‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècleChapitre 54 sur 201 · Revue Scientifique, 28 février 1874, t. VI, p · texte numérisé non relu

Revue Scientifique, 28 février 1874, t. VI, p

préméditation a précédé l'acte de la création, nous en aurons fini, une fois pour toutes, avec les théories désolantes qui nous renvoient aux lois de la matière pour avoir l'explication de toutes les merveilles de l'univers, et, bannissant Dieu, nous laissent en présence de l'action monotone, invariable, de forces physiques, assujetissanttoutes choses à une inévitable destinée. Or je crois la zoologie parvenue aujourd'hui à un degré d'avancement qui permet de tenter cette démonstration1. »

Ostwald Heer (1809-1883) fut « un des naturalistes les plus féconds, les plus acharnés au travail, celui peut-être auquel la science, encore nouvelle, des végétaux fossiles, est redevable de ses plus grands progrès2 ». Il « a enrichi la paléontologie d'un ouvrage qui fait époque dans la science : Flora tertiaria Helvetise. 11 a fait revivre avec un grand talent, en décrivant et figurant plus de 900 espèces, pour la plupart inconnues, la physionomie végétale de l'ancienne Helvétie3. »

Mais ce ne fut pas seulement la Suisse qui fut tributaire de ses travaux. S'il « a rarement quitté Zurich », les « documents à déchiffrer venaient le trouver des extrémités du monde... Ses puis-

1. Agassiz, De l'espèce et de la classification en Zoologie, traduit par Félix Vogeh. Paris, Germer-Baillière, édition revue, 1885, pp. 9 et 10.

2. G. de Saporta, Ostwald Heer et son œuvre, dans Revue des Deux Mondes, LXIV (1884), 162.

3. W.-Ph. Schimper, Traité de paléontologie végétale. Paris, J.-B. Baillière, 1869, I, p. 7.

santés facultés, sa lucidité, sa persévérance dans le travail, sa méthode analytique sûre et pénétrante, le guidèrent et lui tirent, comme à Colomb, découvrir un monde nouveau, le passé des régions circumpolaires... La paléontologie, la géographie, les lois qui président à la distribution actuelle et aux migrations des plantes dans les temps antérieurs aux nôtres, entin les considérations délicates qui tiennent à la filiation des espèces, à l'ordre de succession des flores à travers le passé, les variations de climat, les mouvements de l'écorce terrestre, toutes ces questions naguère inconnues, maintenant à peine effleurées, relèvent également des travaux persévérants d'Ostwald Heer et puisent dans ses recherches des éléments au moins partiels de solution ». Il « se montre à nous comme un bénédictin de la science... On peut dire que c'est dans un calme aussi laborieux que profond que s'écoula cette existence consacrée au culte de la science, qui, chez lui, n'excluait ni les élans vers Dieu, dont il admirait la puissance, ni cet amour de la patrie et des traditions suisses, qui constituait un des côtés de sa nature à la fois pleine d'élévation et demeurée naïve, ouverte aux émotions de la jeunesse comme à celles de l'esprit et du cœur1. »

Que la science n'ait pas exclu, chez lui, la foi profonde ni les élans vers Dieu, en voici quelques témoignages :

« Chacun, dit-il, prendrait sans doute pour un

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