Cité par Triaire
4. Voyez Œuvres complètes de Bernardin de Saint-Pierre. Paris, Méquignon-Mai vis, 1818, J, lissai sur la vie et les ouvrages de B. de Saint- Pi ne par L.-Aimé Maitin, pp. 244 sq. Le dansoale avait éclaté à propos d'un rapport où Bernardin de Saint-Pierre laissait voir des sentiments religieux. On était en 1798.
sèment, elles ne résument pas l'histoire de sa pensée. Après sa mort, on publiait de lui une très longue lettre adressée à M. Fauriel, où son athéisme officiel s'atténue jusqu'à disparaître, jusqu'à faire place à l'aveu que la croyance en la Cause première s'impose à l'esprit qui raisonne1.
l.« Ainsi l'idée d'un système purement mécanique de l'univers ne peut entrer que dans peu de têtes; l'homme ne peut même jamais acquérir assez de connaissances pour qu'un tel système soit, je ne dis pas complet, mais suffisamment lié dans quelques-unes de ses parties les plus importantes ; et d'après sa manière de sentir et de juger, qui tient essentiellement à celle dont il a été organisé par la nature, il supposera toujours de l'intelligence et de la volonté dans la cause dont les effets présentent des signes si frappants de coordination, et qui marche toujours vers un but précis avec tant de justesse et de sûreté. On peut sans doute opposer à cette conclusion l'absolue impossibilité où nous sommes d'arriver a des notions exactes sur la nature de la Cause première et l'on n'aura pas de peine à prouver que nous ne pouvons connaître d'elle que ses effets observables ; mais quel faible argument que la déclaration d'une ignorance absolue contre les impressions directes, inévitables, journalières, contre le cri universel et constant de la nature entière !... 11 lui suffit (à l'homme) de jeter le coup d'œil le plus superficiel sur l'organisation des végétaux et des animaux, sur la manière dont ils se reproduisent, se développent et remplissent, suivant l'esprit de cette organisation même, le rôle qui leur est assigné dans la série des êtres. L'esprit de l'homme n'est pas fait pour comprendre que tout cela s'opère sans prévoyance et sans but, sans intelligence et sans volonté. Aucune analogie, aucune vraisemblance ne peut le conduire à un semblable résultat ; toutes, au contraire, le portent à regarder les ouvrages de la nature comme produits par des opérations comparables à celles de son propre esprit dans la production des ouvrages les plus savamment combinés, lesquels n'en diffèrent que par un degré de perfection mille fois plus grande ; d'où résulte pour lui l'idée d'une sagesse qui les a conçus et d'une volonté qui les a mis à exécution ; mais de la plus haute sagesse et delà volonté la plus attentive à tous les détails, exerçant le pouvoir le plus étendu avec la
« Pour nous résumer, dit Frédéric Bérard, qui a publié et commenté ce mémoire, Cabanis a voulu être athée, nul doute à cela; mais il n'a pu y parvenir : son siècle égaré a voulu qu'il le fût, et son siècle n'a pu y réussir, tant sa pensée forte devait aller jusqu'à la vérité, ou plutôt tant la vérité est puissante, nécessaire et inévitable l. »
Paul Janet arrive aux mêmes conclusions sur le matérialiste. Matérialiste, Cabanis a voulu l'être, et son fameux livre sur les Rapports du physique et du moral en fait foi ; mais la fin y contredit le commencement. A mesure que l'auteur serre sa pensée, à mesure qu'il poursuit, derrière les faits, les causes, son matérialisme se lézarde et il laisse entrevoir que c'est à l'esprit (ou, selon son expression, à la « sensibilité », aux « résultats les plus parfaits» delà vie) qu'il faudra demander de nous expliquer la matière, plutôt que de chercher dans la matière l'explication de l'esprit. Et lorsqu'on réfléchit à cette aventure, conclut Paul Janet, « on est moins étonné de la prétendue contradiction que l'on a cru voir entre cet ouvrage et la Lettre à Fauriel sur les causes premières ; de même que dans les Rapports, Cabanis a fini par s'élever au-dessus du matérialisme, de même, dans la Lettre à Fauriel, il s'élève au-dessus de l'athéisme 2. »
plus minutieuse précision. » {Lettre posthume et inédite de Cabanis à M. F..., sur les Causes Premières, avec des notes de F. Bérard. Paris, Gabon, 1824, pp. 17, 41, 42.)