‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècleChapitre 113 sur 201 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

de mesurer l'intelligence en mesurant l'encéphale1 » ; s'il combat. le vitalisme, il déclare qu' « on. peut nier le principe vital sans nier l'âme... Disons donc bien haut que la grande controverse dn spiritualisme et du matérialisme est entièrement étrangère an débat actuel2 » ; s'il veut que l'anthropologie remonte aussi haut que possible dans l'histoire de l'Homme, il rappelle que « la recherche des origines, en prenant ce mot dans un sens absolu, n'est pas de l'ordre scientifique », parce que, au delà de tout ce que la- science peut atteindre, « restent et resteront toujours des faits primordiaux » qui la dépassent. « La recherche scientilique fait alors place, suivant la nature des esprits, au doute philosophique ou à la croyance3. »

1. « Personne n'a prétendu, ni ici (Société d'anthropologie) ni ailleurs, qu'il y eût un rapport absolu entre le développement de l'intelligence et le volume ou le poids de l'encépiiale. Pour ce qui me concerne, j'ai protesté, de toutes mes lorccs et à plusieurs, reprises, conte une pareille absurdité; j'avais même écrit d'avance cette partie de mon discours, afin que ma manière de voir, exprimée en termes très catégoriques, ne pût donner lieu à aucune équivoque, et j'avais terminé par la phrase suivante, que je vous demande la permission de sous relire une second'' lois: « 11 ne peut donc venir à la pensée d'un homme éclairé de mesurer l'intelligence en mesurant 1'encpphale » (Bioca Puni, M'moves d'anthropologie. Paris Reinwald, t. I, 1871. p. 215).

2. Broca, Etudes sur les animaux ressuscitants. Paris, Delahaye, 1860, pp 13 sq.

3. Bro a, article Anthropologie, dans Diction. Dechambre, 1'' série, V, (187ti) 296. Il ajoute : « L'hypothèse darwinienne, la plus hardie de celles qu'on puisse citer, recule le problème des origines de la vie jusqu'à l'apparition de la première monade ; mais la cause du premier passage de la matière non organisée a l'état de matière organisée, ne pouvant être expliqué ni devinée, est situé» en dehors de l'extrême limite de

On voit qu'il ne semble même pas entrevoir la possibilité logique de nier Dieu, et le « librepenseur » dont nous parlait le Dr Pozzi est plutôt un agnostique qu'un incroyant.

Arthur Van Gehuchten (1861-1914) est mort en exil, chassé par la guerre. Ses notes ont disparu, avec l'immeuble qu'il habitait, dans le sac de Louvain. Ce fut, en même temps qu'un grand médecin, un grand savant. Il a beaucoup contribué à faire prévaloir la doctrine de l'individualité des neurones. Le premier, il a reconnu la propriété conductrice des dendrites. Ses études sur l'origine des racines nerveuses ont eu un grand retentissement. Il a publié un livre magistral : Anatomie du système nerveux de V Homme. Il a fondé une revue célèbre, Le Névraxe, que ses travaux et ceux de ses élèves ont alimentée presque exclusivement. Il a vu des neurologistes étrangers, avant d'aborder leurs chaires de professeurs, tenir à honneur de faire un stage dans le laboratoire de celui que Grasset proclamait un jour « le maître incontesté de l'anatomie du système nerveux *. »

Van Gehuchten, dans sa réponse aux félicitations reçues à l'occasion de son jubilé de professeur, commença la longue série des remercîments

ce que l'on peut savoir ; car ce serait se payer de mots, de dire que la matière a la propriété de s'organiser lorsqu'elle se trouve placée dans des conditions favorables. »

1. Grasset cité par Masoin, dans Souvenir de la manifestation en l'honneur de M. Van Gehuchten, à l'occasion du 2S' anniversaire de son professorat à l' Université de Louvain, le 4" décembre 4912. Louvain, Uystpruyst, 1913, p. 29.

d'usage par cette phrase : « Ma gratitude, tout d'abord, à la Providence, qui m'a comblé de ses dons et favorisé de ses bienfaits1. »

C'était, en effet, nous écrit un de ses élèves, « un catholique pratiquant et qui ne rougissait pas de sa foi. Je l'entends encore dire tout haut, au Laboratoire : « Il faut que je me retire; je vais me confesser, car je dois faire demain la sainte communion avec toute ma famille ». Il avait aussi l'orgueil de sa foi. Un jour, pendant qu'il dessinait à gros traits les schémas d'une conférence publique sur les voies réflexes, je me permis de lui faire remarquer que ces conférences lui prenaient un temps précieux, dérobé à des occupations peut-être plus utiles. « C'est vrai, me répondit-il avec la familiarité que permettait l'intimité du Laboratoire, mais je tiens à prouver que les catholiques ne sont pas plus bêtes que les autres ». A cette vérité catholique qu'il aimait, il allait de toute son âme honnête. La simple observation d'un fait vulgaire de développement embryogénique lui arrachait un jour devant moi cette exclamation : « Et dire qu'il y a des gens qui ne croient pas ! » Mais cette vérité qu'il aimait, il ne voulait pas qu'on la compromit. Un jour, au cours de Neuropathologie, il nous dit, à propos de quelques symptômes hystériques, qu'un médecin pourrait bien, les traitements ordinaires n'ayant pas réussi, envoyer ses malades à Lourdes, une exaltation du sentiment religieux pouvant déterminer une

Page 1