Cité par L'Ami du Clergé, 13 mai 1909, p
2. Silvio Pellico, Lettre du 21 septembre 1840 à .V""» Elvira Ressi Siampieri, dans Epistolario scelto. Torino. Libreria Salesiana, 6« édit., 1897, n° 121, p. 196.
Et non content de parler ainsi en confidence, dans une lettre, Silvio Pellico chantera dans ses Odes l'influence profonde qu'a exercée sur son âme la foi ardente de son illustre ami ^
D'autres que ses amis se tournaient vers cet exemple et cette lumière. Un mourant, libre penseur opiniâtre, finit par répondre aux objurgations du prêtre qu'il croirait, s'il pouvait être convaincu que Volta — c'était en 1815 — croyait sincèrement à la religion qu'on lui voyait pratiquer. Volta, prévenu, répondit par l'attestation suivante : « Je ne conçois pas qu'on puisse douter de ma sincérité et de ma persévérance dans la religion que je professe, qui est la religion catholique, apostolique et romaine, en laquelle je suis né et fus élevé, et à laquelle je suis toujours resté fidèle, aussi bien intérieurement qu'extérieurement. Je n'ai pas toujours eu, hélas ! la conduite qu'aurait dû tenir un chrétien catholique ; je me suis rendu coupable de bien des fautes ; mais, par une grâce spéciale du Seigneur, je n'ai jamais, autant que j'en ai conscience, péché contre la foi. Que si, par malheur, mes fautes et mes désordres ont pu donner à quelqu'un lieu et occasion de soupçonner en moi un manque de foi quelconque, à titre de réparation et à toute autre bonne fin, je déclare à ce quelqu'un et à tout autre, et suis prêt à
1. Silvio Pellico, Canliche e poésie varie. Torino, Libreria Salesiana, o" édit., 1893, pp. 362-367. L'ode a -^o-ax iiivQ Alessandro Voila, et porte pour épigraphe : Erat vir ille simple.^; et reclus et timens Deum (Job, I, 1).
déclarer en toutes circonstances et à quelque prix que ce soit, que j'ai toujours tenu et tiens pour unique, vraie et infaillible cette sainte religion catholique, remerciant sans cesse le bon Dieu de m' avoir infusé une telle foi, dans laquelle je me propose fermement de vivre et de mourir, avec la vive espérance d'obtenir la vie éternelle. Je reconnais sans doute cette foi pour un don de Dieu, pour une foi surnaturelle ; cependant je n'ai pas négligé pour cela les moyens même humains de m.e confirmer en elle toujours davantage, et de combattre toute espèce de doute qui pourrait surgir et m'être une tentation. J'ai donc étudié attentivement ses bases, j'ai contrôlé, en lisant les livres tant de ses apologistes que ceux de ses ennemis, les raisons pour et contre. J'en ai vu sortir les preuves les plus fortes, la rendant aux yeux de la raison naturelle éminemment digne d'être crue, à ce point que tout esprit que les vices et la passion n'ont pas perverti, que tout esprit bien fait ne peut pas ne pas l'embrasser et ne pas l'aimer. Puisse cette profession de foi, qu'on m'a demandée et que je donne de bon cœur, écrite et signée de ma main, et que l'on peut montrer quand et à qui on voudra, car non erubesco evangeliiim, puisse-t-elle produire quelque bon fruit 1 Milan, 6 janvier 1815.
Alessandro Volta i. »
1. C.vLLisTO Grandi. Alessandro Voila. Jîilano, 1809, pp.o75 sq. Cette profession de foi a été imprimée du vivant de l'auteur. L'autographe a été malheureusement détruit dans l'incendie de l'exposition Voila à Gôme, en 1899 (Voyez ibid., oTS sq).
Hans-Christian CErsted(1777-1851) était luthérien, mai? il n'a pas craint, lui non plus, dans ses discours, dans ses livres, dans ses actes, de confesser sa foi. II a cru en Dieu, et il l'a proclamé la « cause commune », la « raison primordiale » qui fait l'harmonie entre l'être et la pensée, entre les lois de la nature et les lois de notre esprit, et sans laquelle il n'y aurait pas de science possible i. Il a cru au christianisme, et, dans un discours solennel où il parlait au nom de l'Université de Copenhague, il a célébré l'union du christianisme et de la science, affirmant que le christianisme a toujours favorisé la science, et que la science a toujours tourné en faveur du christianisme. « La plupart du temps, disait-il, quand on a parlé du conflit entre le christianisme et la science, c'a été ou bien que l'on présentait comme doctrine chrétienne ce qui n'était qu'opinion humaine, ou bien que l'on portait au compte de la science ce qui n'était que légèreté ou licence de pensée -. »
Or, c'est Œrsted qui a fait faire le second pas à la science de l'électricité, en montrant que le courant électrique attire ou repousse les pôles de l'aiguille
1. Voyez son ouvrage, Der Geisl in der Natur. Trad. allemande de Kannegiesser. Leipzig, 1854, cité par Kneller, 131 sq.
2. Ibid. C'est exactement la pensée du Concile du Vatican : Inanis autem hujus contradictionis species inde potissimum oritur quod vcl fidei dogmata ad mentera Ecclesiœ intellecta et exposita non fuerint, vel opinionum coiumeota pro raLionis effatis habeantur [Vaticanum. IV. — Apud Denzinger, 9° édit., n" 1645).
aimantée. Ce fut dans la science un long cri d'étonnement. « Jusqu'alors, on savait, en effet, qu'une matière peut agir sur une autre matière, s'y unir ou s'en séparer, en changer l'aspect et les propriétés, phénomènes qui constituent une partie essentielle de la chimie, mais on n'avait jamais vu un fluide impondérable... agir sur un autre fluide impondérable... Œrsted annonçait cependant que le fluide électrique pouvait agir sur le fluide magnétique \ » Des savants réunis à Genève répètent l'expérience, « presque tous avec la conviction qu'Œrsted avait été dupe de quelque illusion ^ ». En voyant l'aiguille s'agiter au passage du courant et bientôt se mettre en croix avec lui, ils restent graves, pensifs, muets. Puis l'un d'eux, Prévost, s'écrie : « Noms rerum nascitur ordo, un nouvel ardre de choses vient de naître. »
Il ne se trompait pas. De cette expérience développée ou complétée peu à peu allaient sortir le télégraphe et le téléphone, la lumière et l'énergie électriques, les dynamos, les instruments les plus variés de puissance et de précision, la transformation des laboratoires et de l'industrie, de la science et de la vie sociale.
Mais à la condition que ces faits nouveaux trouveraient la formule de leurs lois. Les idées de Coper-
d. J.-B. Dumas, Disc, et Eloges, \, 239 sq. 2. Jbid., 261.
nie fussent restées infécondes sans le génie de Newton, et les expériences de Galvani sans le génie de Volta, Les expériences d'Œrsted attendaient leur législateur. Beaucoup se mirent à l'œuvre, mais les difficultés semblaient inextricables. Il fallait un génie pour réussir.
Ce génie fut André-Marie Ampère (1775-1836). « Après s'être placé à côté d'Œrsted par la découverte d'un fait nouveau important, celui de l'action mutuelle des courants i, son rare et admirable génie, soutenu et guidé par une science profonde, sut... remonter jusqu'au principe en assignant la loi élémentaire de ces actions complexes, pour redescendre ensuite aux conséquences les plus minutieuses et les plus précises ^ » Bref, il formule les lois d'Ampère^ qui ont présidé, depuis un siècle bientôt, à toute la pratique de la science et qu'on n'a pas eu à retoucher. Le mémoire où il les formule « est l'une des plus admirables productions de la science moderne, et le fondement de l'édifice le plus vaste et le plus achevé peut-être que la philosophie naturelle ait produit depuis Newton * ».
1. Et aussi l'action des aimants et de la terre sur les courants; et finalement l'identification des courants et des aimants, rattachant ainsi le magnétisme à l'électricité. Voyez A. -M. Ampère, Théorie mathématique des phénomènes électrodynamiques uniquement déduite de l'expérience. Paris, Hermann, 1833, 2« édit. (conforme à la première publiée en 1826), p. 89, etc.