produit chez les hommes qui, en vertu de leur profession, parlent fréquemment en public; mais, chez eux, l'ami attentif, c'est leur auditoire habituel ; ainsi pour les professeurs, les conférenciers, les avocats, les hommes politiques. Plus d'un avocat, sans doute, ne peut bien préparer une cause dans son cabinet sans imaginer le tribunal auquel sa plaidoirie doit s'adresser. Parfois, mais rarement, l'auditeur imaginaire est indéterminé.
Enfin, on se parle quelquefois à soi-même à la seconde personne avec autant de vivacité qu'à un interlocuteur ; ici, nous retrouvons la parole intérieure morale; les reproches, les conseils, les résolutions sont en etfet des occasions de hausser le ton de la parole intérieure et de lui donner une allure impersonnelle. On peut signaler les rapports de la parole intérieure morale avec les deux autres variétés vives en disant que \di passion morale impli({ue Y imagination plus ou moins nette d'un conseiller, (ont au moins d'une voix étrangère.