Frémy, Encyclop. ckim., p
DANS LA CIIIMIK 215
place à part à trois savants éminents : MM. Chcvreul, Dumas et Wohler, qui ont ouvert les voies (jue nous suivons >:.
Dumas nous est déjà connu ; il nous reste à parler des deux antres, auxquels nous ajouterons Thénard et Liebig.
« Il est impossible de ne pas mettre à la tête des fondateurs de la chimie oiga nique le savant éminent qui, par l'importance de ses travaux, par leur nombre et la date de leur publication, est incontestablement le premier des chimistes contemporains : j'ai nommé M. Chevreul (Michel-Eugène Chevreul, 1786-1889)... Les belles découvertes de M. Chevreul sur les corps gras, sur les matières colorantes, sur l'analyse immédiate, etc., servent de base, on peut le dire, à la chimie organique ^. »
Si ses travaux ont embrassé une multitude de questions, c'est à cette paitie de la science qu'il a consacré le meilleur de son effort, et c'est là qu'il a trouvé son meilleur titre de gloire. 11 a contribué à ses progrès au point de vue industriel (fabrication des nouvelles bougies) comme au point de vue théoiique ^ ; et les découvertes se sont multipliées sous sa main, au cours de sa longue cairière. Mort à cent trois ans, il a pu assister aux fêtes de son centenaire, où les savants du monde entier lui apportèrent leurs hommages, célébrant à l'envi cette
i. Ibid.
2. Voyez Dumas, Discours, II, p. 268, et C. R. Acad. Se, LXXV 1872, II) 558.
« activité créatrice sp répandant, comme le lui disait l'Académie de Berlin, sur toute la chimie et les sciences en rapport avec elle i ».
Cette « activité créatrice y et cette grande science n'ont pas nui à sa foi, elles l'ont faite plus sereine, plus vive et plus profonde. « Je me suis demandé, déclarait-il devant l'Académie des Sciences, si, à une époque où plus d'une fois on a dit que la science moderne mène au matérialisme, ce n'était point un devoir, pour un homme qui a passé sa vie au miheu des livres et dans un laboratoire de chimie, à la recherche de la vérité, de protester contre une opinion diamétralement opposée à la sienne. » Et il protestait énergiquement ^. Dans un ouvrage sur V Histoire des connaissances chimiques^ où il s'élève aux plus hautes considérations sur la science, la logique et la philosophie, après diverses escarmouches, il s'attaque de face au matérialisme, avec une clarté de style et une vigueur de pensée admirables. Nous détachons de ces fortes pages quelques phrases caractéristiques (que nous souhgnons comme lui) : « La méthode a posteriori expérimentale, loin de conduire l'esprit qui l'a choisie pour guide au matérialisme, le conduit nécessairement à la conclusion, que, si la montre est V œuvre de la science humaine, l'être doué de la vie n'a pu la recevoir, avec l'instinct, l'intelligence et le sens moral, que d'une