Cité ibid
2. Voyez J.-P.MuiRHEAD, The Life of James Watt. London, I808, pp. b 14-521.
jetait cette couronne sur une tombe i : il était mort depuis huit ans. Il était mort et il avait vécu résigné, trouvant dans la religion la force de pardonner et de souffrir ".
La machine de Watt transformée en locomotive et mise sur rails : voilà l'idée du chemin de fer. Est-ce George Stephenson (1781-1848) qui l'a conçue et réalisée le premier ? Les uns l'affirment, les autres 'e nient; mais la controverse est sans grand intérêt. Car ce qui est sûr, c'est que la locomotive de Stephenson mettait quatre heures pour tirer sur un chemin de 7 lieues quelques wagons de houille. Réduite à cette allure, elle était sans avenir. « Un coup de baguette magique », comme on a dit, intervint alors, qui permit d'atteler à la locomotive des poids considérables et d'en obtenir immédiatement une vitesse de 12 heues à l'heure ^
On en fut redevable à Marc-François Seguin (1786-1875) et à sa découverte des chaudières tubulaires. Il imagina, pour développer la puissance de la
1. Dans un rapport au sujet d'expériences faites par le fils de Jouffroy sur un moyen d'améliorer l'invention paternelle. Le rapport est signé F. Arago, Ch. Dupin, Poncelet et Seguin. Nous y relevons les phrases suivantes : « L'homme qui, le premier, réalisa pratiquement l'immortelle pensée de Papin... » (C. R. Acad. Se, X, 1840, I, p. 676). « Cette admirable invention de la navigation à vapeur, à laquelle les noms français de Papin et Jouffroy doivent rester à tout jamais unis » (p. 679).
2. Voyez P. Lemoixe, Nos vrais savants, Abbeville, Paillard, p. 77-83.
3. Voyez Lonis Figuier, Exposition et histoire des principales découvertes scientifiques modernes. Paris, Masson, 5» édit., 1858, I, pp. 387-û89, et Marc Seguin, Inft. chem. de fer, pp. 6-8.
locomotive sans en accroître le poids démesurément, « de multiplier les surfaces échauffantes en faisant passer l'air chaud provenant de la combustion, à travers une série de tubes plongés dans l'eau de la chaudière ' ». Ce n'était point là une amélioration, mais une invention, une idée nouvelle et nécessaire, sans laquelle la machine de Watt eût été incapable de répondre à la tâche colossale qui lui était réservée.
Ce n'est pas l'unique service que Seguin ait rendu à l'industrie des chemins de fer : il a substitué les rails en fer aux rails en bois ou en fonte alors en usage ; et il a imaginé, pour activer le tirage de la chaudière, des procédés qu'on a dépassés depuis, mais qui ont ouvert la voie.
Son activité d'ailleurs et ses inventions ne se sont pas bornées à cette industrie : on lui doit les ponts suspendus en fils de fer. Le premier, après les essais d'expérience sur de petites rivières, fut construit par ses soins sur le Rhône entre Tain et Tournon. « Vous êtes le premier des ingénieurs de France et peut-être du monde », lui disait Biot ^. « Il ne restait étranger à aucune des questions scientifiques et philosophiques... Depuis les questions les plus hautes de la physique moléculaire et de l'astronomie physique, depuis l'étude des chemins de fer atmosphériques
1. Seguin, Influence des chemins de fer, 428. « La chaudière lubulaire, qui a permis de réaliser la locomotive, dit Branly [ouvr. cité, 365), est due à Seguin. »
2. Cité par Léon Rostaing, La famille deMontgolfier, ses alliances, ses descendants. Lyon, Rey, MDCCGCX, 437.
OU pneumatiques dont il avait calculé toutes les conditions d'établissement, et dont les projets avaient été accueillis par le gouvernement russe, jusqu'à l'examen des conditions de déflagration des poudres et de la loi de mise en mouvement du projectile, qu'il a été un des premiers à signaler, rien n'échappait à l'activité de son esprit i. » Et nous savons (voir ci-dessus, pp. 94-96) qu'il a, le premier, formulé l'idée fondamentale de la thermodynamique. Nous ne savons rien des sentiments rehgieux de Stephenson ; mais il est plus intéressant d'être renseigné sur ceux de Seguin, et nous avons déjà marqué sa place parmi les croyants.
Seguin, avons-nous dit, faisait honneur de ses idées sur la thermodynamique à son oncle Joseph- Michel Montgolfier (1740-1810). Montgolfier passait dans son entourage pour un homme bizarre, peu pratique, distrait, absorbé dans ses idées. C'est qu'il en avait beaucoup, et il en traduisit un nombre respectable dans des inventions dont la postérité profite. Il a inventé la presse hydrauhque, le béher hydraulique, que le jury de l'Académie des Sciences pour les prix décennaux plaçait « au premier rang des inventions utiles dont la mécanique s'est enrichie depuis douze ans », la lampe à verre cyhndrique avec
1. Anonyme, Marc Seguin. Annonay, Comité du Monument de Marc Seguin, 1913, pp. 15 sq.
courant continu, qui, sous le nom do bec d'Argand ou de quinquet, a fourni une assez longue carrière \ Son nom reste surtout attaché à la réalisation d'une idée qui hantait, dejDuis des millénaires, le cerveau des hommes, mais qu'il s'agissait de faire passer dans la pratique : il a inventé les aérostats, avec lesquels on a pu enfin s'élever dans les airs. Ce fut alors, dans le peuple, un enthousiasme indescriptible. L'inventeur y voyait mieux qu'un amusement : dans son discours de réception à l'Académie de Lyon, il parlait déjà de reconnaissances à effectuer par ce m.oyen en temps de guerre, de ravitaillement des villes assiégées, etc. Louis XVI, à la même date (1783), disait de l'invention, dans les Lettres d'anoblissement conférées à l'auteur : « Nous espérons qu'elle fournira de nouveaux moyens d'accroître les forces de l'homme ou du moins d'étendre ses connaissances ^ »
Ce vœu n'a pas été trompé : Gay-Lussac ouvrait bien1,ôt la série des expéditions scientifiques à bord des aérostats, et on les utilise partout comme engins de guerre.
Ce n'était pourtant pas encore tout à fait le vieux rêve de çoler dans les airs. Ce rêve, c'est l'aviation qui devait le réaliser.