‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècleChapitre 121 sur 201 · Bérard, note 42, p. 184 de la Lettre à F · texte numérisé non relu

Bérard, note 42, p. 184 de la Lettre à F

2. Paul Janet, Bévue des Deux Mondes, XXXIX (1888) 47. Cf. 44-46.

Voilà donc un homme, qui — chose rare parmi les initiateurs — s'efforce violemment d'être athée et matérialiste ; mais qui gâte tout le plaisir qu'en pourraient tirer les incroyants, par son impossibilité d'y réussir. Peut-être eutil réussi avec un esprit moins robuste et moins logique ; mais peut-être, avec cet esprit-là, n'et'it-il pas été un initiateur. Laissons les peutêtre et retenons le t'ait : Cabanis a été un matérialiste et un athée de désir ; mais un croyant malgré lui.

A moins qu'il n'ait été, dans son l'or intime, un Croyant tout court. C'est à cette conclusion que s'arrête un de ses historiens, d'après lequel « Cabanis se contredit moins encore qu'il ne se développe, lorsqu'il va de l'action des causes secondes, auxquelles il accorde trop, à la reconnaissance de la Cause première, qu'il ne fait pfts agir assez promptement ». Dans les œuvres publiées de son vivant, « il Semblait exclure Dieu de la formation de l'univers et l'ànie de la formalion de l'homme. Il n'en était rien, comme le prouve la lettre... à son ami Fauriel. Cet écrit, qu'il ne faut pas séparer de son livre, complète sa théorie plus qu'il ne la réforme. Il contient ses vues sur la puissance divine et sur l'àme humaine, qu'il ajoute, par une tardive déduction, j'allais presque dire par une heureuse inconséquence, aux actes de la sensibilité mécanique... Dieu est reconnu la cause et la raison de tout. Un peu moins concluant sur l'âme humaine, Cabanis admet son immortalité comme probable, parce qu'il

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reconnaît son existence comme distincte »,etc. *.

Quelle que soit l'explication de la fameuse lettre, il y a une conclusion qui s'irhjmse : €abatiis n'est pas à compter parmi les incroyants.

Que Frédéric Bérard, lui aussi, un médecin, un savant, un philosophe, « le plus vrai philosophe qui ait appartenu à l'Ecole de Montpellier,... l'intelligence la plus lumineuse dont puissent s'honorer les temps modernes de la médecine2 », ait été un croyant, sa lutte contre les idées de Cabanis, le commentaire qu'il a mis à la fameuse Lettre, ou simplement la citation que nous venons d'en faire, suflit à le démontrer. Ajoutons celle-ci, prise à la même source : « L'histoire des idées religieuses prouve qu'elles ont été en se perfectionnant, par les progrès mêmes des sciences physiques, et que les plus grands

i: Mi'gnëî, Notice kistôHqûk sur la vie et les travaux de Cabanis, lue à la séance du 15 juin 1850, à l'Acad. di-s Se. inorales et politiques, pp. 78-80 du lire à part.

F. Golonn h'Istria, dans une étude récente sur La religion i Cabanis (Hevuc de Wéttopfi. et de Morale, mai ■i'Jifj, arrive à des conclusion analogues : « Entre le dernier écrit de Cabanis, dit-il. et les autres parties de son œuvre, il n'y avait point de variations essentielles... Un travail intérieur a dû s'accomplir dans la pensée de Cabanis, des problèmes dont il avait toujours senti l'attrait, mais dont il avait, par réserve scientifique, différé Fexamen, se sont plus fortement imposés à lai et il à cédé au désir légitime d'exprimer avec plus de liberté, dans un écrit de caractère plus personnel, les résultats de ses dernières méditations » (loc. cit., pp 455,470). On peut Voir, dans Cabanis lui-même [Rapports du phys. et du moral, l, Préface, p. xxxv, et II, p 439 , des passages caractéristiques de sa position intellectuelle à ce moment-la.

2. Cualffàud, Lettre sur le vilalisme,i3 (cité d'après Grasset, Idées rnéd., 321).

physiciens ont été les hommes les plus religieux. Tous les physiciens, tous les astronomes qui n'ont pas été jusqu'à Dieu, ont montré un esprit borné qui n'était capable que d'embrasser la partie mécanique de leur science et qui ne pouvait s'élever au-dessus des formules mathématiques1. »

En résumé, des deux premiers pionniers de cette science au xixe siècle, l'un fut un parfait croyant; et l'autre, un croyant malgré lui.

Si, dans les branches diverses de;la Physiologie, les croyants font très bonne figure, si l'on compte parmi eux les grands noms de Ch. Bell, de Flourens, de Tiedemann, de Milne-Edwards, de Schwann, et, nous le verrons bientôt, de Cl. Bernard; cependant nous avons eu à signaler, parmi les savants qui s'imposent et même, avec Magendie et Charcot, parmi les grands initiateurs, un certain nombre d'incroyants, alors qu'on n'en trouve presque pas dans les autres branches de la science énumérées jusqu'ici.

C'est un fait. 11 faut d'abord en convenir. L'on peut ensuite noter en passant qu'il confirme la remarque du début : à savoir que, dans une science donnée, les incroyants sont d'autant plus nombreux que cette science est plus loin d'en être une. Si les sciences naturelles sont inférieures, en rigueur scientifique, à la physique et à la

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