LES DEUX GRANDS NOMS
Il a connu un grand nombre d'astronomes qui, par d'admirables travaux et d'importantes décou-
Epreuves (la Grande-Ourse) et la Justice [Prologue) ; — Berthe- LOT, Discours à la Fête de la Baisùn, 8 novembre 1903, au ïrocadéro, reproduit dans Science et Libre Pensée. Paris, G. Lévy, 190u, p. 26 ; — Marie, Hist. Math.. X, 70 : — Séailles, Les affirmations de la conscience moderne. Paris, Colin, > édit., l'J06, pp. 26-33 ; — GuiLLEMiNOT, Lcs uouveaux horizons de la science. Paris, G. Steinheil, 1913, t. i, p. 3.
1. Nicolas Copernic (1473-1583) était un chanoine. «Le premier, parmi les- modernes, qui soutint que la terre tourne autour du soleil », fut le cardinal Nicolas de Cusa, 1401-1464 (A. Bigouuuan, L'Astronomie. Evolution des idées et des méthodes. Paris, Flammarion, 1911, pp. 321 sq.). La ferveur religieuse des autres fondateurs que nous avons nommés, est bien connue. « Chez tous les fondateurs de l'astronomie, l'instinct de la raison fut fortilié par la foi à la sagesse du Créateur » (Ernest Naville, La Physique moderne. Paris, 2° édit., Alcan, 1890, p. 155). « L'orgueil du succès ne les a jamais enivrés, et tandis que leurs propres découvertes servaient, à côté d'eux, d'argument aux incrédules, leur conviction personnelle ne s'est pas démentie un instant. » Ces paroles de J.-B. Dumas (Discours et Eloges académiques. Paris, Gauthier-Villars, 1885, I, p. 121) au sujet de Newton et ûe Faraday, pourraient se dire de tous les grands astronomes qui ont précédé le xix* siècle.
58 LES CROYANTS ET LES PllOGRÈS DE LA. SCIENCE
vertes, ont notablement enrichi le patrimoine déjà considérable des siècles précédents. Parmi ces noms illustres, il y en a deux qui dépassent tous les autres : Laplace et Le Verrier,
Pierre-Simon, marquis de Laplace (1749-1827), physicien remarquable i, fut surtout un grand mathématicien et un grand astronome. Il a merveilleusement développé, avec toutes les ressources de l'analyse, l'œuvre de Newton. « On ne peut pas affirmer qu'il lui eût été donné de créer une science entièrement nouvelle, comme l'ont fait Archimède et Galilée, de donner aux doctrines mathématiques des principes originaux et d'une étendue immense, comme Descartes et Leibniz, ou, comme Newton, de transporter le premier dans les cieux et d'étendre à tout l'univers la dynamique terrestre de Galilée. Mais Laplace était né pour tout perfectionner, pour tout approfondir, pour reculer toutes les limites, pour résoudre ce qu'on aurait pu croire insoluble. Il aurait achevé la science du ciel si cette science pouvait être achevée "^ »
Elle ne l'est pas. Elle en est très loin. « Plus on étudie cette question de l'origine des astres, moins
1. « 11 est le créateur de la théorie des phénomènes capillaires. » 11 a découvert « l'inégalité des deux chaleurs spécifiques des gaz, sous pression constante et sous volume constant. » Kdmond Bodty, dans La Science française. Paris, Larousse, 1915, I, p. 134.
2. FouRiER, Eloge historique de Laplace, dans Mém. Acacl. Se , 2« série, t. X, 1S31, p. icj. Jos. Bertr.\?jd, Les fondateurs de VAstronomie moderne, p. 384, dit de même que « Laplace semblait né pour tout approfondir dans la théorie du ciel ».
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on est pressé de conclure », écrit H. Poincaré, après avoir passé en revMe les diverses hypothèses, qui ont foisonné en ces derniers temps. « S'il n'y avait que le système solaire, je n'hésiterais pas à préférer la vieille hypothèse de Laplace. » C'est la plus vieille ; « mais sa vieillesse est vigoureuse, et, pour son âge, elle n'a pas trop de rides. Malgré les objections qu'on lui a opposées, malgré les découvertes que les astronomes ont faites et qui auraient bien étonné Laplace, elle est toujours debout, et c'est encore elle qui rend le mieux compte de bien des faits ^ ».
Bref, il n'y a pas, dans l'astronomie au xix® siècle, de plus grand nom que Laplace.
On le cite presque toujours parmi les incroyants, et l'on donne en preuve cette anecdote : Il aurait fait hommage d'un de ses ouvrages à Bonaparte, qui lui aurait dit : « Newton a parlé de Dieu dans son livre. J'ai déjà parcouru le vôtre et je n'ai pas trouvé ce nom une seule fois. » A quoi Laplace aurait répondu : « Citoyen Premier Consul, je n'ai pas eu besoin de cette hypothèse. »
Vraie ou fausse ^ l'anecdote circula du \àvant de l'auteur. Mais, peu avant sa mort, ayant appris
1. Henri Poincaré, Leçons sur les Hypothèses cosmogoniques. Paris, Heroiann, 1911. Préface, pp. vi, xxiii et xxiv.
2. « J'ai cherché et j"ai fait chercher dans tous les souvenirs de Sainte-Hélène le récit que l'on mettait dans la bouche de l'Empereur ; et, je suis heureux de pouvoir le dire, il n'est nullement prouvé qu'en effet Laplace ait hasardé la phrase par trop orgueilleuse qu'on lui prête. » Moigno, Hplendeurs de la foi, III, p. d513.
qu'on devait l'insérer dans sa notice biographique, il en demanda la suppression. « Il fallait en effet Vexpliquer ou la supprimer. Ce second parti était le plus simple ; malheureusement elle n'a été ni supprimée ni expliquée i. »
Ce qui est vraisemblable, c'est que l'anecdote n'a été qu'une manière piquante de résumer quelques pages d'un de ses ouvrages. Dans son Exposition du système du ?nonde ", il parle d'une hypothèse de Newton, qui, estimant les causes mécaniques en jeu impuissantes à maintenir dans l'ordre les mouvements des planètes et des satellites, conclut à une intervention de la sagesse et de la puissance divines pour remettre de temps à autre le système au point. A quoi Laplace, appuyé sur la théorie qu'il vient lui-même d'exposer, répond avec beaucoup d'à-propos : « Mais cet arrangement des planètes ne peut-il pas être lui-même un effet des lois du mouvement ; et la Suprême InteUigence que Newton fait intervenir, ne peut-elle pas l'avoir fait dépendre d'un phénomène plus général ? Tel est, suivant nos conjectures, celui d'une matière nébuleuse éparse en amas divers, dans l'immensité des cieux ^ )) Laplace, en d'autres termes, montre le mécanisme céleste plus parfait que ne le croyait
1. H. Faye, Sur L'origine du monde. Paris, GauLbier-VJUars, 3« édit., 1896, p. 132. Que Laplace ait demandé la suppression, Faye déclare, iiic/., le tenir de M. Arago.