Voyez Hermite, C. R. Acad. Se, CXXIV
b. M. d'Ogagnf., Revue des Questions scientifiques, XLII (1897)
théorie complète et cohérente des fonctions abéliennes ». Et « il marchera toute sa vie » vers son but. Mais, « à droite et à gauche de la grande route qu'il suivait, il a ouvert bien des voies latérales et il s'y est engagé assez avant pour nous montrer où elles conduisaient. Il y a guidé les premiers pas de ses élèves et leur a assigné à chacun un but. Aussi quelque nombreux qu'aient été ses élèves, son héritage a été assez riche pour que chacun d'eux ait pu s'y tailler une large part ». Avec eux, il a tenu en main « toute une armée qui acceptait sa direction et qu'il lançait en avant, ne pouvant aller partout lui-même. C'est pour cela qu'il est si difficile de rendre un compte exact des travaux mathéiiiatiques de Weierstrass ; ce n'est pas seulement parce que son œuvre imprimée est considérable ; c'est surtout parce que cette œuvre ne le contient pas tout entier... Heureusement les élèves se pressaient en foule autour de sa chaire et allaient ensuite porter au loin son influence... Aussi, dans l'œuvre de beaucoup d'entre nous, il pourrait légitimement revendiquer une part ^ ».
Weierstrass était un catholique fervent, et on ne l'ignorait pas ; et l'on aurait bien voulu l'écarter des honneurs ; mais sa haute science et la grandeur évidente des services rendus ont fini par l'imposer à l'opinion et par forcer les portes de l'Université
1. H. P01NCA.RÉ, Savants et écrivains, 204-208. Voj'ez, dans le même sens, Hermite, .Vohce sur M. Weierstrass, dans C. R. Acad. Se, CXXIV (1897, I) 430 sq.
de Berlin, jalousement fermées à tous les catholiques. Sa « puissance créatrice n'eut de comparable que sa modestie M) ; et tandis que l'illustre professeur pouvait voir nombre de ses collègues quitter leurs chaires, des trimestres entiers, pour se faire ses élèves, il restait simple et modeste, avec, disait une feuille très anticatholique, « l'air d'un bon curé rhénan ^ ».
Charles Hermite (1822-1901), « très incrédule dans sa jeunesse, avait été ramené à la foi catholique, en 1856, par Cauchy ^.. L'attachement qu'à partir de ce jour il manifesta pour la religion à laquelle il était revenu s'allia sans effort au respect de toutes les croyances et de toutes les opinions. Toujours prêt à entendre et même à discuter les affirmations les plus contraires à ses idées, il demandait seulement, et il en avait assurément le droit, que l'on voulût bien s'abstenir de toute légèreté, de toute raillerie, dans l'examen ou la discussion
1. M. d'Ocagne, Revue des Questions scientifiques, XLII (1897)