CHAPITRE V
HÉSUME ET CONCLUSIONS
RL\SUMiÉ
Nous avons passé en revue, dans les deux volumes, 432 noms appartenant au xixe siècle. En écartant de ce nombre les 34 dont l'attitude religieuse nous est inconnue \ il en reste 398 qui se répartissent ainsi : lo indifférents ou agnostiques 2, 16 athées 3 et 367 croyants.
Nous avons hâte de dire que nous ne regardons
1. Legendre, C.-G.-J. Jacobi, Lee, C. Herschel, Newcomb, Carnot, Stepbensan, KirclihofT, ÎMalus, Wollaston, Seebeck, Coulomb, M. -H. von Jacobi, Wbeastone, Hughe6, Gramme, Petit, Berthollet, Mitscherlich, Laurent, Kékulé, Frankland, HoLmann, Roscoë, von.Buch, îJohl, Kôlreuter. Kolliker, Meckel, Purkinje, Duchenne, Cagniard, Davaine et Jenner.
2. Poincaré, Lagrange, Galois, Bunsen, Van't HofT, Moissan, Nàgelli, Van Tieghen, du Dois-Reymond, Romanes, Broca, Broussais, Corvisart, Kœberlé et Darwin.
3. Tyndal, Lumière, Curie, Berthelot, Suess, Giard, Hàckel, Strasburger, Leuckart, Raspail, Magendie, Bucbner,Moleschott, Vogt, Charcot et Bernheim ; parmi lesquels nous avons vu que Tyndal était un matérialiste intermittent; et Raspail, douteux.
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point du tout ces proportions comme définitives. Notre enquête, sous la forme où elle a été conduite, ne nous donne pas le droit de faire fond sur une statistique globale, puisqu'elle n'a pas cherché à épuiser, surtout du côté des incroyants, la liste de tous les savants dignes de mention. Nous pouvons cependant indiquer, à titre de curiosité, que le Dr Dennert qui, dans sa brochure, s'est proposé, lui, de dénombrer « les plus grands savants de tous les .temps l », est arrivé, pour le xixe siècle, par des voies très différentes des nôtres, à des résultats analogues : sur 283 savants, et en dehors des 48 dont il ignore les croyances, il en compte 8 comme indifférents, 7 comme athées, 220 comme croyants-2.
1. Brochure citée : Die Religion der Naturforscher, Préface de la 1" édition.
2. P. 54 de la 7* édition. Ces athées sont Vogt, Molcschott, Huxley, Gegenbaur, II. Millier (botaniste), Claus et Leuckârt. A la page GO, résumant toute son enquête du xv' au six' siècle inclus, il calcule que, sur les 3G7 savants dont il a pu connaître l'attitude religieuse, a moins de 2 0/0 repoussaient le christianisme et la loi en Dieu, presque 3 0/0 furent plus ou moins indifférents, la grande majorité de 95 0/0 confessait la foi en Dieu ». On a pu voir que nous avons emprunté quelques témoignages à l'œuvre de Dennert. C'est une brochure de 71 pages, contenant des listes de savants classes d'après leur attitude religieuse, mais généralement sans références. Elle ne consacre d'ailleurs qu'une vingtaine de pages aux savants du xix* siècle. G. -T. Manley {The views of modem science, London, Church missionnary Society, 1901, pp. 14 sq.) reproduitunestatistique que lui a envoyée le Dr Gladstone. Elle porte sur les sentiments religieux de « tous les membres de la Royal Society » (l'équivalent de notre Académie des Sciences) ayant occupé, dans ladite Société, un poste officiel et donc apparemment les plus éminents (presumably the most eminent). 11 en a trouvé 142. De 46, il n'a rien su ; de 25, rien de
Mais, pour nous en tenir aux résultats de notre propre enquête, c'est uniquement au sujet des principaux initiateurs que nous pouvons essayer une comparaison numérique entre croyants et incrédules. Et encore, nous l'avons déjà fait pressentir dans Y Introduction du premier volume, cette comparaison ne peut être qu'approximative. Nous la donnons pour telle. Mais telle qu'elle est, avec ses insuffisances avouées et ses parties discutables, elle indique du moins très nettement dans quel sens il faut chercher la vérité.
Quoi qu'il en soit, voici le résumé de nos constatations :
Xous avons reconnu les titres de 150 initiateurs, savoir :
9 pour les mathématiques : Gauss, Cauchy, Poincaré, Lagrange, Abel, Galois, Riemann, Weierstrass et Hermite.
2 pour l'astronomie : Laplace et Le Verrier.
23 pour la physique, dont 11 pour la chaleur :
Seguin, Mayer, Joule, Colding, Hirn, Sadi-Car-
not, Helmholtz, Glausius, Kelvin, Fourier, Re-
certain. Restent 71 : sur ce nombre, 33, « par leur vie chrétienne ou par leurs actes publics, se sont ostensiblement déclarés croyants ; 6 se sont publiquement montrés sceptiques ou agnostiques »; par ailleurs il y en a 27 autres que l'auteur, « par sa connaissance personnelle., estime croire à la révélation divine ; et 5, qu'il regarde comme des incroyants ». En feuilletant, pour notre enquête, les divers tomes des C. R. Acad. des Se, nous avons été surpris du grand nombre d'académiciens qui s'affirmaient ou qui nous étaient connus comme croyants, et nous ne serions pas surpris qu'une statistique à leur sujet donnât des résultats analogues à ceux indiqués par le D' Gladstone.
gnault1 ; — 5 pour la lumière : Young et Fresnel surtout ; mais encore Fraunhofer, Fizeau et Foucaud, dont les expériences font corps avec l'établissement de la doctrine ; — 7 pour l'électricité : Volta, Œrsted, Ampère, Faraday, Maxwell, Hertz et Becquerel.
25 pour la chimie : Dalton, Gay-Lussac, Avogadro, Dulong, Petit, Berzélius, Priestley, Berthollet, Vauquelin, Davy, Mitscherlich, Dumas, Laurent, Gerhardt, Wurtz, Kékulé, Thénard, Chevreul, Wôlher, Liébig, Sainte-Glaire Deville, Berthelot, Bunsen, Roscoë et Gibbs.
9, pour ainsi dire, hors cadres dans les sciences naturelles : Cuvier, Lamarck, E. Geoffroy Saint- Hilaire, Owen, Van Beneden, J. Muller, Darwin, Cl. Bernard et Pasteur.
24 pour les sciences de la Terre : Humbold, von Buch, Buckland, Al. Brongniard, Lyell, Elie de Beaumont, Bertrand, Suess, Stoppani, d'Omalius, Dana, Werner, Fuchs, de Lapparent, Haûy, Bravais, Mallard, d'Orbigny, Barrande, Agassiz, Heer, Cope, Zittel et Gaudry.
1 pour la biologie : Barthez.
13 pour la botanique : de Jussieu, de Candolle, Sehleiden, Mirbel, Mohl, Nâgelli, Strasburger, Van Tieghem, Koelreuter, Sprengel, Sachs, Mendel et Naudin.
1. Aux huit initiateurs de la thermodynamique énumérés dans le I" vol., pp. 93-107, nous croyons devoir, en effet, joindre Fourier et Regnault, qui, par leurs travaux, ont fourni la base expérimenfale nécessaire, sinon à sa conception première, du moins à son développement.
4 pour la zoologie : Latreille, Fabre, Dugès et Blumenbach.
13 pour l'anatomie : Bichat, Schwann, v. Baer, Purkinje, Coste, Meckel, Retzius, de Blaiaville, Gratioiet, Eschricht, Carus, Serres et Gervais.
13 pour la physiologie : Magendie, Flourens, Bill, Tiedemann, Volkmann, H. Milne-Edwards, Ludwig, de Gyon, Eaquirol, Dachenne, Churcot, Cabanis et Bérard.
8 pour la médecine : Broussais, Rostan, Laënnec, Bayle, Dupuytren, Récamier, Andral et Cruveilhier (en ne parlant que de l'école française).
6 pour la chirurgie : en ne considérant que les quatre découvertes qui ont servi de cadre, pour ainsi dire, aux progrès modernes : Simpson, Lister, Terrier, Bergmann, Péan et Kœberlé.
Sur ces 150 savants, il y en a 13 : Garnot, Petit, Berthollet, Mitscherlich, Laurent, Kékulé, Roscoë, von Buch, Mohl, Kôlreuter, Meckel, Purkinje, Duchenne dont les sentiments religieux nous sont inconnus. Il y en a 9 indifférents ou agnostiques : Poincaré, Lagrange, Galois-, Bunsen, Nâgelli, Van Tieghem, Broussais, Kœberlé et Darwin, qu'on peut aussi écarter du débat, puisqu'ils se désintéressent ou se récusent. Ces défalcations faites, il en reste 128 qui ont pris position en face du problème religieux, et qui se répartissent ainsi : 5 athées : Berthelot, Suess, Strasburger, Magendie et Charcot, soit un peu moins de 4 %; et 123 croyants, soit un peu plus de 96%.
Il faut croire qu'ils n'avaient pas prévu ce ré-
sultat, ceux qui nous disaient avec un tranquille sourire, quand on leur parlait des croyants : « Nous en dresserons, si vous voulez, le catalogue ». Eh bien, le voilà! nous l'avons dressé. Nous avons cité les noms, nous avons établi les faits et nous avons fourni les références. Qu'on fasse toutes les réserves qu'on voudra ; il faudra bien toujours convenir de ceci :
Il y a des savants croyants. — Il y en a parmi ceux qui ont fait la science, parmi ceux à qui on doit ses principaux développements au cours du xixe siècle. — Là, il y en a beaucoup, notablement plus que... des autres.
Il n'y a que deux façons de s'inscrire en faux contre ces résultats, c'est de nous indiquer les noms à biffer dans la liste des croyants, ou ceux qu'il faut encore inscrire à la liste des athées. On peut en trouver, c'est entendu. Il peut y avoir des athées, parmi les 13 dont nous ignorons l'attitude religieuse; et pour certaines sciences, on pourrait ne pas tomber d'accord, même entre spécialistes, sur le compte exact des initiateurs» Mais les additions ou 1 -s soustractions que nos deux listes comportent ne changeront guère, et surtout ne renverseront pas, les proportions. Voilà un point où il n'y a aucun risque d'erreur . Que si les incroyants sont d'un avis contraire, ils n'ont qu'à le justifier; et si vraiment ils se sentent en état de nous montrer, parmi les grands initiateurs de la science, une centaine d'athées, c'est à notre tour de leur dire : «. Vous en dresserez, si vous voulez, le catalogue. »
En attendant, le nôtre demeure, et on ne le supprimerait pas, même si l'on en dressait le pareil en face ; on n'en supprimerait ni les noms ni les œuvres. Et quelles œuvres! En voyant ce qu'elles représentent, on se demande ce qui pourrait bien rester de considérable à mettre au compte des incroyants que nous aurions oubliés. On se demande ce qui resterait de la science moderne, défalcation faite de l'apport des croyants. De la Microbiologie, de la Sérothérapie, de l'Anatomie, de la Biologie, de la Cristallographie, de la Minéralogie, de la Paléontologie, de l'Electricté, de l' Electromagnétisme de la lumière, de la Thermodynamique, il ne resterait rien1. Et pour les autres sciences, à quel siècle, à quelle ignorance serionsnous reconduits? Nous en serions à la chirurgie timide, impuissante et barbare, qui opérait parmi les cris de douleur, et si souvent ne précédait que de quelques heures les pompes funèbres. Nous en serions, pour la médecine, aux coups de lancette et aux sangsues de Broussais, ou même nous l'avons vu, à la thérapeutique de Dioscoride et d'Hippocrate. Et encore Hippocrate et Dioscoride étaient-ils des libres penseurs2? Nous en se-
1. Non pas que les incroyants n'aient rien fait, dans ces directions ; mais les croyants ont tout créé, et une science doit être d'abord avant d'être développée.
2. Non, du moins pour Hippocrate. « C'est seulement dans nos temps modernes qu'une malignité fanatique l'a accusé d'athéisme: imputation de laquelle ont pris soin de le laver
rions, sauf sur quelques points et les moins importants, à la chimie des Arabes. Et encore les Arabes croyaient en Dieu. Nous en serions à la physique d'Aristote et à l'Astronomie des Chaldéens. Où seraient nos télégraphes optiques ou électriques avec ou sans fil, sur terre et sous la mer? notre éclairage électrique ou au gaz, aux bougies ou aux quinquets ? Où seraient nos dynamos, nos machines à vapeur, nos chemins de fer, nos vaisseaux, nos tramways, notre industrie, notre métallurgie? Où serait notre civilisation? Et que resterait-il des fameux progrès de la science ?