ibid
G. Ibid., 319. Un médecin qui fut célèbre, Pinel, après une phrase trop dure pour être citée, écrivait : « Le doute philosophique de L)escartes peut souvent s'appliquer à la pathologie interne; et quel bienlait pour le genre humain, si on pouvait le faire adopter par l'universalité de ceux qui exercent la médecine » (Nosographie philosophique. Paris, Bros80n,MDGCCVlï, t. I, p. LX ,. « Je ne sais pas ()e science, dit Chaullard, ou la contradiction règne en maîtresse plus absolue; et, bien entendu, ce n'est pas la science qu'il faut accuser, etc.. ». (Chauilard, la vie. Eludes et problèmes de biologie genc?->dc, Paris, J.-B. Baillière, 1878).
7. Voyez Cl. Behmard, ïntrod. à mcd. exp., 7, 8, 25, 58, loi, 156, 200. etc..
D.ANS, LES SCIENCES DE LA Vif 487
saiaiF. Comme le disait Mayer, le fondateur de la Thermodynamique, un médecin et un savant : « Tandis que, dans la physique, nous rencontrons des lois, nous n'avons dans l'étude (des sciences de la vie) que des règles1 ». Ce qui veut dire qu'elles ne sont pas encore des sciences. Or, dans l'ensemble, la parole de Mayer reste vraie, et, malgré les immenses progrès accomplis, "« tout le domaine de la vie organique est actuellement et essentiellement pour nous comme un pays inconnu où conduiraient seulement quelques sentiers éloignés les uns des antres et que l'on parcourrait dans l'obscurité2 ». Passe qu'un jour arrive — don,t « uous sommes encore loin » — où tous les médecins auront l'esprit scientitique et où la médecine sera une science ! Il n'est pas arrivé3 : or, notre enquête porte sur le passé et non pas sur l'avenir. Et donc, que la médecine soit destinée à devenir une science ou à demeurer un art, il n'en reste pas moins que, dans le cours du xixe siècle, le médecin n'a été un savant que dans la mesure ou, en plus de la médecine, il a possédé la science, ou du moins quelqu'une des sciences médicales. Mais nous avons déjà parcouru ces diiïérentes sciences, et, pour chacune d'elles,
\. Cité par E. Nami.ie, La Physique moderne. Paris, Alçan, 2» édit., 18'JO, p. 48.
2 W. Ostwald, Esquisse d'une Philosophie des sciences. Trar duct. Dorolle. Paris, Alcan, 1911.
3. Voyez par exemple le Dr Boi iu.et (de Lausanne), Quelques erreurs et tromperies de la science médicale moderne. Parjs, Payot, 4* édit., (1915), tout le volume, notamment pages 11, 22, 49.
nous avons nommé les principaux initiateurs. Notre enquête ne portant que sur ce point, notre tâche est faite.
Nous pouvons cependant, par manière de parenthèse, nommer quelques grands médecins, en les choisissant, pour rester fidèle à notre méthode, parmi les initiateurs, sinon des sciences, du moins des principales doctrines ou des principales Ecoles médicales. Il va sans dire d'ailleurs que ceux-là furent tous des savants. Pour ne pas être infini, et puisqu'il ne s'agit que de prendre un exemple, nous ne parlerons que de la France.
§ 3. — Chefs d'école matérialistes.
La médecine française, depuis le commencement du xixe siècle jusqu'à la révolution accomplie par l'œuvre de Cl. Bernard et de Pasteur, se partage en deux courants qui, sous des noms divers, ont réuni d'un côté les croyants et, de l'autre, les matérialistes.
Ceux-ci ont eu généralement pour eux la Presse, la réclame, la vogue, l'enthousiasme et les manifestations bruyantes des étudiants. Les autres ont trouvé les idées fécondes, celles qui ont survécu et que l'expérience a imposées, celles qui ont ouvert la voie aux progrès et qui font aujourd'hui l'honneur de la médecine en même temps que l'espoir des malades. De hautes intelligences ont paru dans les deux camps. Parmi les défenseurs du matérialisme, on cite en général Rostan, et, plus haut que lui par le mérite comme par la
renommée : François Joseph Victor Broussais (1772-1838).
« Si Broussais n'est pas resté un grand chef d'école, il fut certainement un puissant chef de parti, et il sera toujours dans l'histoire, à ce titre, un nom justement fameux, sinon un grand nom *. »
« Gomme écrivain, il n'a presque pas. de rivaux parmi les médecins. La clarté, le naturel, la vivacité, l'énergie, l'originalité, voilà les qualités dominantes de son style2 ». Ce style « est personnel et guerroyant », a dit un critique3. Tout était guerroyant dans cet homme : le style, la pensée, l'image, la voix, le geste, et ses haines comme ses amours. On eut dit le génie de la guerre. Et il a mis, au service des doctrines matérialistes, avec un talent de premier ordre, une fougue de tempérament, une véhémence de langage, une intrépidité de décision, qui en firent l'idole de la jeunesse universitaire et l'arbitre de la renommée. Il a été le créateur d'un système à la mode, le chef d'une école hautement prépondérante, et il a exercé sur la médecine une influence qui ressemblait à une dictature *.
1. Peisse, article nécrologique, dans la Gazette médicale du 24 novembre 1838, cité dans Larousse, Gr. Dict., II, 1321.
2. Bérard, Discours sur Broussais, à la Faculté de Médecine. Cité ibid.
3. Gouraud, Rev. des deux Mondes, 4' série, XVIII (1839), 337.
4. « Je ne sais si, à cette époque, un seul praticien sut pleinement échapper à l'influence que ce terrible novateur exerçait ». Em. Chauffard, Andral. La médecine française de 4820 à 4830, Paris, J -B. Baillière, 1877, p. 39 . « Après avoir été si longtemps le tribun de la science, (il) avait fini par en être le dictateur ». (E.-F. Dubois, d'Amiens, Eloges lus dans les
Mais précisément son influence a été an détriment des malades; son école, un obstacle au progrès; et son système de médecine, appuyé sur sa philosophie, détestable. N'admettant dans l'homme que la matière \ il « lie voulut plus voir, chez le malade, (que la lésion, te <cri de Vo-rytiie souffrant; puis cet organe souffrant fut toujours le tube digesiif : - a seule lésion fut l'inllammation, et toute la thérapeutique se réduisit aux émissions sanguines («àUx saignées), dont on abusa d'une manière lamentable2 ». Et cela s'appelait la médetine physiologiste ! Ce fut ix le règne de la saignée..., tantôt déplétive, tantôt préventive, tantôt explorative3 » ; ce qui veut dire que l'Ecole la prescrit à tout propos et hors de tout propos, à tort et à t r;ivers. « Tous les marais à sangsues de la France et de la Hongrie s'épuisèrent avec cette thérapeutique sanguinaire4 ». On a été jusqu'à prétendre que Broussais a fait couler autant de sang que Napoléon Ier. C'est une « exagération s>, nous assure le docteur Boinet ; mais il constate qu'avec cet homme terrible, la saignée « atteint son apogée », dépassant les abus de Guy-Patin lui-même et de tout le siècle de Louis XIV5.
séances publiques de l'Acà&'étittk âe Hi </ < 1815-4863). Paris, libr. académique 1861; t. I. p. 106).
1. Il lui est arrivé cependant de prociamer une « force vitale », quitte à la proscrire en d'autres circonstances. Voyez GourAcd, loc. cit., 342-345
2. Gkasset, Icircs mcd., 320 sq. - Voyez Triaire, 130-138; — CrniUTard, Andml, i\-'û et un peu partout.