‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècle (volume 2)Chapitre 5 sur 176 · Cité par Max. Marie, ibid · texte numérisé non relu

Cité par Max. Marie, ibid

cas, ses recherches servirent à amorcer de nouvelles voies. C'est le dernier des grands mathématiciens ayant eu des connaissances universelles ^ ».

Cette étendue et cette profondeur de savoir n'ont pas gêné ses convictions religieuses. « D'un côté, il savait bien quel poids il pouvait soulever avec le levier de son génie, et jamais on ne vit d'homme d'un extérieur si grave ; de l'autre, c'était un homme simple, pénétré d'un proîond sentiment d'humilité devant l'intelligence suprême qui resplendit dans l'univers ^. » Il voyait Dieu en tout et lui renvoyait l'honneur de tout. Ecrivant à un savant de ses amis, il lui parle d'une difTiculté qui l'avait arrêté longtemps dans im travail de mathématiques : « Enfin, ajoute-t-il, il y a deux jours, j'ai réussi, non pas par suite de mes pénibles efforts, mais, pour ainsi dire, uniquement par la grâce de Dieu ^. » « Adieu, écrivait-il à un autre ami ; et puisse le rêve que nous nommons la vie, être doux pour toi ! un avant-goût de la vraie vie dans notre vraie patrie, où les chaînes qui appesantissent notre corps, les limites que nous oppose l'espace, les rançons qu'il faut payer à la souffrance, et tout le stock de nos petits besoins et de nos mesquins désirs, n'opprimeront plus l'esprit enfin éveillé. Portons le fardeau courageusement

1. W.-W. RousE Ball, Histoire des mathématiques. Traduction de L. Freund, T. II, avec des additions de R. de Montessus, Paris, Hermann, 1907, p. 140. Cf. 136-140.

2. Nouvelle biographie générale. Paris, Firmin-Didot, xix, 690.

3. Lettre de Gauss à Olbers, citée dans Rev. Quest. scient., xvi (1884) oTo.

et sans murmure jusqu'au bout ; mais ne perdons jamais de vue le but plus haut; joyeux alors, quand l'heure sonnera, nous déposerons le fardeau et nous verrons le voile tomber \ »

L'opinion des savants n'a pas ratifié sans hésitation le verdict de Laplace. Beaucoup, au-dessus de Gauss, mettent le Baron Augustin- Louis Gauchy (1789-1857). C'est en lui qu'ils saluent « le roi des mathématiciens du siècle ^ ».

A vingt-deux ans, nous dit J.-B. Biot, il présentait à la classe des sciences mathématiques de l'Institut, « un mémoire qui fut extrêmement remarqué », parvenant, au dire du rapporteur Legendre (cité par

1. Cité par Karl-Aloïs Kneller, Bas Christentum und die Vertreter der neueren Naturwissenschaft, Freiburg im Breisgau, Herder, 2» édit., 1904, p. 46.

2. « Ses collègues de l'Académie des Sciences révéraient en Cauchy le roi des mathématiciens du siècle » (R. P. Michel Jollien, S. J., dans ses Souvenirs, article des Etudes, GXXVII, mai 1911, p. 334). Le P. JuUien était un des élèves de Cauchy et celui que le maître avait désigné (voir art. cité, 336 sq.) comme son héritier intellectuel, lui laissant le soin de publier ses manuscrits. A son défaut, ce fut G. -A. Valson, mort doyen de la Faculté libre des Sciences de Lyon, qui en accepta !e soin. Il en est résulté un très intéressant ouvrage en deux volumes in-8", La fie et les travaux du baron Cauchy. Paris, Gauthier-Villars, 1868. Or, M. Valson, dans son mémoire au Co7ujrès scientifique international des catholiques tenu à Paris, en 1888 (Paris, bureau des Annales de Philosophie chrétienne, ISS9, t. II, p. 514), a ditde son côté : « Beaucoup de savants considèrent A. Cauchy comme le premier mathématicien de ce siècle ; dans tous les cas, on ne saurait méconnaître qu'il compte parmi les maîtres les plus illustres. »

Biot), « à vaincre une difficulté qui avait arrêté les maîtres de l'art, et qu'il importait de résoudre pour perfectionner et compléter la théorie des corps solides 1 ». « Maintenant, Monsieur, lui disait Legendre, vous pouvez entrer à l'Académie '^ » ]\Iais d'autres tout de même le trouvaient trop jeune, et il dut en forcer la porte avec des chefs-d'œuvre. A vingt-trois ans, il publiait, sur le calcul des jonctions symétriques^ un mém.oire qui servira de point de départ aux travaux de Bertrand et d'Abel. A vintquatre ans, il élucidait une question difficile qui « était depuis longtemps le but des efforts des plus habiles géomètres ». A vingt-cinq ans, « son beau travail sur les intégrales définies éclaircissait un sujet obscur et délicat et constituait une véritable découverte en analyse ». A vingt-six ans, il résolvait les théorèmes de Fermât^ devant lesquels avaient échoué Euler, Gauss et Legendre. A vingt-sept ans, il entrait enfm à l'Académie '. Et il allait lui donner, semaine à semaine, plus de 500 mémoires. L'ensemble de son œuvre représentera « environ 12,000 pages in-4o * ».

Mais son œuvre ne vaut pas seulement par la quantité : « Mathématicien dans le sens le plus large, l'es-

i. Il s'agit du fameux théorème sur les polyèdres. Voyez J.-B. Biot, Mélanges scienlifiques et littéraires. Paris, M. Léw, 1838, t. III,

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