Inséré dans les Mélanges de J.-B. Biot, IH
grands géomètres des siècles passés. Je suis même catholique avec la plupart d'entre eux, et, si l'on m'en demandait la raison, je la donnerais volontiers. On verrait que mes convictions sont le résultat, non de préjugés de naissance, mais d'un examen approfondi \ »
Sa foi était apostolique, combative, implacable à l'erreur, en même temps que bienveillante pour les personnes : cette tolérance à l'égard de l'erreur qu'on rougirait de proclamer et de pratiquer « quand il s'agit des sciences abstraites,... attendu que, par des doctrines erronées, on pourrait compromettre des intérêts matériels » ; cette tolérance « deviendrat-elle licite lorsqu'il s'agira de la science à laquelle se rattachent nos intérêts les plus élevés, nos immortelles destinées ?... C'est précisément l'amour que nous portons à nos semblables qui nous inter-
1. Et il continue : « Je suis catholique sincère, comme l'ont été Corneille, Racine, Labruyère, Bossuet, Bourdaloue, Fénelon, comme l'ont été et le sont encore un grand nombre des hommes les plus distingués de noU'e époque, de ceux qui ont fait le plus d'honneur à la science, à la philosophie, à la littérature, qui ont le plus illustré nos académies. Je partage les convictions profondes quont manifestées par leurs paroles, par leurs actions et par leurs écrits, tant de savants de premier ordre, les Ruffini, les Hauy, les Laënnec, les Ampère, les Pelletier, les Fx'eycinet, les Coriolis ; et si j'évite de nommer ceux qui restent, de peur de blesser leur modestie, je puis dire, du moins, quo j'aimais à retrouver toute la noblesse, toute la générosité delà foi chrétienne dans mes illustres amis, dans le créateur de la cristallographie, dans les inventeurs de la kinine et du stéthoscope, dans le navigateur célèbre que porta VUranie et dans l'immortel auteur de TElectricité dynamique » {Aux amis des sciences. Considérations sur les ordres religieux. Paris, Poussielgue-Rusand, 1844. Avertissement, pp. 5 et 6).
dit de favoriser jamais la propagation de l'erreur ^ ». Sa foi surtout était pratique. Sa vie répondait à ses principes : « Non content de satisfaire aux préceptes, il mettait en pratique les conseils eux-mêmes ^ » A Polytechnique, il priait ostensiblement, matin et soir, et il s'imposa au respect de tous ^ Jeune homme, il fut l'un des premiers confrères de la fameuse « Congrégation ». Homme fait, il sera l'un des membres les plus fidèles des conférences de Saint- Vincent-de- Paul, de l'œuvre de Saint-François- Régis, de l'œuvre des Ecoles d'Orient, de l'Association pour le repos du Dimanche, le fondateur du Cercle cathohque du Luxembourg, l'un des fondateurs de l'Association pour la défense de la religion catholique ; et il trouvera encore le temps, parmi les œuvres de l'apostolat et les travaux de la science, de s'occuper des pauvres, « presque tous les jours, disait le maire de sa commune, souvent même plusieurs fois par jour * ».
1. Dans Valson, Vie, I, 184. — Et s'il en veut au xyiii" siècle, c'est qu'il a commis ce crime de répandre l'erreur : « Le caractère propre du xviii» siècle, et la source des calamités sans nombre dont il a inondé la terre^, c'est l'abus des talents et de la science employée à corrompre les coeurs, à pervertir les intelligences, à détruire la notion même du devoir et à effacer, s'il était possible, jusqu'au souvenir de ce qu'il y a de grand et de sacré parmi les hommes. Le crime de ce siècle, c'est d'avoir voulu soulever toute la nature contre son auteur et armer contre Dieu, qui est la vérité même, les sciences dont le but unique devait être la recherche de la vérité. C'est en effet par le pompeux étalage d'un faux savoir et d'une vaine philosophie, que l'incrédulité moderne est parvenue à séduire une foule d'esprits superficiels » [Ibid., I, 185).