AUTRES GRA^'DS ASTRONOMES
Il y a quelques noms encore, qu'on ne peut se dispenser de mentionner à la suite des deux plus grands.
Joseph-Jérôme Le François de Lalande (1732- 1807) « fut un habile et zélé observateur, un savant professeur d'astronomie au Collège de France, un auteur dont les écrits ont souvent attiré l'attention du pubHc et ont rendu, de son vivant, son nom populaire i ».
Mais, s'il fut un grand savant, il fut un petit caractère ^ D'une vanité immense, inquiète et puérile, il fut l'esclave de son milieu et des idées en vogue. Elevé chez les Jésuites, il eût voulu entrer au noviciat ^ ; reçu à la cour de Frédéric II, il suivit une autre mode ; hé avec les « philosophes », il hurla avec les loups de plus en plus fort, et devint un « fanfaron d'incréduhté » ; il pubha le Dictionnaire des athées, auquel il ajouta deux suppléments*;
1. E. Ledox, Hist. abrégée de l'astr., Paris, Gauthier-Villars, 1899; pp. 69 sq.
2. Il faut dire cependant, à son honneui', qu'il osa faire l'éloge de Bailly et de Lavoisier, ce qui n"était pas sans mérite sous la Terreur. Voyez A.-M. Sédillot, Les Professeurs de mathématiques et de physique générale au Collège de France, avec des notes de Boncompagni. Rome, 1869, p. J71.
3. Voyez Elie iMéric, Histoire de M. Emery et de l'Eglise de France pendant la Révolution. Paris, Palmé, 1883, t. II, p. 209.
4. Le Dictionnaire des athées eut pour premier auteur Sylvain
DANS l'astronomie 69
vertement tancé là-dessus par Napoléon, en 1805, dans une lettre lue publiquement à l'Académie des Sciences, il se hâta de déclarer « qu'il se conformerait aux intentions de Sa Majesté », pénétré d'ailleurs « de reconnaissance pour les ménagements dont Sa Majesté a daigné user en cette circonstance mémorable i ». La girouette tournait sous ce brusque coup de vent.
Mais, au vrai, quelles furent ses convictions intimes ? Est-ce que sa science vraiment avait mis en déroute sa foi ? Même au temps de ses fanfaronnades, l'abbé Emery, son camarade d'enfance
Maréchal. « On voit figurer dans ce dictionnaire saint Justin, saint Jean Clirysostome, saint Augustin, Bossuet, Fénelon, La Bruyère, Pascal et Leibniz!!! Lalande y ajouta Napoléon I", qui n'en fut pas flatté et le lui fit dire. Il voulait y insérer Delille, et il alla lui en faire la proposition. « Vous êtes un fou, lui répondit le poète, de voir dans mes vers ce que je n'y ai pas mis et de ne pas voir dans le ciel ce qui frappe les yeux de tout le monde » (K. DuPLEssv, Les Apologistes laïques. Paris, Delhomme et Briguet, d893, p. 33). Voyez aussi A. Lopez Pelaez, Les ravages du livre. Trad. franc., Avignon, Aubanel, 1908. pp. 17-1'J.
1. « M. de Lalande, présent à la séance, prie l'Institut de recevoir la déclaration qu'il se conformera entièrement aux intentions de Sa Majesté » (Procès-verbal de la séance extraordinaire du jeudi 5 nivôse an XIV). Et Delambre, secrétaire perpétuel pour les mathématiques, écrivait à Champagny, ministre de l'Intérieur : « Comme ami particulier de M. de Lalande, je puis ajouter qu'il est pénétré de reconnaissance pour les ménagements dont Sa Majesté a daigné user en cette circonstance mémorable. » M. Aulard donne ces pièces intégralement, dans la Revue bleue, 12 juillet 1902, pp. 48 sq. — Lalande figure, et à bon droit, dans le Dictionnaire des Giroueltas, publié à Paris, chez Emery, en 1815. On y rappelle, p. 221, que l'athée farouche harangua le Pape, à l'occasion du couronnement de l'Empereur, sur « les avantages et le bonheur qu'avait produits la religion chrétienne ».
et son parent \ qui continuait toujours à le voir, disait tranquillement : « M. de Lalande n'est pas plus athée que vous et moi. Il se dit athée par une vanité ridicule et pour faire parler de lui ^. » Et, de fait, l'athée farouche faisait promettre à l'abbé de ne point le laisser mourir sans sacrements, s'engageant d'avance à le recevoir quand il serait malade. Le moment venu, l'abbé s'efîorça de l'atteindre et Lalande le réclamait à cor et à cri ; mais les « philosophes » qui l'entouraient faisaient bonne garde et ils furent implacables ^
Laissons donc ce pauvre Lalande en dehors de notre enquête, ou contentons-nous de dire qu'il n'a pas réussi, malgré ses efforts, à perdre la foi.
Dominique-François-Jean Arago (1786-1853) a été « le plus puissant promoteur scientifique, le premier et le plus grand vulgarisateur de son siècle * ». « Il tendait toujours vers un même but : à savoir, de généraliser les aperçus, d'enchaîner les phénomènes qui avaient paru longtemps isolés, d'élever la pensée vers les régions les moins accessibles de la philosophie naturelle... Il aimait surtout à indiquer les voies nouvelles ^. »
« Nature primesautière et généreuse », souvent
1. Méric, ouv. cité, le donne pour un compatriote, p. 208 ; mais nous montre, p. 213, M. Emery le traitant de cousin.