‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 113 sur 176 · Branly, p · texte numérisé non relu

Branly, p

2. Ceux qui les ont recueillies vivent encore, et nous n'avons pas à les nommer dans cette enquête. Notons du moins la découverte la plus populaire, celle de la télégraphie sans fil. La télégraphie sans fil, ou plutôt la télémécanique sans fil, dont la T. S. F. n'est qu'un cas particulier, utilise les ondes hertziennes ; mais il lui fallait aussi le moyen d'en tirer parti. C'est Branly qui le lui a offert, en 1890, avec le radioconducteur. Celui-ci constitue, en mémo temps qu'un outil, une idée nouvelle, celle de corps qui ne sont ni isolants, ni conducteurs, mais à volonté conducteurs ou isolants. « C'est en mettant à profit la production de la conductibilité d'un radioconducteur par l'induction d'une décharge oscillante (ondes hertziennes) et la suppression de cette conductibilité par un choc, que M. Marconi a réalisé (en 1899) la transmission des signaux entre deux stations éloignées et sans fil intermédiaire » (Branly, 858). M. Marconi n'est pas le seul ni le premier qui ait tenté de réaliser la T. S. F., mais c'est lui qui a pratiquement réussi.

« est sortie une notion nouvelle qui s'est imposée à l'esprit humain : c'est celle de la nature granuleuse de l'électricité, celle de l'électron ». Elle a jeté « un jour éclatant sur toutes les branches de la science », et a « donné naissance à la conception la plus générale qui ait été encore formulée sur la nature et la genèse de la matière i ».

Pour la découverte de la radio-activité, Henri Becquerel (1852-1908) semble partager sa gloire avec M. et M^'^ Curie, comme il a partagé avec eux le prix Nobel. Mais, en fait, l'initiateur, c'est lui et lui seul. M. et M^^^ Curie ont découvert deux corps, dont le second surtout, qui est le radium, possède une radio-activité très supérieure à l'uranium sur lequel avait expérimenté Becquerel, mais ils les ont trouvés dans la voie que Becquerel avait ouverte et en marchant sur ses traces ^ Eux-mêmes, dans

i. GriLLEMiNOT. II, 246. M. Edmond Perrier ne craint pas d'en déduire les conclusions que voici : « Du coup, l'une des plus stériles doctrines philosophiques qui aient été imaginées, le matérialisme se trouvait ruiné. La matière n'était plus qu'une création dont il fallait rechercher l'origine dans une puissance immatérielle, insaisissahle, invisible, et présente dans tout l'univers » {France et Allemarjne, i'd'ô.) 11 revient sur cette pensée et la développe dans le discours prononcé à l'Académie des ."iciences, en sa qualité de Président, dans la séance annuelle du 27 décembre 1915 (reproduit au Journal Officiel, 30 décembre 1915). On pourrait discuter sur le sens donné par il. Périer au mot « immatérielle ».

2. « En 1898, les travaux que M. et M""» Curie entreprirent à la suite des miens, firent connaître des produits qui manifestèrent les mêmes phénomènes (c'est nous qui soulignons les deux passages) avec une intensité considérablement plus grande. » (H. Becolerel, Recherches sur une propriété nouvelle de la matière, dans Mém. de VAcad. des Se, XLYI (1903) i sq. Ce mémoire, qui fait l'historique des recherches, remplit tout le tome XLYI.

loiiv mémoire à l'Académie des Sciences, l'ont reconnu loyalement : « Qu'il nous soit permis, disentils, de remarquer que (si l'existence d'un nouveau corps se confirme) cette découverte sera uniquement due au nouveau procédé d'investigation que nous fournissaient les rayons de Becquerel \ »

L'Académie en a pris acte, et, parlant en son nom, M. Gaston Darboux disait sur la tombe de Becquerel : C'est « dans une voie qui lui appartient exclusivement » qu'il a orienté ses recherches, au bout desquelles il a trouvé « ces rayons émis par l'uranium et ses composés, auxquels la reconnaissance des savants a donné le nom de Rayons Becquerel^ et qui lui ont valu l'honneur d'être salue par les maîtres les plus autorisés comme l'inventeur de la radio- activité spontanée. L'Académie saura rappeler, le moment venu, les titres de celui

La première expérience de Becquerel sur la question a été publiée dans C. R. Acad. Se, CXXIl (1896, I) 420 sq., deux ans avant la découverte des Curie. Les communications sur le même sujet se sont succédé ensuite rapidement : voyez, dans le même tome, les pages iJOl, 5o9, 689, 762, 1086. On estime actuellement que la radio-activité du radium est deux millions de fois plus grande que celle de l'uranium. (Voyez H. Guillejiinot, Les Nouveaux horizons de la science, t. II, 248.)

1. C. jR. Acad. Se, CXXVII (1898, 2° sem.) 178. On sait que l'existence du nouveau corps s'est confirmée, et que M-^" Curie, assistée de M. Debierme, a même réussi à l'isoler, en 1910. Pierre Curie (1859-1906) est mort écrasé par un camion. Avant que sa découverte du radium ne l'eût « mis en vedette », il « avait déjà fait des travaux intéressants sur la chaleur dans le spectre, la piézo-électricité, la dilatation électrique des cristaux », etc. (J. LAFARGUE,*dans La Nature, 1906. i" semestre, p. 352.) Curie passe pour avoir été incroyant, et nous n'avons aucune raison de le démentir.

qui a ainsi ouvert aux physiciens tout un monde, tout un ordre nouveau et fondamental de recherches dans lesquelles il a été suivi (c'est nous qui soulignons) par M. et M^e Curie \ »

Mais H, Becquerel, modeste comme tous les vrais savants, n'acceptait pas pour lui seul la gloire de ses découvertes : « Elles sont, disait-il, les filles de celles de mon père et de mon grand-père ; elles auraient été impossibles sans elles". » « Si mon père avait vécu en 1896, il en aurait été l'auteur ^ »

Il y a du vrai. Henri Becquerel, en effet, appartient à une dynastie de savants '' où, de père en fils, on se voue au culte de la science. Henri Becquerel, son père Edmond, son grand-père César- Antoine ont occupé tour à tour la même chaire de Physique au Muséum, se sont consacrés surtout à l'étude de la lumièie et de l'électricité, ont été membres de l'Académie des Sciences morales ex politique? et de l'Académie des Sciences ^ ; et le dernier disparu do cette lignée glorieuse « laisse un fils hériiier de sa pensée», voué aux mêmes études que ses pères, occupant la même chaire au Muséum., et dont l'Académie

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