‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 16 sur 176 · Lucas de Pesloùan · texte numérisé non relu

Lucas de Pesloùan

demie des Sciences pour répandre ses découvertes ; tous ses efforts furent inutiles. » Il y présenta deux mémoires : un seul fut lu, et d'ailleurs ne fut pas compris ; tous les deux furent égarés et restèrent introuvables. Il publia, dans deux revues, quelques articles qui n'eurent guère plus de succès \ Il n'était pas seulement assombri par ces mécomptes, il était ulcéré, révolté. Pour s'étourdir, « il se jeta dans le plus ardent tourbillon de la politique ». Républicain militant, violent, subversif, il fut écroué, à deux reprises et pour de longs mois, à Sainte-Pélagie. S'il s'étourdit — ce qui n'est point sûr — il ne s'apaise pas dans la politique. Il a « la haine du présent », il « ne veut pas avoir souffert sans se venger ». Mais une aventure misérable le conduit à un duel, où il trouvera la mort. Il n'a pas vingt et un ans ".

Il sait que cette querelle est misérable et que ce duel est absurde, et il pressent qu'il n'en reviendra pas. Avant de se rendre sur le terrain, il adresse aux « républicains patriotes » une lettre-manifeste,

1. 0 Galois publia son premier mémoire, Démonstration d'un théorème sur les fonctions continues périodiques, dans ]e cahier (lu 1" mars 1829 des Annales de Gergonne... Le Bulleti7i de Férussac donna trois mémoires de lui pendant la première année, 1830 : en avril, l'analyse d"un mémoire sur la résolution algébrique des équations ; en juin, une Note sur la résolution des équations numériques, et un mémoire sur la Tfiéorie des nombres » (P. DupuY, La Vie d'Evariste Galois, dans Annales scientifiques de t' Ecole normale supérieure, > série. XIII, 1896, pp. 209 et 217).

2. Voyez Auguste Chev.a.uer, Evariste Galois, dans Revue encyclopédique, seTpiemhre 1832, pp. 744-753. Les phrases entre guillemets se trouvent aux pages 744, 747, 751, 752.

OÙ il dit : « Je meurs victime d'une infâme coquette et de deux dupes de cette coquette. C'est dans un misérable cancan que s'éteint ma vie... Adieu, j'avais bien de la vie pour le bien public \ » Après cet adieu à ses amis politiques, il écrit à Auguste Chevalier, son ami tout court, une longue lettre qui est comme son testament scientifique et où il trace d'une main fiévreuse le résumé de ses idées méconnues ". Avec cette lettre in extremis^ avec les articles assez courts déjà publiés, avec les papiers retrouvés dans ses tiroirs, on a composé une petite brochure de 83 pages : ce sont les Œuvres complètes d'Evariste Galois.

Or elles suffisent à placer leur auteur parmi les grands noms de la science. « Je ne me risquerai pas, disait Emile Picard, à des comparaisons périlleuses. Galois a sans doute des égaux parmi les grands mathématiciens de ce siècle ; aucun ne le surpasse par l'originalité et la profondeur de ses conceptions ^. ))

Ses idées « sont actuellement la base de la théorie des équations * )>. Ni Gauss, en effet, ni Abel, n'avaient réussi « à mettre en évidence l'élément fondamental dont dépendent toutes les propriétés

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