Arago, Œuvres, II, o
s'attaque à la métaphysique de Kant, il la tourne et retourne avec enthousiasme, avec angoisse, avec passion, haletant, acharné à la poursuite de la lumière. Elle mit du temps à venir, radieuse et sereine comme il la réclamait. Des crises torturantes de doute alternèrent avec des périodes de ferveur ^ Mais, à quarante ans, dans toute la force de son génie, il croit enfin dans la plénitude de son cœur pacifié et de sa raison triomphante : et les ^^ngt années qu'il va vi^Te encore, les plus fécondes pour sa gloire et pom' la science, les années de ses plus grandioses découvertes, seront en même temps celles de sa foi inébranlahle -. « Jusqu'à la fin, dira Sainte- Beuve, nous l'avons toujours vu aUier et conciher, sans plus d'effort, et de manière à frapper d'étonnement et de respect, la foi et la science, la croyance et l'espoir en la pensée humaine et l'adoraiion envers la parole révélée ■\ »
Il la chante, sa foi, avec des paroles de flamme ou des méditations d'ascète ^ ; il la prêche avec un zèle
1. Voyez surtout, dans II. C, Correspondance, ses lettres à Bredin. Jamais cependant, comme il le lui écrit, le doute ne s'est étendu jusquà liinmortalilé de l'âme, et donc, pouvons-nous ajouter, jusqu'à l'existence de Dieu. 11 portait sur le fait de la révélation clirétienne.
2. Voir, dans Valson, Vie et travaux, pp. 54-56, de curieus s réflexions à ce sujet.
3. Sotice, par Sainte-Beuvk, dans l'Essai sur la philosophie des sciences de A.-M. Ampère, Paris, Bachelier, 1843, t. II, pp. l sq.
4. Voyez son Journal. Pendant qu'il travaillait avec Ozanam, il lui arrivait, mettant la tète entre ses deux mains, de s'écrier: « Que Dieu est grand, Ozanam, que Dieu est grand! » (C.-A. Ozanam, Vie de Fréd. Ozanam. Paris, Poussielgue, 1879, p. 167).
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d'apôtre i ; il la pratique avec une grandeur de sentiment, une continuité du vouloir et une fidélité de détail dignes d'un saint.
Et il meurt (dans une tournée d'inspection, au lycée de Marseille) comme meurent les saints, apaisé, confiant, détaché de la terre, les yeux ouverts sur la grande espérance. Le proviseur « ayant commencé à demi-voix la lecture de quelques passages de V Imitation, Ampère l'avertit qu'il savait le livre par cœur. Ce furent, je crois, ses dernières paroles '. »
Nous n'avons parlé, et avec beaucoup de concision, que du savant et du chrétien ; mais que de choses il y aurait aussi à dire sur l'homme ! Son fils les a résumées par ces mots gravés sur la pierre de la tombe : « Il fut aussi bon, aussi simple que grand. »
« En vérité, disait Ozanam, ceux qui n'ont connu que l'intelhgence de cet homme n'ont connu de lui que la moitié la moins parfaite ^ »
Pour posséder, dans ses éléments essentiels, la science de l'électricité voltaïque, il restait encore à
1. Et il agit en conséquence : voyez dans sa Correspondance et dans Valson, ses relations avec Bredin notamment ; dans C.-A. Ozanam (Vie de Fréd. Ozanam], ses relations avec F. Ozanam, qui fut son hôte.
2. F. Arago,, Œuvres complètes, t. II, p. M 6. D'après G. -A. Ozanam, ouvr. cité, c'est une sœur de charité qui lisait l'Imitation. Max. Marie, Hist. des Se, XI. 94, admet la version d' Arago. Quel que soit ce détail, le fond do l'histoire est identique.
3. F. Ozanam, Notice sur Ampère, dans ses OEuvres complètes. Paris, Lccoffre, 1835-1802, Vlll, 79^
découvrir V induction ou la production de courants électriques à distance sous l'influence d'aimants ou de courants.
Ce fut Michel Faraday (1791-1867) qui s'en chargea (1831), sans d'ailleurs y épuiser son génie : « Il n'est pas un seul point de cette branche de la science (de l'électricité) que Faraday n'ait sondé, perfectionné ou transformé. Il en est beaucoup qu'il a créés et qui lui appartiennent sans contestation i. » Signalons du moins, à cause de leur contre-coup sur le développement de la science, en dehors des courants d'induction, sa découverte du diamagnétisme, celle de l'électrolyse et sa théorie des « lignes de force ». Si l'on considère son œuvre dans un regard d'ensemble, on peut dire qu'il « a démontré, par des expériences certaines et désormais popularisées, que le magnétisme agit sur la matière dans toutes ses formes (soUdes, liquides ou gaz ; corps bruts ou vivants) et sur la force dans toutes ses manifestations : lumière, chaleur, électricité, force mécanique ou chimique ^ )>. Bref, dans la glorieuse pléiade à qui est due la science de l'électricité, nul, après Ampère, ne fut plus grand que Faraday ^
1. J.-B. Dumas, Disc, et éloges, I, 7o. Tout cet éloge, pp. 5 à 124 du volume est à lire. Voyez aussi J. Tynd.\ll, Faraday as a discoverer, London, 186S, très intéressante étude, que son auteur a résumée dans le Diclionnary of National Biograpliy, t. XVIII, 190-202.