Flourexs
plus éminents du xix° siècle1 », prononçait, au Congrès des naturalistes tenu à Halle en 1874, un grand discours où il prenait parti pour l'évolution, mais en repoussant le darwinisme et en proclamant que l'évolution, pour être intelligible, suppose l'idée de finalité et donc l'existence de Dieu : « Il est vrai, disait-il, nous ne sommes pas à même de voir ni de palper un principe agissant d'après un but, mais nous en déduisons l'existence par des phénomènes que nous ne pouvons attribuer qu'à un tel principe. C'est de la même manière que le physicien conclut à l'existence des atomes, et l'on remarque bien que précisément les sciences exactes apprécient parfaitement cette conclusion. Si, dans un désert, dans des contrées apparemment inhabitées, on trouvait des pierres taillées, liées ensemble par du mortier, nous accuserions de démence celui qui refuserait de voir, dans cette construction, l'influence d'un but poursuivi. Or, les organismes, en fait de connexion méthodique, sont bien au-dessus de ce que notre art peut produire. La convenance de leur structure est si frappante qu'à l'aspect de leurs membres la question de leur utilité s'impose tout naturellement. De plus, cette convenance de leur structure n'est pas restreinte à la cohérence des membres d'un même individu, mais fréquemment, presque toujours, l'organisation de l'un est pour l'organisation de l'autre ». Il en donne des exemples, et il conclut : « Je ne
1. Pagel, dans Allgemeine deulschc Biographie, Leipzig, xl (18%), 23G.
i50 LES CROYANTS ET LES PROGRÈS DE LA SCIENCE
m/oppose pas à ce qu'on nomme hypothèse la supposition (l'une intelligence gouvernant l'univers, intelligence appelée Di<u. Mais je prétends qu'on n'a pas encore réussi à la supprimer... La cause capitale de toute évolution organique, je la cherche dans l'action d'une puissance intelligente qui agit selon un but, qui choisit et cpmpine les conditions convenables au processus de l'existence1. »
Henri Milne-Ecjwarcls (I8QQ-I880) est une des gloires delà physiologie française. Son labeur fut prodigieux; son influence profonde, et, sur peaucoiip de ppjnts, elle dure encore. C'est lui, en particulier, qui a établi les lois de Ja division du travail physiologique2, et, par là, a ouyert à l'école française une voie féconde.
Il n'a pas dissimulé sa croyance- Prenons, presque au hasard, un passage de ses œuvres. Après avoir dit que « les propriétés physiologiques dp l'Animal ne sont pas une çpnséquence 4e sa structure, mais la raison d'être de celle-ci » ; après avoir dit que chaque vivant, % en naissant dans la main du Créateur », en reçoit spn plan déterminé, il ajoute : « Développer ici pes vues, si contraires aux idées des matérialistes (c'est nous qui soulignons), serait chose prématurée, car ce n'est pas sur une connaissance superficielle de la