Cité par Friedel, p. lv
rend plus humaine, et pour la science à laquelle elle donne des ailes pour s'élever vers l'idéal \ »
Au total, dans l'École française, le chef, Dumas, et parmi les collaborateui s ou les disciples, les plus notoires, ceux qui ont le plus contribué au mérite et à la gloire de cette grande école, à l'exception de Laurent dont nous ne pouvons rien dire, furent tous des croyants.
§ 4. — L'atomicité et la chimie organique.
Une des grandes conquêtes de la chimie moderne, la plus grande peut-être ou du moins celle dont les chimistes sont le plus fiers, est la chimie organique. Nous aurions, s'il était possible, à en signaler ici les créateurs.
Pour la créer, pour établir un lien entre la chimie des corps vivants et celle des corps bruts, pour aller de l'une à l'autre, il fallait, par l'analyse, résoudre les matières organiques en leurs principes immédiats ; et, inversement, essayer de reproduire, en partant des corps bruts, les synthèses, quelquesunes du moins, des synthèses que la vie réalise. Or, cette analyse a été inaugurée par Gay-Lussac, Thénard et Chevreul ; et cette synthèse, par Wôhler :
1. FaiEPEL, Bulletin de la Société chiynique, XLIII (1885), p. xxv, d'après Lemoine, art. cité, p. 94. Nous ne savons rien sur l'attitude religieuse de August-Wilhelm von Hofmann (1818-1892), qui partage avec Wurtz la découverte des alcaloïdes artificiels, et dont la valeur scientifique n'est pas contestée.
et voilà donc, semblerait-il, les créateurs de la chimie organique.
Mais ce serait trop dire. Ils ont eu, à cette occasion, autant de chance peut-être que de mérite. Le mérite, ils doivent le partager avec Berthollet, Berzélius, Vauquelin, Mitscherlich, Dumas, Laurent, Gerhard, Wurtz, dont nous avons parlé, avec Sainte-Glaire Deville et Berthelot dont nous parlerons, avec d'autres encore, avec tous les grands ouvriers de la théorie atomique ; car ce sont les outils que ceux-ci ont forgés qui ont permis d'ouvrir la voie nouvelle. Ce sont notamment les recherches sur Vatomicité (on dit encore : valence des atomes, ou valeur, puissance de combinaison) et en particuHer sur l'atomicité du carbone, qui ont établi le lien entre la chimie organique et la chimie minérale.
Ces recherches constituent le développement moderne de la théorie atomique. Elles visent moins à connaître le poids ou le volume de l'atome, que sa structure,
Or, « la notion de valence s'est établie par étapes successives ^ ». Nous trouverions parmi les précurseurs la plupart des grands chimistes que nous connaissons déjà ou que nous aurons bientôt à nommer ^. Mais c'est Friedrich- August Kékulé von
1. Pierre Bruïlants, La Valence chimique, dans Rev. Quest. scient., 3» série, XXI (1912) 131. L"auteur, constatant qu'il n'existe pas, sur cette question, de travail d'ensemble éci-it en langue française, l'a exposée dans une série d'articles : XXI, pp. 125-163, 511-539; XXII, pp. 109-146, 535-563; XXIII, pp. 229-236.
2. Il convient d'y ajouter Edward Fr.^.nkland (1825-1899), dont
Stradonitz (1829-1896) qui a donné à la théorie son grand essor. D'une paît, en effet, il démontra (1858) la tétravalence du carbone, et, bientôt après, il esquissa, dans ses traits essentiels, la théorie actuelle de l'enchaînement des atomes dans la molécule : ce qui constitue, pour ainsi dire, la base de toute la chimie organique. D'autre part, il exerçait une « influence décisive sur les progrès d'une partie considérable » de cette même science en démontrant (1865) que « les combinaisons aromatiques contiennent toutes au moins six atomes de carbone, et que toutes peuvent être envisagées comme des dérivés de la benzine », dont il exphquait d'ailleurs, par une ingénieuse hvpothèse, h constitution 1.
Nous ne savons rien de ses sentiments religieux.
Parmi ceux qui, à la lumière de ces principes nouveaux, ont exploré avec le plus de bonheur le domaine de la chimie organique. « on me permettra, dit un bon juge '\ de réserver en quelque sorte une
une idée émise dès 1832 « a fourni le point de départ de la théorie de la saturation des éléments, et contient en germe la notion de l'atomicité » (Wurtz, Théor. atom., p. 14o). Nous ne savons rien de ses sentiments religieux.
1. H. DE Greef, dans Rev. Quest. scient., XLI (1897) 331 sq. Cf. WiTRTz, Théor. atom., pp. 147-158; Berthelot (C. R. Acad.Sc, GXXVIII [1896, II] 166) dit de même : « îsa théorie de la télratomicité du carbone et de la saturation réciproque des éléments a complété les notions et les formules de la théorie atomique. Mais sa réputation est surtout liée à l'invention de la formule hexagonale de la benzine... qui a pris une extrême importance par suite des découvertes qu'elle a provoquées. »