Cf. Ibid., surtout
b. « En présentant, un demi-siècle après la mort d'Abel, cette nouvelle édition de ses œuvres au public mathématique [la première édition avait été faite par son professeur, Holmboë, en 1839], nous osons espérer qu'elle contribuera fortement à ce que ses travaux, qui ont tant guidé le mouvement mathématique de notre siècle [c'est nous qui soulignons], soient étudiés dans l'original parla génération actuelle des mathématiciens » (Œuvres complètes de Kiels-Henrich Abel. Nouvelle édition publiée aux frais de l'Etat norvégien, par MM. Sylow et S. Lie. Christiania, Imprimerie Grondahe e son, 1831, t. I, préface, p. v).
connu, dit un jour (à propos des Fonctions elliptiques) : « M. Abel m'a devancé au moins pour le tiers de ces travaux i. » Legendre lui écrivait : « La fin de votre lettre me confond par la généralité de vos recherches... Quelle tête que celle d'un jeune Norvégien ^ ! » Jacobi surtout, qui n'avait pas eu toujours à se louer d'Abel ^ lui rendit pleine justice. Il disait à propos de l'étude sur la Transformation : « Elle est au-dessus de mes éloges comme elle est au-dessus de mes travaux » ; et après la mort du jeune savant, il « prit en mains (sa) glorification * ».
Cet étonnant jeune homme fut-il un croyant ? Nous avons cherché de notre mieux, nous avons demandé l'aide de plus compétents que nous, des amis ont bien voulu dépouiller des études écrites en norvégien : on n'a rien trouvé de précis. Les œuvres d'Abel ne prêtaient guère aux effusions mystiques ; ses lettres sont remplies des préoccupations de ses travaux ou de son pain quotidien, et ne semblent rien livrer, ou presque rien, de son âme. Fils d'un pasteur protestant, élevé d'abord par « cet homme de bien», comme dit son biographe,
1. D'après une lettre de Crelle à Abel, citée par Lucas de Pesr.oùAN, 163.
■2. Cité par Pesi.oùvn, Ibid., 118.
:î. Voyez Ibid., 104.
4. Ibid., 118 et 136. — « Ce fut lui -jui baptisa los fonctions à dilTérentielles algébriques du nom de Fondions abéliennes ; elle théorème par lequel on les étudiait, de celui de Théorème d'Abel » (p. 136).
puis, à « l'école cathédrale » protestante de Christiania, il posséda sans doute, de par son éducation, un minimum de croyances chrétiennes, et rien, à travers sa courte vie, ne fait pressentir une crise religieuse. Il semble au contraire, à plusieurs légers indices, qu'il a gardé, « une âme de petit protestant honnête '■ ». Il est amusant, dit son biographe, de voir sa surprise, à Vienne, à Venise, devant le grand nombre d'églises, « où l'on fait (dit-il) du catholicisme à force, sans désemparer. Il est vrai, ajoute- t-il, que le service divin a bien de la grandeur, et qu'il n'y a pas à s'étonner que la foule l'aime ". » Gela ne donne aucun relent d'anticléricahsme ; cependant l'occasion était belle, et M. Homais n'aurait pas manqué de la saisir ^. Que si, un jour, le jeune voyageur trouve « bien étrange » que Cauchy soit « extrêmement catholique et bigot », c'est, comme l'insinue son biographe, une façon de se plaindre que Cauchy n'ait pas pris en considération le mémoire présenté à l'Institut. Et si, une autre fois, il trouve que « les mathéma-
1. Expression de Lucas de Pesloùan, p. 51, à propos des impressions qu'Abel communique à ses amis, pendant son voyage en Allemagne.