LES GRANDS INITIATEURS
De l'aveu de tous les bons juges, trois noms, dans le xix^ siècle, dominent son histoire : Gauss, Cauchy et Poincaré.
Karl-Friedrich Gauss, le premier par rang de date (1777-1855), montra, dit-on, pour l'étude des mathématiques, une aptitude plus précoce encore que celle, déjà si extraordinaire, de notre Pascal ; car dès l'âge de trois ans, il calculait, résolvait des problèmes numériques et traçait dans la poussière des lignes et des figures de géométrie. L'homme a tenu les promesses de l'enfant. « Le génie de Gauss est essentiellement original. S'il traite une question qui a déjà occupé d'autres savants, il semble que leurs travaux lui soient absolument inconnus. Il a sa
où l'on puisse raisonner sans le perpétuel secours de l'algèbre ou de la géométrie » (P. Duhem, La science allemande. Paris, Hermann,19i5,pp.33 sq.). «Toutes les sciences s'acheminent ver» la forme mathématique, la science tend vers la mathématique universelle » (Adel Rey, La Philosophie moderne. Paris, Flammarion, 1908, p. 67. Cf. J.-G. Maxwell, On Faraday's Lines a f Force, Introduction) . « En définitive, le savant cherche à obtenir, entre les différentes variables, des équations analogues à l'équation connue : f (p, v, T) = 0 » (M. DuponR, dans V Avant-propos de sa traduction de Ernst Mach, La connaissance et l'ei'reur. Paris, Flammarion, 1908, p. 4). « Qu'est-ce qui a appris à connaître les analogies véritables, profondes, celles que les yeux ne voient pas et que la raison devine? C'est l'esprit mathématique qui dédaigne la matière pour ne s'attacher qu'à la forme pure » (H. Poincaré, La Valeur de la science. Paris, Flammarion [sans date], 142).
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manière d'aborder les problèmes, sa méthode propre, ses solutions absolument neuves. Le mérite de ces solutions est d'être générales, complètes, applicables à tous les cas que la question peut embrasser i. »
Aussi, malgré une grande obscurité de style s' ajoutant aux difficultés des problèmes les plus ardus, son influence et sa renommée furent immenses. C'est extraordinaire, écrivait Abel, qui n'avait pas une sympathie sans mélange pour « l'inabordable Gauss », « c'est extraordinaire à quel point les jeunes mathématiciens portent Gauss aux nues, pour ainsi dire. Il est pour eux la substance de toute perfection mathématique ^ ». Un jour, Laplace à qui l'on demandait quel était le plus grand mathématicien de l'Allemagne, répondit : « C'est Pfafï. — J'aurais cru que c'était Gauss, répliqua l'interlocuteur. — Oh ! dit Laplace, Pfafï est bien le plus grand mathématicien de l'Allemagne, mais Gauss est le plus grand mathématicien de- l'Europe ^ »
Les mathématiques ne l'absorbèrent pas tout entier. Directeur, pendant près d'un demi-siècle, de l'Observatoire de Gôttingue, il se classa par ses travaux parmi les meilleurs astronomes théoriciens. Il s'occupa encore, à partir de 1830, d'électricité, de magnétisme et d'optique, et, « dans beaucoup de
4. Maximilien tikRiE, Histoire des sciences mathématiques et phr/' siques. Paris, Gauthier- Villars, t. XI, d887, pp. 108, 110.
2. Ch. Lucas de Peslotja^j, N.-H. Abel. Sa vie et son œuvre. Paris, Gauthier- Villars, 1906, p. 47.