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Ne LU ES gnait la médecine à l’Université de Valladolid ; il était, en même temps, le médecin du fils et du petit-fils de Charles- Quint, les rois d'Espagne Philippe IE et Philippe LL. L'Espagne était alors une grande nation; elle exerçait en
. Europe une suprématie incontestée et les Universités espagnoles étaient les plus florissantes. C’est ce qui explique la
vogue de l’enseignement de Mercatus.
Au point de vue spécial qui nous occupe, Mercatus eut le grand mérite de reconnaître que, très fréquemment, les fièvres intermittentes ordinaires, qu’il avait nettement séparées des
fièvres continues ou synoques et des fièvres continentes ou
synèques, élaient accompagnées d'accidents particuliers sur-
venant soudainement et donnant à l'allure de la fièvre une
gravité insolite ; il qualifia ces accidents de pernicieux et appela fièvres pernicieuses celles où on les observait. Il avait aussi très bien observé la périodicité des fièvres intermittentes, de même que la régularité de leur rechute ; mais il avait fait de la perniciosité l’apanage presque exclusif de la fièvre tierce, dont il décrivait cinq types pernicieux.
De plus, partisan convaincu des doctrines galéniques, il ne voyait, dans ces fièvres pernicieuses, qu'un effet des diverses altérations putrides des humeurs de l'organisme, et, comme il y avait cinq modes de la putridité des bumeurs, il y avait aussi
cinq types de fièvres pernicieuses. Comme tous les galénistes,
il avait sacrifié l'observation aux idées doctrinales.
En dernière analyse, quelles que soient ses idées sur leur pathogénie, Mercatus reste bien le créateur des accès pernicieux, et, il faut bien le dire aussi, un des non moindres mérites du médecin de Valladolid, c’est d'avoir été le préparateur de l’œuvre impérissable de Torti ; les ébauches: encore confuses de celui-là sont devenues les magistrales et précises descriptions de celui-ci. C’est qu'entre les deux auteurs, une
découverte, féconde par ses bienfaits, avait révelulionné la thé-
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rapeutique des fièvres: je veux parler de l'introduction du quinquina en Europe, et de son usage dans le traitement des fièvres dites essentielles. Quand l’emploi de la précieuse écorce se fut répandu dans le monde médical, on ne tarda pas à reconnaître qu'une grande division entre les fièvres s’imposait : celles qui étaient influencées et guéries par le quinquina, et celles qui étaient traitées sans succès. Les fièvres intermittentes paludéennes, se trouvent donc à présent nettement dégagées du bloc des autres pyrexies essentielles.
En effet, un autre prédécesseur de Torti, l'anglais Morton(l), avait le premier émis l’idée que la cause des fièvres rémittentes pernicieuses, qui sont les intermittentes de Mercatus, devait être recherchée dans l'absorption d’un poison étranger à l’organisme.
Pour Morton, c’est l’air palustre qui, chargé de particules
hétérogènes et vénéneuses, produit les fièvres pernicieuses, en
se mélangeant avec les esprits, après avoir été inspiré par les poumons. Une autre cause adjuvante, c’est la saison d’automne, avec ses matinées et ses soirées si fraîches, intercalées entre les heures d’une Journée presque toujours très chaude. Cette double étiologie expliquait, d’après Morton, l’endémicité des fièvres sur les bords de la mer et dans les endroits marécageux, et leur recrudescence dans la saison d'automne. On ne peut nier que tout cela ne soit parfaitement observé.
Néanmoins, Morton, étiologiste remarquable, reste bien inférieur à Torti comme clinicien, Comme Mercatus, le médeein de Modène (2) avait observé que les fièvres intermittentes tirent leur gravité d'un élément nouveau qui s'ajoute à l'accès et lui donne un caractère tout particulier de perniciosité : si
(4) Morton. — Pyrétologie. Londres 1691.
(2) Torti. — Thérapeutique spéciale des fièvres périodiques perni- -cieuses, Modène 1712.
l’accès reste solitaire, sans adjonction d’un symptôme étranger, il reste bénin et guérit toujours. La gravité vient sans cesse d’un phénomène nouveau qui se superpose à l'accès intermittent proprement dit. C’est ainsi que Torti établit sa grande classe des fièvres intermittentes pernicieuses qu'il appela comitatæ. |
Il yen avait sept formes principales, dont les trois dernières, la syncopale, l’algide et la léthargique, semblent bien être des formes cliniques de la fièvre comateuse : pour les fièvres syncopale et léthargique, les noms seuls de syncope et de léthargie ne peuvent guère laisser de doutes à ce sujet; et, quant à la fièvre algide, c'était encore probablement une fièvre comateuse qui avait surtout frappé Torti par l'intensité de ses phénomènes de collapsus et d’algidité. Nous savons, en effet, que, presque toujours, les accès algides finissent par le collapsus et l'algidité
Torti tenta aussi une ébauche de pathogénie. Pour lui, ces formes léthargiques, algides et syncopales, sont occasionnées par l’épaississement et la concrétion des humeurs, et il les appelle fièvres pernicieuses coagulatives, par opposition à un autre groupe de fièvres pernicieuses, qu'il appelle coliquatives.
Le médecin de Modène établit aussi une autre classe de fièvres malignes en dehors des fièvres intermittentes. C'était la subcontinua maligna, dans laquelle MM. Kelshet Kiener reconnaissent les traits de la rémittente paludéenne typhoïde.
Enfin, toujours guidé par les doctrines humorales, Torti pensa que, dans cerlaines fièvres intermitlentes à accès subintrants, le sang pouvait se charger, à chaque nouvel accès, d’une certaine quantité de ferment fébrile qui ne subissait pas la coction et ne pouvait être éliminé par les crises ; dans ce cas, il se développait une fièvre secondaire, mais Continue, qui se greffait sur la fièvre périodique primitive, et évoluait
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concurremment, en mêlant ses symptômes propres à ceux déjà existants,
C'étaient des fièvres hybrides, à la fois périodiques et continues, où les deux éléments pouvaient se mélanger en proportions variables ; d’où la notion des fièvres proportionnées.
Quand l'élément périodique l'emportait sur l’autre, la fièvre proportionnée prenait l'allure des fièvres intermittentes, et pouvait en présenter les divers caractères cliniques, notamment, la perniciosité et ses diverses formes ; de plus, elles guérissaient par le quinquina. Mais, quand c'était l'élément continu qui dominait, le quinquina restait sans efficacité, et il devenait plus difficile de faire la part exacte de l’élément paludéen. | |
‘Quoi qu'il en soit de ces erreurs de doctrine, le grand mérite de Torti, c’est d’avoir bien dessiné le cadre clinique du paludisme fébrile, et d’avoir nettement posé la question des diverses associations fébriles qui viennent encore ajouter quelques nœuds à l'écheveau déjà si embrouillé des manifestations aiguës de la maladie.
Lancisi (1) qui avait éte chargé par le pape Clément XI d'étudier les fièvres estivales, épidémiques dans la campagne romaine et la Romagne, y passa 15 années, de 1695 à 1709, à rechercher lés causes du mal et le remède à y apporter. Entre autres modalités de la fièvre intermittente, il décrivit la forme pernicieuse soporeuse, et vit que la continue paludéenne s'accompagne quelquefois aussi d'accidents pernicieux comateux. Le quinquina, d’après Lancisi, avait une action manifeste dans le traitement de ces fièvres : mais le médecin italien, tout comme ses précurseurs, ne pouvait discerner nettement les continues palustres des infections dysentériques ou typhoïdi-
(4) Lancisi. — Des effluves nuisibles des marais, Rome, 4716.
Le Ces ques. Au point de vue pathogénique, il ne sortit pas des doctrines humorales de Mercatus et de Torti.
Pringle (1), médecin des armées anglaises, prit part aux campagnes de 1742 à 1748, en Flandre, en Allemagne, en Hollande. À côté de l'élément paludéen, du miasme palustre, il fit jouer un grand rôle aux influences météoriques dans la production des maladies des armées ; il décrivit la fièvre rémittente d'automne, la fièvre rémittente des pays bas et marécageux et la fièvre des hôpitaux et des prisons. Mais, pour les accès pernicieux, il ne sut voir autre chose que ce qui était déjà connu et qu'avaient signalé ses prédécesseurs ; il n’ajouta rien aux chapitres des fièvres comitées de Torti.
De même, Lind (2), qui observait dans les colonies anglaises, sut bien voir que les accès pernicieux comateux et soporeux étaient très fréquents dans les pays chauds et chez les nouveaux arrivés, mais il ne sut pas les rapporter à leur véritable cause.
La fin du XVIIT° siècle vit encore naître les œuvres de deux pyrétologistes de grand mérile; mais, en nous limitant à notre point de vue tout particulier, l’étude des accès pernicieux, comateux, Cullen (3) et Strack (4) n'apportèrent point de nouveaux documents ni de nouvelles idées : ils ne firent que répéter les opinions de leurs devanciers, sans rien ÿ ajouter de personnel.
Au commencement de notre siècle, au lieu d'avancer avec Broussais et son école, la pathogénie des accès pernicieux fit
(1) Pringle. — Maladie des armées (1779).
(2) Lind. — Maladies des Européens dans les pays chauds, Riga et Leipzig (1773).
(3) Gullen. — Éléments de médecine pratique (1785).
(4) Strack. — Observations médicales de fièvres intermittentes,
Offenbach (1785).
un pas en arrière. La raison des accidents comateux observés n'est plus cherchée dans une lésion des humeurs et du sang, mais dans l’inflammalion des organes. Il n’est plus question désormais de fièvres putrides, pernicieuses, bilieuses, comateuses ou nerveuses,mais de gastro-céphalites, de gastro- ie tites el autres inflammations viscérales.
Eu 1820, Bailly, un des plus fervents adeptes de la doctrine nouvelle, partit pour Rome pour étudier le paludisme dans un de ses principaux foyers, et rénover, à la lueur de l'anatomie pathologique, la vieille théorie humorale des fièvres intermittentes. Dans les nombreuses nécropsies qu'il eut l’occasion de pratiquer, il n'eut pas de peine à trouver des signes d’inflammation de l'estomac, du foie, de l'intestin, du cerveau. Les sligmates des phlogoses viscérales étaient plus ou moins intenses, suivant l’acuité ou la gravité des manifestations paludéen nes, mais, en définitive et en dernière analyse, c'était toujours l’irritation de l'estomac, du duodénum, de la rate, noire et. diffluente, du foie, gorgé de sang épais et poisseux, du cerveau, dont l'écorce devenait brune et ardoisée, qui causait la pyrexie et amenait la mort. :
Bailly (1) expliquait aussi pourquoi, dans ces irritations fixes et sougent chroniques, la fièvre était intermittente et non pas continue, comme il semblerait tout naturel de la trouver. « Cela : » tient, dit Bailly, à ce que l’intermittence est disposition phy- » siologique, consistant dans l’éxcitation alternative des deux » systèmes nerveux, abdominal et cérébral, et que cette dispo- » Sition est mise en jeu, avec une activité particulière, chez » l’homme vivant en pays marécageux ; dans un autre milieu, » en France, de pareilles lésions causeraient une fièvre inflam-
(L), Bailly. — Traité anatomo-pathologique desfièvres intermittentes, Paris, 1825.
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» matoire Continue. » La thérapeutique se ressentait nécessairement de la théorie : Baïlly condamnait le quinquina « ce » charlatan des remèdes qui guérit l'apparence et non le fond » de la maladie », et il préconisa la saignée et les purgatifs.
Le premier qui réagit, timidement ilest vrai, contre les doctrines de Broussais et de son dangereux disciple Bailly, fut un médecin Bressan, Nepple {L), qui pratiquait la médecine dans le pays marécageux de Dombes. Frappé des funestes et désastreux effets de la saignée chez les paludéens, el ne voulant pas néanmoins s'insurger coutre la doctrine de l'irritation, qui régnait alors en souveraine, Nepple essaya de concilier les nouvelles idées avec une observation plus impartliale et. plus rigoureuse des faits et prétendit que l'iuflammation seule ne constituait pas les fièvres intermittentes.
L'accès intermittent amène une congestion névroso -vasculaire des viscères abdominaux et cette congeslion répétée finit par produire linflammation durable de l'organe ; la fièvre rémittente se trouve ainsi constituée : elleesten réalité coMmposée d’une inflammation organique fixe et d’une congestion éphémère périodique. Dès lors, 11 y a un double but à remplir dans la thérapeutique des fièvres, combattre l'élément paludéen par le sulfate de quinine et l'élément inflammatoire orgauique par la sargnée.
Jl était réservé à Maillot, médecin militaire. de démontrer, non seulement l’inanité, mais encore le danger des doctrines du Val-de-Grâce, Observateur aussi sagace qu'esprit indépendant, Maillot fit table rase de l'enseignement officiel etne voulut reconnaitre d'autre maitre que notre maître à tous, l'observalion clinique. C'est ainsi qu'à Bône, où il était médecin de
(4) Nepple. — Sur les fièvres intermittentes et rémittentes, Paris, 1835. Rues
| ; Ste l'hôpital militaire, il reconnut dans les fièvres continues inflammatoires, dont le diagnostic et le traitement étaient jus-
qu’à ce jour indécis, deux formes de la subcontinue maligne de de Torti ; l'une à redoublements périodiques bien marqués, qu'il
appela fièvre rémittente, l’autre à redoublements plus obscurs,
simulant la continuité, qu'il appela fèvres pseudo- -continues. Mais c'étaient avant tout des fièvies paludéennes, souvent
pernicieuses et, partant, justiciables du sulfate de quinine.
Ensuite, toujours à la lueur de l'observation chinique, voyant
que la saignée était souvent accompagnée de collapsus et d’accès pernicieux mortels, tandis que l’administration du sulfate
de quinine était si favorable, Maillot fut alors amené à conclure qu'il valait mieux prévenir l'inflammation que la com battre, et, bardimeut, il donna le sulfate de quinine dans toutes les formes des fièvres paludéennes et à des doses inusitées 2 avant lui (20 à 40 grains). Après la publication de son traité >: des fièvres intermittentes (1), il eut la satisfaction de voir sa
pratique universellement adoptée Dee les médecins de l'armée d'Afrique.
Au point de vue tout spécial que nous envisageons dans ce.
travail, Maillot n'avait pas d'autres idées que celles de ses
devanciers sur les accès pernicieux comateux, et nous ne : trouvons dans son œuvre rien qui, de ce côté, mérite d'être mentionné. Mais ce sera sa gloire impérissable d'avoir réagi
si vigoureusement contre les doctrines broussaisiennes et
d’avoir démontré, d'une façon irréfutable el aussi au grand
bénéfice de nos soldats, qu'il n'y à qu'un remède du palu-
disme, quelles qu'en soient la forme, continu où intermittent, etla gravité, bénin ou pérnicieux, et que ce remède est la.
quinine.
(1) Maillot. — Traité des fièvres intermiltentes, Paris 1836.