Leçons sur les phé7iomènes de la vie
der le problème général de la vie, il a dû, comme tous ceux qui l'avaient précédé, admettre l'existence d'une cause qui échappe à toute analyse physico-chimique *. »
Cette cause, est-ce une âme?
Gomme savant, Claude Bernard n'en sait rien. « Pour l'expérimentateur physiologiste, il ne saurait y avoir ni spiritualisme ni matérialisme... Il
1. BoucnuT, Gazette des Hôpitaux, 1878, p. 578, cité par Tri aire, 293. Chauffard (La vie. Paris, Baillière, 1878, p. 160) dit de même : « Si nous nous demandons quel nom convient à la doctrine d'où elles (les déclarations de Cl. Bernard) émanent ou sous quel nom cette doctrine est connue, une seule et même réponse est possible : Cette doctrine, c'est le vitalisme ». Même note dans Grasset (Les Idées médicales. Paris, Pion, 1910, p. 340) : « Si la magnifique accumulation de faits nouveaux que nous avons signalés met notre 6iècle audessus des précédents et fait sa grandeur, on peut dire que sa vraie caractéristique et son unité vient de cette belle évolution, documentée et rationnelle », qui « a conduit, du vitalisme philosophique et synthétique de Barthez et de Bichat, au vitalisme expérimental et analytique de Laënnec, Claude Bernard et Pasteur. »
Claude Bernard a souvent attaqué le vitalisme; mais, en général, il le définit; et tel qu'il le définit, par exemple, dans les Annales de Chimie, 5* série, XI, 280, en 1877, peu avant sa mort, on ne saurait en effet le soutenir. Mais, d'autres fois, il ne recule pas devant le mot. Par exemple, il termine les Leçons sur les phénomènes de la vie (II, 524), en réclamant un « vitalisme physique, qui tient compte de ce qu'il y a de spécial dans l.s manifestations de la vie et de ce qu'il y a de conforme à l'action des forces générales: l'élément ultime du phénomène est physique; l'arrangement est vital. » Sans doute, il semble assez souvent faire, de l'idée directrice qui préside à cet arrangement vital, une simple abstraction, et nous avons déjà dit qu'il y a des réserves à faire sur le philosophe; mais les explications qu'il donne des phénomènes vitaux irréductibles à la matière et les graves objections qu'il formule à maintes reprises contre le matérialisme, conduisent logiquement à un spiritualisme très orthodoxe.
2o2 LES CROYANTS ET LES PROGRÈS DE LA SCIENCE
n'y a que des phénomènes dont il faut déterminer les conditions1. »
Mais s'il laissait la philosophie à la porte de son laboratoire 2, il n'avait besoin que de la leçon des faits pour déclarer « qu'en physiologie, le matérialisme ne conduit à rien et n'explique rien3 », qu'il est « absurde et vide de sens* », que son « erreur grossière6 » est de « confondre les causes avec les conditions des phénomènes ». « Si dans une horloge électrique, par exemple, on enlevait l'acide de la pile, on ne concevrait pas que le mécanisme continuât de marcher; mais, si l'on restituait ensuite convenablement l'acide supprimé, on ne concevrait pas non plus que le mécanisme se refusât à reprendre son mouvement. Cependant on ne se croirait pas obligé pour cela de conclure que la cause de la division du temps en
i. Mèd. ezpérim., 104, 348. Se. expér., 82 sq. Phys. gèn., 325. Leçons sur tes phénomènes, I, 43-45.