‹ La parole intérieureChapitre 9 sur 66 · I. Recherches, ch. IT, p · texte numérisé non relu

I. Recherches, ch. IT, p

■1. Recherches, ch. VIII, p. 183-184. Cf. ch. VII, p. 164 et suiv. 3. Léfjisl. prim., ch. I, uote e.

V. Dissertation, p. 2C6 ; Recherches, ch. VII, p. 160. 0. Lé(jisl. prim., ch. 1, uote d; Dissertatio?i, p. 251; Recherches, ch. II, p. 03 ; Démonstration, p. 418.

moyen de la seule parole intérieure, et ne peuvent arriver à bien connaître les corps ^ ; mais l'homme adulte et pourvu de tous ses sens, « sain d'esprit et de corps » , possède un double langage intérieur, qui devient simple lorsque sa pensée se détache des objets sensibles et particuliers pour s'élever jusqu'aux idées.

Deux inexactitudes subsistent pourtant dans les vues de Bonald sur la place qu'occupe dans la succession psychique la parole intérieure ; il n'a pas vu que la parole intérieure est, en fait, chez l'adulte, absolument constante et continue ; il n'a pas vu davantage que, chez 1 adulte^ aussi, les images visuelles sont, en fait, toujours reléguées^ au second plan par la parole intérieure [ch. YIJ, qu'elles ne forment pas des séries continues, et qu'elles ne sauraient à aucun titre entrer en parallèle avec la série des sons intérieurs.

Cette erreur d'observation nous explique, sans la justiiier, celle qu'il a commise au sujet de l'écriture intérieure. D'une manière générale, le goût de Bonald pour les antithèses (symboles, à ses yeux, des harmonies des choses) l'a empêché de reconnaître la prééminence de la parole intérieure sur toutes les images visuelles, soit ana-

1. Recherches, ch. VII, p. 100 et passim. — Ils devraient d'autant mieux connaître les idées. Pourquoi , dirions-nous à Bonald, si peu d'aveugles parmi les grands penseurs, les prophètes, les législateurs ? Les aveugles-nés seraient des anges, de purs esprits. — Quant aux sourds-muets, leur langage, une fois établi, vaut le nôtre et exprime les mêmes idées ; il est seulement moins commode : car il n'est pas perçu dans toutes les positions du corps, le travail manuel Tinterrompt,l'obscurité le supprime ; puis les sourds-muets forment une petite société dans la grande, à peu près comme les Juifs au moyen âge et les bohémiens aujourd'hui. Leur infériorité par rapport à nous n'a pas de causes plus relevées. — Sauf un mot en passant {Recherches, ch. VIII, p. 182), Bonald méconnaît absolument le rôle du toucher, dont, en revanche, Maine de Biran et Bain ont abusé. II a nié d'avance la possibilité de l'éducation de Laura Bridgmanu, la sourde-muette aveugle^ qui a reçu jusqu'à une instruction théologique.

logiques ou syml)oliques, soit piionétiques. En réalité, de même que les images, visuelles ou autres, qui sont analogues aux choses, c'est-à-dire constitutives de nos conceplions, peuvent s'affaiblir indéfiniment et se discontinuer comme états distincts sans détriment pour la pensée, pouiTu que la parole intérieure, série homogène, continue, toujours distincte, persiste dans la conscience [ch. VI], de même l'écriture intérieure est inutile pour éci'ire, et la parole intérieure, chez tout homme exercé à l'écriture, dicte directement les signes visibles; sans doute nous nous remémorons ou nous imaginons de temps à autre des images de lettres ou de mots écrits ; mais, lors même que nous écrivons, circonstance éminemment favorable à leur formation, ces images ne font jamais séiie dans notre conscience.

2° Nécessité de la parole intérieure. — Médiocre observateur de ce qui est, Bonald s'empresse de passer du fait contingent aux lois nécessaires. Au lieu de dire que la parole intérieure est constante et n'est pas nécessaire [ch. VI, § 8, fin], il a nié implicitement sa constance et tout d'abord proclamé sa nécessité : « // faut des mots pour penser ; — on ne peut penser sans se parler à soimême ; — la parole intérieure est nécessaire « à la conception, à la contemplation de l'idée » ; etc. Cette nécessité «[u'il affirme * n'est pas la nécessité pure et simple, mais la nécessité pour penser, ou, plus exactement, pour idéer, c'est-à-dire pour penser les objets intellectuels, esprits, rapports, concepts généraux. Un son intérieur ou extérieur est nécessaire pour concevoir des idées,

! . Outre les textes déjà signalés, voir Recherches, cli. II, p. 79 ; ch. VIII,

p. 173-194 ; etc.

comme une image ou une sensation de la vue est nécessaire pour connaître ou pour concevoir des corps; mais l'imagination n'est qu'une forme inférieure de la pensée ; la pensée proprement dite est l'idée ; à toute idée correspond un son; un son qui exprime une idée s'appelle uniparole ou un mot; il y en a d'autres qui sont de vains bruits, car tous les sons ne sont pas accompagnés d'idées ; mais toute idée consciente est nécessairement accompagnée d'un son.

Dire que la parole intérieure est nécessaire, absolument parlant, serait une simple inexactitude de langage ou di^ logique; ce serait passer sans raison suffisante du fait au droit, le droit ou la nécessité paraissant à tort révélé par le fait de la constance. Cette faute de la logique, Bonald. bien qu'il ait restreint la constance à la durée de l'idéation, la commet avec une sorte de candeur. Une seule fois, il daigne révéler la majeure sur laquelle il s'appuie : au physiologiste Ilaller, pour qui la parole intérieure est (comme pour Bossuet et Port-Royal) une simple liabilude acquise, il oppose comme un axiome indiscutable cette proi)Osition : « Les habitudes générales de l'esprit ne peuvent être que des nécessités de sa nature » *.

Ce n'est pas tout : en affirmant que la parole intérieure est nécessaire pour penser, Bonald commet une nouvelle erreur d'observation; comme il n'a pas vu que la parole intérieure est constante en fait, de même il ne voit pas qu'elle est toujours moins riche que la pensée ; en réalité, la pensée déborde toujours la parole, jamais elle ne peu! s'exprimer tout entière ; pendant que nous nommons une de nos pensées , d'autres naissent à la conscience qui

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