‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 35 sur 176 · Laplace, ouv. cité, p · texte numérisé non relu

Laplace, ouv. cité, p

DANS l'astronomie 61

Newton ; mais il n'attribue l'équilibre des planètes aux causes mécaniques que pour reporter à la création des nébuleuses l'action de la Cause Première. Ce n'est pas « l'hypothèse Dieu » qu'il écarte ; mais l'hypothèse de Newton.

Et en supposant la fameuse anecdote authentique, on peut et, semble-t-il, on doit ^ l'interpréter dans le même sens, qui est pleinement orthodoxe -.

Ce qui est sûr, c'est que Laplace ne fut jamais un matériahste ^ ; et ce qui est plus sûr encore, c'est que, en face de la mort, il se sentit la foi, manda le curé de sa paroisse et mourut en chrétien *.

Un historien lui reproche d'avoir, sur la fm de sa vie, « affiché des sentiments religieux outrés qu'il

1. De Joannis, Eludes, LXXI (avril-juin 1897) o4d-346, le déduit du texle et du contexte. On pourrait cependant noter dans Laplace, Exposition, p. 394, une phrase d'allure suspecte sur les causes finales, mais qu'on peut et qu'il faut sans doute concilier avec celles que cite M. de Joannis.

2. L'astronome russe Màdler écrivait : « La réponse de Laplace est tout à fait juste ; car nous, non plus, nous n'avons pas besoin de l'hypothèse d'un Dieu qui vienne améliorer et corriger son œuvre, et nous n'en aurons jamais besoin. L'univers est une horloge, mais ce n'est pas une de ces horloges où l'on a besoin de recourir à l'horloger pour faire marcher ce qui ne va plus. Notre Dieu trône au-dessus du temps et de l'éternité : en Lui, il n'y a pas de changement, et plus nous pénétrons avant dans la connaissance de ses œuvres, plus nous nous confirmons dans cette vue. » Reden und Abhandlungen ûber Gegenstûnde der Himmelskunde. Berlin, 1870, p. 334, cilé par Kneller, p. 72.

3. Cf. MoiGNO, Splendeurs de la foi, III, 1S13 sq., et Dumas, Biscours el Eloges, II, 233.

4. D'après La Quotidienne du 7 mars 1827 (n" 66, p. 2), citée par DE Joannis, Etudes, LXXI, p . 635, il fut assisté par « M. le Curé des Missions étrangères et M. le Curé d'Arcueil qu'il avait fait appeler pour en recevoir les derniers secours de la religion ».

ne partageait pas i ». Les historiens ne voient pas le fond des cœurs ; mais il ne faut pas être grand psychologue pour savoir que, pendant la vie d'un homme, le moment où il est le moins exposé à mentir, est précisément celui de la mort.

Et encore, quand il s'agit d'un honnête homme, c'est le moment où il donne des conseils à son fils. Or, le 17 juin 1809, Laplace écrivait à son fils : « C'est avec bien du regret, mon ami, que je te vois partir de Metz sans que je puisse t'embrasser et te donner ma bénédiction. J'espère que tu te feras honneur dans la noble carrière (des armes) que tu vas parcourir. Tu seras ma consolation et celle de ta mère. Je prie Dieu qu'il veille sur tes jours. Aie-le toujours présent à ta pensée, ainsi que ton père et ta mère '. » On conviendra que les mots que nous soulignons sont autre chose que la formule d'un adieu banal, et que l'homme qui les a écrits ne ressemble pas à un athée.

En résumé, cette lettre est déjà un témoignage suffisant, la mort chrétienne de son auteur en est un autre qui est également sûr ; l'anecdote où l'on appuie la preuve de son incroyance ne l'est pas ; elle ne serait d'ailleurs pas péremptoire, et elle a été désavouée. L'incrédulité n'a donc pas le droit de revendiquer le grand astronome. N'eût-il été

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