OsTsvALD, Grands Hommes, p
créé une nouvelle branche dans la science chimique dont l'importance, tous les jours croissante, devient aujourd'hui comparable à celle de la chimie pondérale créée par Lavoisier i »,
C'est à peu près tout ce que les profanes peuvent savoir sur l'œuvre et sur l'homme. L'homme, pour son influence sur les progrès de la chimie, est comparable à Lavoisier lui-même. L'œuvre a eu pour principal résultat d'étendre la thermodynamique, avec sa précision, sa souplesse et sa solidité, jusqu'aux équihbres chimiques. « Constituée tout à fait en dehors des hypothèses atomistiques, elle fournit un exemple très caractéristique d'une grande doctrine reposant sur une série de lois, de principes, faits d'expérience généralisés, qui n'ont pas la prétention de réduire les phénomènes à des phénomènes d'une autre espèce l »
Cette œuvre a touché à de telles profondeurs et amené au jour des idées tellement originales, tellement puissantes et tellement complexes, que, pour les saisir et les exploiter, les spéciahstes les plus { qualifiés « ont dû faire terriblement travailler cer- l
1. WiLLARD GiBBS, Equilibre des systèmes chimiques. Trad. par Henri Le Ghatelier. Paris, Carré et Naud, 1899. Préface du ira- ; ducteur, p. vi. Nous ne sommes en aucune façon qualifié pour i discuter ou commenter cette appréciation ; mais poui' la mettre ] d'accord avec les faits exposés plus haut et avec les apprécia- \ tions portées par d'autres juges compétents, il ne faudrait peut- j être pas dire que Gibbs a créé cette partie de la science, mais j qu'il en a été le plus grand théoricien. 1
2. Bernard Bkuxhes, Dégradation de l'énergie, Paris, Flanima- 1 rion, 1908, p. 296. iî
taines parties de leur cerveau * », sans réussir d'ailleurs à tout assimiler. « L'ensemble des découvertes de Gibbs ne fait pas encore partie du fonds scientifique commun, et, par suite, n'a pas encore pris une forme compréhensible pour tous. Il est d'ailleurs si riche et si varié que les spéciahstes euxmêmes sont encore loin de l'avoir épuisé". » « Dans toute sa vie, il n'a guère travaillé que deux problèmes : les équilibres des systèmes chimiques hétérogènes et la mécanique statique ; mais toute une généraiion de successeurs vit de ce qu'il nous a laissé sur la première question, et il est encore absolument impossible de dire qu&nd sera épuisée la provision d'idées, accumulées par lui autour de ce seul problème. Son second travail paraît avoir été si peu assimilé, jusqu'à présent, qu'on ne s'est encore formé aucune opinion générale convenable sur la portée des résultats qu'il a trouvés ^ » Mais ce qui encourage l'effort pour le comprendre, c'est que ses idées apparaissent fécondes dans la mesure même où l'on arrive à les exploiter. Ainsi en a-t-il été, par exemple, de sa fameuse loi des phases, la plus populaire — si l'on ose ainsi dire d'une telle œuvre — et, dans tous les cas, celle qui a reçu le plus d'applications \