Voyez ibid
4. E.-Fred. Dubois (d'Amiens), Eloges lus dans les séances pub. de l'Acad. de Mcd. Paris, Libr. acad., 1864, I, 97, en note.
Cependant « il est, de nos jours, des esprits pour trouver injustifié le discrédit où l'œuvre de Gall est communément tombée, et pour estimer qu'elle mérite d'être prise en considération1 » ; non pas qu'on pense à restaurer sa doctrine, mais on peut voir en lui un précurseur — non pas le premier mais le plus agissant — des recherches sur les localisations cérébrales.
Ce n'est pas assez pour le compter parmi les grands noms de la science. Nous lui consacrons cependant quelques lignes parce qu'on lui a fait, peut-être à la suite de Comte2, une réputation de matérialiste qu'il ne mérite pas. 11 la repousse au contraire le plus catégoriquement du monde et s'ingénie à montrer comment sa doctrine peut s'accorder avec celle de saint Thomas d'Aquin, des Pères et de l'Evangile sur la psychologie de l'homme et sur la morale3. Quant à l'existence de Dieu, loin de la nier, il prétend l'établir avec son système, et il a un paragraphe intitulé : Preuves de l'Existence de Dieu prises de l'organologie. Il les ramène à l'argument que voici : « La nature a
1. Ch. Blondel, La Psychophysiologie de Gall, ses idées directrices. Paris, Alcan 1914, pp. 7 sq.
2. Aug. Comte (Systeyyie de Politiqixe positive. Paris, Mathias, 1851, II, 403 sq.) fait de Gall un positiviste avant la lettre.
3. F.-J. Gai l et G. Spurzheim, Anatomie et Physiologie du système nerveux en général et du cerveau en particulier... Paris, Schœll, 1810-1819, t. II, 59-91. 32 p. grand in-folio ! Il dit notamment (p. 56) que l'âme pense et veut par le moyen du cerveau comme elle agit par le moyen des muscles; mais que le cerveau, comme les muscles, n'est qu'une condition et non pas une faculté (et qu'il ne suffit donc pas à expliquer la pensée).
donné à l'homme comme une de ses marques distinctives le besoin de Dieu; mais c'est un fait que tous les besoins, penchants, organes que donne la nature, supposent les objets qui leur correspondent : Dieu existe donc, puisque la nature en donpe à l'homme le besoin1. »
Bref, on peut discuter sur la valeur scientifique de Gall ; mais après de telles déclarations d'ua homme d'ailleurs « plein de candeur et de loyauté2», on n'a pas le droit de le regarder comme un matérialiste.
Laissons Gall et venons aux vrais initiateurs, Ce sont Pierre- Jean-Georges Cabanis (1757- 1808) et Josep-Frédéric Bôrard (1789-1828) qui « fondent, en quelque sorte, la psychophysiologie moderne3 ». Ils vont de pair aussi comme médecins et comme savants; mais ils s'opposent de front comme philosophes — car tous ces titres leur appartiennent — et la Doctrine des, rapports du physique et du moral, l'ouvrage capital de Bérard, est la réplique aux Rapports du physique et du moral, l'ouvrage capital de Cabanis \
1. Ouvr. cite, IV, 190-192 Le fait du « penchant à un culte religieux, qualité fondamentale du l'espèce humaine», esl démontré pp. 172-186. Clin pourrait citer d'autres passages du même volume, par exemple p. 2G0, ou d'un autre ouvrage publié encore en collaboration avec Spurzheim: Des dispositions innées de lame et de l'esprit. Paris, Schœll, 1811, par exemple, pp. 18 sq.