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3. lbid , 55. M. Aug. Rivet, l'un de ses petits-neveux, nous écrit le 22 juillet 1917 : « La famille Bravais était une des plus anciennes et des plus chrétiennes de l'Ardèche. Auguste Bravais fut comme ses frères élevé chez les Basiliens ; entré très jeune à Polytechnique, officier de marine, lancé à corps perdu dans les hautes sciences, fut-il toujours pratiquant? ma mère ne peut l'affirmer. Il épousa une sainte femme... et il est mort
Mallard, même après ces deux grands hommes, a trouvé le moyen d'accomplir une tâche considérable. « En moins de vingt années... il a renouvelé la face de ces deux sciences (cristallographie et minéralogie), et ouvert à l'activité de leurs adeptes d'immenses domaines jusqu'alors inconnus ou à peine entrevus. Aussi, quand, au lendemain de sa mort, la Société française de minéralogie fit graver en lettres d'or, au plafond de la salle de ses séances... le nom d'Ernest Mallard, à côté des noms à jamais célèbres de Hauy, de Home de l'Isle et de Bravais, nul ne trouva que ce grand hommage fût exagéré ni que l'on eût pu donner un plus digne compagnon aux trois plus illustres fondateurs de la cristallographie1. »
L'homme, disait Mallard, dans une conférence, « est vraiment une créature faite à l'image de Dieu, et, à ce titre, il lui est permis d'entrer par sa raison dans les desseins et dans la pensée du Créateur de toutes choses. Ce doit être ici-bas sa plus haute ambition, et c'est cette ambition que la science lui permet de réaliser... Nous sommes ici bas, nous dit la religion, pour aimer et servir
entouré de tous les secours de la religion. En admettant qu'il n'ait pas toujours été pratiquant, il est certain qu'il n'a jamais été infidèle à ses origines et qu'il a eu une dignité de vie audessus de tout soupçon. »
Un de ses frères était prêtre. Sa veuve prit le voile dans un couvent de Clarisses qu'elle-même avait fondé, de ses deniers, à Versailles, et y mourut en 1885.
1. P. Termier, Eloges d'Ernest Mallard, dans le Bulletin de la Société géologique de France, 3' série, XXIII (1895), 179.
Dieu; nous sommes ici-bas, nous dit la science, pour tâcher de comprendre et pour admirer la volonté et la pensée divines : à bien les prendre, ces deux réponses n'en font qu'une1. »
L'attitude intellectuelle de Mallard en face de la religion se trouve-la nettement définie. Mais la pratique faisait défaut, et il mourut subitement. On trouva sur son bureau un ouvrage qui traitait de religion; et l'on aime raconter que, quelques années auparavant, quand sa mère, qui était voltairienne, fut sur le point de mourir, c'est lui qui avait appelé le prêtre et répondu aux dernières prières2.
Nous disions que la cristallographie est une science toute française par ses origines : nous pouvons dire aussi qu'elle est toute chrétienne.
LA PALEONTOLOGIE
La Paléontologie est la science des anciens êtres ou la science des fossiles ; c'est-à-dire des animaux et des végétaux, conservés sous forme de débris ou d'empreintes dans les couches terrestres plus anciennes que la période géologique actuelle.
1. Mallard, Conférence sur L'Histoire de la Terre à Rive de Giers, 1872, retrouvée dans ses papiers après sa mort et citée par Termier, 190 sq.
2. Nous tenons ces renseignements de personnes amies de la famille Mallard et renseignées par elle.
« Si la Paléontologie se bornait à la description et à la classification des plantes et des animaux fossiles, cette science ne serait qu'une annexe de la botanique et de la zoologie1 » ; mais elle est en outre « l'histoire de la création organique » ; elle a pour but d'étudier les ensembles de plantes et d'animaux trouvés dans les différentes couches du sol, « de les comparer entre eux, et de fixer leurs rapports avec les formes actuelles, ainsi que leur succession chronologique » : et par là, elle est inséparable de la géologie2.
En somme, la Paléontologie se place entre les sciences de la terre et les sciences de la vie; mais plus près des premières que des secondes; et c'est donc bien à cette place, à la fin de ce chapitre, que nous avons à parler des paléontologues.
La Paléontologie a eu pour fondateur, nous l'avons dit, Guvier. A sa suite, il faut citer, après R. Owen, que nous connaissons déjà : d'Orbigny, Barrande, Agassiz, Heer, Gope, Zittel et Gaudry.
Alcide Bessalines-d'Orbigny (1802-1857) à vingt-trois ans avait créé l'ordre des Foraminifères, sur lequel, avant lui, on n'avait que des idées confuses. Son travail fut acharné, le nombre de ses publications, prodigieux. Son œuvre capitale a porté sur la Paléontologie française. A cette intention, il a réuni une collection de 100.000 fossiles.
1. Karl A. Zittel, Traité de Paléontologie, trad. par Charles Barrois. Paris, Doin, 1883, t. I, p. 8.