Voyez Kneller, p. 31 sq
ni ne nie une puissance créatrice. La science affirme positivement une puissance créatrice. Ce n'est pas à la matière morte que nous devons do vivre et de nous mouvoir et d'exister ; c'est à la force créatrice et directrice, que la science m'oblige à confesser comme un article de foi. C'est une conclusion à laquelle nous ne pouvons pas échapper, si nous étudions la physique et la dynamique de la matière vivante comme de la matière morte... La science nous obhge absolmnent à confesser avec une confiance absolue une puissance qui conduit tout, un influx distinct des forces physiques, dynamiques, chimiques... N'ayez pas peur, concluait-il, n'ayez pas peur d'être des penseurs libres ! Si vous pensez avec assez de force, vous serez contraints par la science à croire en Dieu, ce qui est la base de toute religion. Vous verrez que la science n'est pas l'adversaire mais l'auxiliaire de la religion *. »
Là-dessus, le philosophe H. Hofding écrit avec un peu de mauvaise humeur : « C'est seulement à l'autorité du grand physicien dans son domaine propre, que cette communication dépourvue de toute critique dut la grande sensation qu'elle provoqua ". » Mais pour notre thèse, c'est précisément l'opinion du « grand physicien » qui nous importe, plus que celle d'un philosophe, et nous voyons que,
1. Prononcé en mai 1903, ce discours fut reproduit dans le Nineleenth Century, vol. LUI (juin 1903) 1068 sq.
2. Hauald Hôkfding, Philosophes conlemporains. Traduct. de A. Tremesaygues. Paris, Alcan, 1907, p. 202.
« dans son domaine propro », il ne connaissait rien qui fit obstacle à sa foi.
En résumé, tous les précurseurs, tous les fondateurs et tous les grands ouvriers de la Thermodynamique, à l'exception peut-être de Carnot, furent des croyants. Il faut en retenir, pour la liste des initiateurs, en plus de Seguin, Mayer, Joule, Hirn et Colding, à qui on doit le principe fondamental de la conservation de l'énergie, Carnot, Helmholtz, Clausius et Kelvin, qui ont doté la théorie de son second principe, celui de la dégradation de l'énergie i.
Au-dessous de ces grands noms, mais parmi les meilleurs ouvriers de la première heure, nous devons signaler encore trois croyants : Verdet, Macquorn Rankine et Tait.
« Ni matériahste, ni panthéiste, ni positiviste à aucun degré... protestant et pratiquant largement le libre examen » ; mais religieux, s'intéressant aux idées religieuses, et conformant sa conduite à ses convictions : tel fut Emile Verdet (1824-1866), qui fournit en peu de temps une brillante carrière -.
1. QuG ce second principe soit essentiel, B. Brunhes l'explique admirablement dans son ouvrage La dégradalion de l'énergie, notamment dans les chapitres xxi-xxv. Duhem le regarde « comme l'une des hypothèses premières sur lesquelles repose la Thermodynamique, et qu'à ce titre nous placerons sur le même rang que le principe de réquivalence entre la chaleur et le travail » [Therm. et Chimie, p. 80).
2. Voyez A. de la Rive, Notice sur E. Verdet. Paris. Masson, 1870, p.' 7.
William-John Macquorn Rankine (1820-1872) exprime « de la manière la plus touchante, dans son journal, la reconnaissance éternelle qu'il garde à ses parents pour le soin qu'ils ont pris de l'instruire de bonne heure des principes fondamentaux de la religion et du caractère de son fondateur ^ ».
Peter-Guthrie Tait (1831-1901) fut « l'un des esprits les plus originaux parmi ceux qui ont le mieux contribué aux progrès des sciences physiques et de la philosophie naturelle'"». Il a signé avec W. Thomson, en 1867, précisément sous ce titre Traité de philosophie naturelle^ un volume qui a eu, en Angleterre, une vogue immense et qu'on appelait le «T. and T. » (Tait et Thomson).
Il a publié aussi, en collaboration avec un autre grand physicien, Balfour Stewart, un volume intitulé The unseen Universe, orpJiysical spéculation on a futur state, « écrit, disait l'abbé Moigno, dans le même but que le mien : montrer que la prétendue incompatibilité de la science et de la religion n'existe pas ». Citons-en ce passage : « La science ainsi développée, loin de se présenter en adversaire du
1. W.-J. Macoi'orn Ran'kixe, Miscellaneous Scienlific papers, with a Memoir of the Author. by P. -G. Tait. London, (Jh. Giiflin, 1881, p. XX.
Le premier, « dès 1855, dans son mémoire célèbre On Energetics, Macquorn Rankine préconisait une exposition didactique de la thermodynamique qui ne fût pas fondée sur la théorie mécanique de la chaleur, au sens spécial du mot, et posait les bases de la science générale de l'énergie » (Brunhes, Dégrad., p. 289).
2. L. PoiNCARÉ, dans Revue générale des sciences pures et appliquées, XII (1°'' septembre 1901) 777.
christianisme, devient son soutien le plus efficace ^ »
Si Brunhes et Duhem n'ont pas été les ouvriers de la première heure, ils ont cependant bien mérité de la science.
Bernard Brunhes (1867-1910) semble avoir tout embrassé : thermodynamique, optique, radiologie, météorologie, magnétisme terrestre. 11 a vulgarisé les plus savantes doctrines scientifiques, 11 était bien connu, à Clermont-Ferrand, pour un catholique décidé, de foi et de pratique.
Pierre - Maurice - Marie Diihem (1861-1916) ne l'était pas moins à Bordeaux, où on l'a vu à l'œuvre, notamment dans le groupe des « étudiants catholiques de l'Université, dont il avait fondé l'association en 1913, avec M. Albert Dufourcq... Sa foi (y) rayonnait, en même temps que ces profondes et déhcates qualités du cœur qui se révèlent seulement dans l'intimité... Sa foi, loin de le paralyser, a été le réconfort puissant et comme le ferment de sa vie ». Il portait à la religion et à la science « un double imour qui remphssait son cœur sans le déchirer ni le partager " ». M. Abel Rey ayant appelé sa doctrine ( la philosophie scientifique d'un croyant ^ », Duhem répondit par deux vigoureux articles intitulés « Phy-
{. Balfour Stewart et Tait, L'Univers invisible, traduit de l'anjlais sur la 10° édition, par A. B., lieutenant de vaisseau. Paris, Sermer-Baillère, 1883, p. 3G3.
2. JeanBaloe, dans Rev. Hebdom,, 13 septembre 1917, pp. 385, 391.