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CHAPITRE II

LA GEOLOGIE

La géologie, considérée dans toute son ampleur, au sens étymologique, embrasse toutes les sciences de la terre. Mais le même mot désigne aussi l'une des sciences de la terre, la plus importante d'ailleurs, ou du moins la plus vaste par son objet, celle qui, laissant à d'autres le détail, s'occupe des grands phénomènes d'ensemLle. Elle comprend deux branches : la géognosie, qui étudie la structure actuelle de l'écorce terrestre ; et la géogénie, ayant pour but de rechercher les causes qui ont présidé à la formation de cette structure.

C'est une science neuve. Elle a été créée presque tout entière au xixe siècle, mais parmi beaucoup de tâtonnements. Elle a progressé très vite, mais non pas en ligne droite. Les théories ont pullulé, très diverses et très éphémères, s'écroulant les unes sur les autres ; et il est difficile de marquer avec précision les pionniers auxquels on doit les

étapes décisives. Il y a du moins quelques noms qui émergent assez haut par-dessus la foule, pour que nul n'hésite à les saluer comme ceux des principaux initiateurs.

D'abord Friedrich - Heinrich - Alexander von Humboîd (1769-1839). « A proprement parler, il ne faut voir en lui ni un physicien ni un chimiste, pas plus qu'un géologue ou un zoologiste. Si pendant des années entières il s'est occupé de chimie, de physique, de sciences naturelles, de positions astronomiques, ce n'était là pour lui que des études préparatoires. Dès sa jeunesse, M. de Humbold a voulu être un voyageur scientifique dans la haute et grande acception du mot f ».

« C'est de 1799 à 1804 qu'il a exécuté les mémorables voyages où ses prodigieuses facultés d'observateur, servies par une science d'une étendue extraordinaire, se sont révélées avec une ampleur que nul n'a jamais dépassée... C'est bien à lui que revient le mérite d'avoir cherché à poursuivre, par des généralisations hardies, sur toute l'étendue de notre planète, la marche de chacune des catégories des phénomènes naturels », et d'avoir « passionné les esprits pour des recherches à peine soupçonnées avant lui 2. » Si dans chacune des sciences dont il s'est occupé M. de Humbold compte des supérieurs, si en chimie, en botanique, en géologie, en zoologie, il reste au-

1. A. de Quatf.efages, Alex, de Humbold, dans Revue des Deux Mondes, XIV (1" juin 1846), 753.

2. A. de Lappakkx't, dans l'œuvre collective Un siècle. Paris, 1900, pp. 493 sq.

dessous des Lavoisier, des Jussieu, des de Buch et des Cuvier, comme voyageur, comme physicien du globe, nul ne peut lui disputer une place à côté de ces rois de l'intelligence ' ».

Dans le Cosmos, son oeuvre capitale, il « reconnaît partout que les phénomènes et les événements qui constituent la nature, obéissent à une première impulsion donnée » ; il « est partout question de créations et de choses créées » ; mais l'ouvrage « éveilla les susceptibilités étroites des ultras de tous les partis et de toutes les communions 2 ». Susceptibilités qui s'expliqueraient peut être du point de vue de l'orthodoxie, et que ne calmeraient pas certains passages de la correspondance de Humbold où flotte parfois un certain esprit frondeur s.

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