Ibid., pp. 330 sq
l'état des connaissances acquises sur le globe que nous habitons; il montre, pièces en main-, que l'heure des tâtonnements est passée... C'est l'œuvre d'une prodigieuse érudition, mais si bien fondue et si lumineusement exposée, que chaque fait devient un argument et que les problèmes viennent d'eux-mêmes se poser et en partie se résoudre sons les yeux du lecteur... L'œuvre de M. Suess marque dans cette histoire (de la Géologie) la fin du premier jour, celui où la lumière fut1. »
Géologues et géographes, « tous regardaient vers Ed. Suess comme vers le maître dont l'autorité est souveraine et l'intuition presque infaillible; et il n'en est pas un, parmi eux, qui, de quelque façon, n'ait été son disciple... On peut dire sans exagération que Eduard Suess a sa part, souvent prépondérante, dans toutes les découvertes géologiques de la lin du xixe siècle et des premières années du xxe siècle. Les sciences géologiques, qui ont marché à pas de géant depuis trente années, n'auraient pas, sans lui, marché si vite2. »
Et pour cette fois, nous sommes en face d'un grand savant qui semble bien avoir été un athée. Du moins, Suess se jeta dans la politique « anticléricale » avec autant de fougue qu'il apportait de
1. Marcel Bertrand, dans la Préface mise à la trad. franc, de La Face de la Terre, par Ed. Suess. Paris, Colin, 1897 pp. VI et xv.
2. Pierre Terrier, Eduard Szcess, dans Revue gen. des Sciences, 15 juin 1914, pp. 546-551.
sérénité dans ses travaux scientifiques. « Il fut, à la chambre autrichienne, l'un des orateurs de la gauche, l'un des adversaires les plus résolus du parti ultramontain, l'un des chefs du parti
libéral '. »
Il faut nommer encore d'Omalius, Stoppani et Dana, qui ont fondé, peut-on dire, la géologie dans leurs pays respectifs.
L'abbé Antonio Stoppani (1824-1891) fut «l'une des plus grandes lumières de la science, la gloire du clergé et de l'Eglise catholique ». C'est le témoignage de Léon XIII2; mais il n'est pas désavoué par les savants : le professeur Torquato Taramelli, le plus illustre disciple du maître et l'un des géologues contemporains les plus autorisés, ne craint pas de dire : « La première et la plus forte raison qui, aux environs de mes vingt ans, après une courte période de doutes douloureux, m'a ramené sur la bonne voie, ce fut la grande vénération que j'avais conçue, dès mon premier cours universitaire, pour mon excellent maître, l'abbé Antonio Stoppani. Tout en étant un géologue hors ligne, jamais, dans ses plus audacieuses théories, dont plusieurs ont été confir-
1. Tersiier, loc. cit., 547. Il refusa la présidence du Congrès de Géologie, tenu à Vienne, pour n'avoir pas à échanger des compliments d'usage avec le bourgmestre catholique Lueger. Il est vrai qu'il était d'origine juive, et qu'à ce titre déjà, Lueger ne lui était pas sympathique.
2. Leasico ecclesiastico, Milano, Franc. Vallardi editore. Art. Stoppani.
mées par quelque sept lustres de progrès scientifiques, il n'a rencontré de barrière dans la foi chrétienne, qu'il professait et qu'il confirmait par une vie exemplaire1. »
Pendant trente-six ans d'un travail acharné, les ouvrages scientifiques s'accumulèrent les uns sur les autres. Citons-en quelques lignes :
« La raison de l'homme et la révélation de Dieu visent à la même lin, conduisent au même vrai. Ils ne sont pas sérieux, ceux qui veulent ériger une muraille de séparation entre ce qu'ils savent et ce qu'ils croient; ceux qui veulent éparpiller les rayons de lumière qui, par des voies diverses, dérivent du même flambeau2.»
Jean-Baptiste-Julien d'Omalius d'Halloy (1783-1875), « savant belge très profond, a complété avec beaucoup de succès les observations de Cuvier et de Brongniard » et a fourni des bases solides aux travaux d'Elie de Beaumont3.
James-Dwight Dana (1813-1895) est « le premier géologue de l'Amérique du Nord* ». Il «a exercé une très grande influence sur le développement de la Minéralogie parja publication de son System of Mineralogy » . Mais « c'est surtout
1. Taramelli, Perché sono rimaslo credente [Pourquoi je suis resté croyant), dans le Numéro Unico, publié à l'occasion du 25* anniversaire de la fondation du Cercle Universitaire Catholique de Pavie. Pavia, Artigianelli, 1909, pp. 51 sq.