‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècleChapitre 144 sur 201 · Bourdon · texte numérisé non relu

Bourdon

3. Voyez P. Lemojne, Nos vrais savants. Abbeville, Paillard, pp. 39-46.

gynécologie et le précurseur du grand mouvement chirurgical qui a agrandi dans d'incalculables proportions les horizons de la chirurgie moderne. Mais il n'a pas été seulement l'initiateur d'une chirurgie nouvelle, il a aussi apporté à la médecine un contingent de conceptions qui sont restées ou qui ont dû être réintégrées dans son domaine classique1 ». « Récamier, dit un médecin anglais, peut être considéré comme l'ornement de la France et comme un de ces caractères illustres qui viennent, à de longs intervalles, orner l'histoire de la médecine, et recommander à l'estime du public notre profession2. »

C'était un « chrétien ardent et convaincu ». « Sa foi était absolue et naïve comme celle d'un enfant » ; mais il savait en rendre raison : il a « écrit une apologétique et divers travaux de philosophie chrétienne ». Son ardeur n'était pas à huis clos : il intervenait avec entrain « dans toutes les occasions où les intérêts de l'église et ceux de ses ministres étaient engagés ». Sa foi surtout gouvernait sa conduite. Ses principes « dictaient l'unité de sa vie et dirigeaient sa conscience médicale. Sa religion éclairée et tolérante était empreinte de la plus large bienveillance pour les autres; mais, pour lui, il était d'un rigorisme absolu et transportait, ce qui est fort rare, dans

1. Tkiaire, Introd., p. xv. La plupart des inventions de Récamier ont été d'abord méconnues, combattues, oubliées par ses compatriotes, mais retenues par les étrangers, qui les ont « réintégrées * en France. Voyez Triaire, pp. vm, ix, 150, etc..

2. Tilt, On diseases of Women... London, 1853, p. 17, cité dans Dictionn. Dechambre, 3' série, II (1874), 594.

le domaine professionnel, les préceptes de sa morale intime *. »

On veut dire qu'il tentait, en face d'un malade, tout ce que sa conscience lui dictait, sans aucun souci de sa réputation de guérisseur.

Parmi les grands héritiers de ces maîtres, c'est à Gabriel Andral (1797-1876) « que revient l'honneur d'avoir conduit la lutte (contre Broussais) après la mort de Laënnec, et d'avoir joué le principal rôle dans cet inoubliable conflit scientifique dans lequel l'avenir même de la science était enjeu ». Son œuvre est « l'arme qui achève de détruire la doctrine physiologique 2. »

Cette œuvre est considérable : histoire de la médecine, pathologie et thérapeutique générales, études cliniques, études d'anatomie pathologique sur les solides et les humeurs, et notamment un Essai d Hématologie pathologique (étude des maladies du sang) qui « fait d'Andral le fondateur de l'humorisme moderne et scientifique. Ce titre ne lui sera pas enlevé, pas plus que ne s'effacera désormais l'étude des altérations humorales3 ». Et c'est

1. Triaire, pp. 270, 317, 442, 409, 411, 188. Lamenais {Lettres, inédites à la Baronne Cottu, publiées parle Comte d'Hausson ville. Paris, Perrin, 2* édition, 1910, p. 136) écrivait, à la date du 10 novembre 1822: « Je connais M. Récamier ; je le crois un des plus grands médecins de Paris, et ses sentiments religieux ajouteraient encore à ma confiance, comme ils ajoutent à la vôtre. En toutes choses, la conscience éclaire plus que la science, et j'en ai vu des exemples frappants. »

2. Triaire, 346 sq. « Depuis la mort de Laënnec, écrivait Broussais lui-même, M. Andral a été proclamé le principal chef de l'école anatomo-pathologique de Paris » (Cité par Chauffard, Andral, 46).

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