‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 126 sur 176 · E. DE Cyon, Dieu et Science, p · texte numérisé non relu

E. DE Cyon, Dieu et Science, p

dans son fameux Traité de chimie, annonce un but sage et se manifeste comme Je produit d'im entendement supérieur... Plus d'une fois, la philosophie à vue courte a prétendu que tout était l'œuvre du hasard ;... mais cette philosophie n'a pas compris que ce qu'elle désigne, dans la matière inerte, sous le nom de hasard, est une chose physiquement impossible... Nos recherches nous conduisent tous les jours à de nouvelles connaissances sur la structure admirable des corps organiques, et il vaut mieux admirer la sagesse dont nous ne saurions sonder la profondeur, que vouloir nous élever avec une arrogance philosophique et par de vaines arguties à une connaissance supposée des choses qui seront probablement à jamais hors de la portée de notre entendement \ »

De ses lettres, citons ces quelques extraits j « Nous devons à Dieu une profonde reconnaissance et nos cantiques de louanges pour les grâces qu'il nous a faites ; moi en particulier je lui dois beaucoup... Nous devons, en ce monde, être contents du sort que le Seigneur nous accorde et nous donner fidèlement à lui. » Et à l'occasion de la mort de sa sœur : « Remercions Dieu de tout notre cœur pour les années qu'elle nous a été conservée... Ne nous plaignons pas des desseins de Dieu. En nous soumettant humblement à sa volonté, laissons couler nos larmes, dans le souvenir reconnaissant de ce

1. Traité de Chimie, traduit par Hckffer et Esslinger sur la b« édition. Paris, Firniin-Didot (2« édit. franc.), 1849, p. 3.

que la sainte, qui est maintenant dans son éternité, a été pour nous. Elle ne s'est jamais plainte de la lourde croix qu'elle a portée dans un esprit de joyeuse confiance en Dieu... Elle en reçoit maintenant la récompense, encore qu'il puisse nous sembler, à notre jugement étroit et borné, que cette récompense est venue trop vite et trop brusquement*.» On voit que, si sa religion était « haute et profonde », elle était pratique aussi.

§ 2. — Les précurseurs.

Nous revenons en arrière, pour signaler, à côté des grands ouvriers qui ont élevé la théorie, les principaux précurseurs qui ont déblayé le terrain.

Le premier de tous, par rang de date, est Joseph Priestley (1728-1804). W commença par exposer et vulgariser les découvertes des autres ; puis il jugea préférable d'en faire et il en fit. Signalons surtout celle de l'air déphlogistiqué ou oxygène, qui servit de point de départ aux travaux de Lavoisier -.

1. Extraits de lettres datées de 1834 et 1841, adressées à Anders- August Retzius, et communiquées par G. Retzius à Elle de Cyon, qui les a publiées dans la préface de son ouvrage Die Gefassdrûsen als regulatorische Schutzorgane des Zentral-Nervensystem. Berlin, Julius Springer, pp. xii sq.

A la p. XIII, E. de Cyon cite aussi, de Berzélius, cette phrase empruntée à son Autobiographie, p. 217 : « Je n'ai pas le droit de me plaindre que, soumises au destin ordinaire des hommes, mes forces physiques décroissent avec l'âge. De tout mon cœur je remercie Dieu qui m'a permis, tout le long de ma vie, de les dépenser sans qu'elles baissent. »

i. Au nom de Priestley, il faut associer pour cette découverte

Or Priestley s'occupait de religion autant que de science. Il s'en occupait avec une fougue mal contenue, courant les aventures, passant de Calvin à Arminius, d'Arius à Socin, et finissant par se faire « une théorie à lui comme il en avait une en physique ». Mais, si sa rehgion fut contestable, il n'est pas contestable qu'il ne fût profondément religieux et même avec une ardeur étrangement combative. « Son activité fut sans bornes dans ce genre de guerre : athées, déistes, juifs, ariens, quakers, méthodistes, calvinistes, anglicans et catholiques, eurent également » à compter avec lui. « Ses derniers moments furent remplis par les épanchements de cette piété qui avait animé toute sa vie... Il se faisait lire les évangiles et remerciait Dieu de lui avoir donné une vie utile et une mort paisible... « Je vais m'endormir comme vous », dit-il à ses petits-enfants qu'on emmenait ; mais, ajouta-t-il en regardant les assistants, « nous nous réveillerons tous

le nom de Kaiil-Wiliieim Sciieele (1742-1786), l'un des plus grands du xvni" siècle. La Revue Scienlifique, XXXVIll (1886) 769-783, lui a consacré une étude, sous la signature de Clève. Il y est dit que Sciieele « était chrétien dans le vrai sens du mot, et qu'il s'efforçait plus de l'être que de le paraître. Lorsque son arai lui annonça l'arrivée prochaine de la mort, Schcele saisit sa main et dit: « Dieu tout-puissant, je suis donc si près de ma délivrance I Seigneur, me voici ! Grâces, grâces à toi qui as toujours étendu la main sur moi, à toi qui m'as conduit jusqu'à la tombe d'une façon si merveilleuse! Combien souvent mon cœur a-t-il oublié son devoir, son salut ! Iiit pourtant toi, le Saint des saints, tu n'as point repoussé ton serviteur! Accepte les louanges que ma langue mourante bégaye, je suis trop indigne de la grâce et de la miséricorde que tu m'as toujours témoignées » (Voyez loc.^it., p. 773).

ensemble et, je l'espère, pour un bonheur éternel, » témoignant ainsi dans quelle croyance il mourait. Ce furent ses dernières paroles i. »

Claude-Louis BerthoUet (1748-1822) se rattache à Gay-Lussac dont il fut le maître. C'était un « vrai formateur d'hommes ^ ». Il a contribué beaucoup aussi à former la science. La chimie physique, mathématique et organique ^ peut saluer en lui un précurseur. Il a multiplié les découvertes : signalons seulement celle de l'azote comme base des substances animales, celle des lois qui portent son nom et celles, les plus célèbres, qui sont consignées dans sa Statique chimique. Ses contemporains ont vanté unanimement en lui des vertus qui sont en général l'apanage des âmes chrétiennes ; mais nous n'avons pas, sur ses croyances, de témoignage bien précis. Sa mort fut douce. « Je sens la mort qui s'approche, disait-il, et je la sens avec joie. Pourquoi la craindrais-je ? Je n'ai jamais fait le mal \ » Un pareil sentiment appuyé surtout sur de

1. GuviER, Recueil des éloges historiques. Paris, Levrault, I, pp. 197, 201, 202, 233.

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