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cales qui n'étaient que désordre avant lui... Il a ouvert à la science des horizons nouveaux, il a initié de nombreux élèves et fondé une école aujourd'hui célèbre... l'école de la Salpêtrière1. »
Bref, c'est un savant devant lequel nous nous inclinons en regrettant de ne pouvoir le revendiquer. Nous ne le pouvons pas : sans être positivement renseigné sur tous les détails de sa mort, qui fut presque subite, nous ne pensons pas qu'il ait rétracté en ce moment le matérialisme ardent et même sectaire qu'il avait affiché pendant sa vie; et sans doute, en dépit des funérailles religieuses qu'on lui a faites à la Salpêtrière, on doit le compter parmi les matérialistes et les athées 2.
Guillaume-Benjamin Duchenne (1806-1875), qu'on appelle, dans la littérature médicale, Du-
1. Gaston Tissaxdier, dans La Nature, 26 août 1893, p. 193. Dans L'Entre- Deux-Guerres (Paris, nouv. Libr. nationale,
1915, p. 200), Léon Daudet porte ce jugement : « Le maître de la Salpêtrière avait tyrannisé pendant vingt ans la Faculté de Médecine. Il n'en était pas moins une des plus remarquables intelligences dont se soit enorgueillie la médecine française. Philosophe nul, thérapeute médiocre, observateur visionnaire, clinicien génial, il prendra dans l'avenir, j'en suis certain, quand les rancunes accumulées par ses parti-pris souvent injustes auront disparu, une belle place au-dessous de Claude Bernard et de Potain, sur le même rang que Duchenne de Boulogne. Il aura le rare mérite d'avoir compris que l'art et la science doivent se comprendre, se compénétrer et s'entr'aider. »
2. « Le scepticisme de Montaigne était tout à fait son affaire. Non seulement il n'avait aucune croyance, mais encore il manifestait fréquemment des sentiments hostiles au catholicisme, qu'il ne séparait pas de la réaction. Sa sympathie mystique allait, je ne sais trop pourquoi, — ni lui non plus, sans doute, — au Bouddha. » (Léon Daudet, Devant la douleur, 2* série. Paris, nouv. Librairie nationale, 1915, p. 7).
chenne de Boulogne, a exercé, par ses découvertes pathologiques, par ses applications de l'électricité en thérapeutique et par ses expériences de psychologie expérimentale, une influence considérable sur la science de son temps. En particulier, « la physiologie des mouvements est véritablement » son œuvre1. Nous ne savons rien de ses sentiments religieux.
A la suite de ces trois initiateurs, parmi ceux qui ont exercé une grande influence, nous pouvons citer Bernheim et Grasset.
Hippolyte Bernheim (1837-1919), l'émule de Charcot et souvent son adversaire, « ne croyait à rien, nous écrit-on, pas même à la médecine; il croyait exclusivement en lui » et trop. C'est une opinion. Nous pouvons, du moins, en conclure que, lui aussi, dont la valeur est d'ailleurs beaucoup plus contestable, est à compter parmi les incroyants.
Joseph Grasset (1849-1918) a exercé dans le Midi de la France « une sorte de royauté médicale » ; clinicien éminent, il a donné, avec son Traité de Physiopathologie clinique, une « synthèse puissante et originale, s'il en fut, de toute la science médicale2» ; mais il s'est spécialement consacré à l'étude des maladies du système nerveux et des questions de psychologie qui s'y rattachent.
1. Henri Roger, dans l'œuvre collective La Science française. Paris, Larousse, t. I, 1915, p. 343.
2. Hommage au Professeur Grasset (à l'occasion de son jubilé universitaire). Montpellier, Imprimerie générale du Midi, 1912. Discours du Pr Rauzier, pp. 20 et 28.
Dans son œuvre scientifique, qili est très abondante, il s'interdit, avec une sorte de scrupule, toute apologie de ses croyances; mais il n'en l'ait jamais mystère. Il revendique l'autonomie de la science; mais il lui marque ses limites et lui impose le respect des disciplines qui la dépassent1. Il proclame la science et la religion « séparées et distinctes par leur objet et leur domaine », et ne veut pas qu'elles empiètent l'une sUr l'autre; « nec ancilla nec domina... Chacun chez soi! » mais il atteste qu'ainsi elles « ne se combattent ni né se contredisent, mais se complètent2 ». Il sépare, trop violemment peut-être, le savant et le croyant, le laboratoire et l'oratoire ; mais il ajouté que « chacun peut, s'il le croit bon, aller successivement a son laboratoire et à son oratoire3. »
PoUr son compte, il n'y manquait pas. Dans son discours jubilaire, commentant la médaille commémorative qui lui était offerte, il déclarait qu'une de ses deux laces, celle qui « l'intéresse lé plus », « Symbolise merveilleusement les deux grandes passions de sa vie : la Faculté et la Cathédrale, à l'ombre desquelles il est né et espère mourir ». Puis, évoquant Pasteur, il s'écriait :
1. Voyez sui-jiiui ses Limûes de la Biologie (Paris, Alcan, 3° édit., 1986, nolâinmerit pp. U8-17'J , l'un tfë ses ouvrages où il se reconnaissait le plus volontiers et qu'il a voulu mentionner — avec Les deux psychismes, les Demi-fous et la Physiopathologie clinique — sur le feverâ de sa médaille jubilaire. (Voyez Hommage, planche avant la p. 35.)
2. Limites de la Biologie, pp. 158, 175, 179. «Chacun chez soi » est le dernier mot de ses « Conclusions générales ».