‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècleChapitre 55 sur 201 · Saporta, loc. cit · texte numérisé non relu

Saporta, loc. cit

idiot celui qui prétendrait que les notes d'une symphonie ne sont que des points jetés par hasard sur le papier. Mais il semble que ceux-là ne sont pas moins insensés qui ne voient qu'un jeu de hasard dans l'harmonie bien plus merveilleuse de la création. Plus nous avançons dans la connaissance de la nature, plus aussi est profonde notre conviction que la croyance en un Créateur toutpuissant et en une sagesse divine qui a créé le ciel et la terre selon un plan éternel et préconçu, peut seule résoudre les énigmes de la nature, comme celles de la vie humaine. Ce n'est pas le cœur humain seul qui atteste l'existence de Dieu, c'est aussi la nature1. »

Il vivait sa foi comme il la pensait. Toujours malade, souvent alité dans les dernières années de sa vie, sa résignation était inaltérable : « Il ne pouvait pas, disait-il, remercier assez Dieu de lui avoir permis de travailler2 ». « Dans tous ses écrits se trouve une idée-mère : le souci de contribuer à la connaissance de l'harmonie de la création et à la gloire de son Créateur... Sa piété porte le caractère d'un dévouement filial à Dieu.-. Jamais il ne se mettait au travail sans élever son ame à son Père céleste; jamais il ne terminait un ouvrage sans exprimer ses actions de grâces... Tout son être était pénétré de ses convictions... Chez lui, pas de double fond, mais une pleine harmonie entre ses convictions scientifiques et reli-

1. Ostwald Heer, Le monde primitif delà Suisse. Trad. Isaac Demole. Genève et Bàle, 1872, H. Georg, pp. 771, 772. cy Voyez Kneller, 286.

gieuses. De là, sa constante et joyeuse sérénité; de là, dans ce vieillard, un cœur d'enfant heureux1. »

Edward Drinker Cope (1840-1897) a été le chef de l'école néo-lamarckienne en Amérique. 11 a mis au service de la doctrine transformiste sa grande science de géologue. Mais alors que tant de demi-savants, et d'autres qui sont moins savants encore, ne voient, dans la théorie de l'évolution, qu'un moyen ou un artifice pour prêcher le matérialisme, Cope, s'il lui arrive d'être obscur dans certaines explications, est d'une netteté parfaite pour proclamer, avec une certitude tranquille, et au nom même de la science, l'immortalité de l'âme et l'existence de Dieu.

Que les conséquences de la théorie nouvelle, dit-il, « se concilient avec le christianisme le plus avancé, il n'a aucun doute là-dessus ». Et puis, à propos des lois de l'évolution et du fait du développement moral des individus, il s'écrie : « Dans de telles conditions, la nécessité d'une délivrance devient plus claire* et on la cherche volontiers dans la voie unique où il a plu à l'Auteur de toutes choses de nous l'offrir. C'est la voie indiquée par saint Paul, « le baptême de régénération et le renouveau du Saint Esprit dans Christ Jésus ». Alors une vie de progrès et de perfection morale toujours plus haute devient possible, et l'homme se rapproche de plus en plus de l'image de Dieu2. *

1. Vierteljahrschrist der Nalurforschenden Geseilschaft in h, XXVIII. Zurich, 1883, 306 sq. Cité par Kxeu.er, 287 sq.

2. E.-D. Cope, The Origin of the Fittesl. New-York, Appleton, 1887, pp. 170 sq.

Il dit ailleurs « son extrême reconnaissance de vivre dans un temps où l'évidence d'une telle vérité (la primauté de l'esprit) s'est faite accessible » au point de prendre la forme d'une proposition absolue strictement démontrée, et de nous faire réussir ce que Job déclarait impossible : « En cherchant Dieu, nous l'avons trouvé1. »

Rajoute2 que tout cela est bien fait « pour accroître en nous, en même temps que la croyance à la stabilité de cet univers, l'espoir de la vie future. »

Sans doute l'immortalité « est hors de la portée de la science ». Certains spécialistes « ont pris sur eux d'en conclure... qu'elle est impossible. Mais on peut leur répondre que ce n'est pas là une attitude scientifique. » Passe qu'on adopte, du point de vue de la science, la position de l'agnostique! « Personne du moins n'a le droit d'aflirmer qu'il n'y a pas d'autres étoiles en dehors de celles que nous apercevons... Et la doctrine que j'ai soutenue, présentant l'existence de l'Etre suprême comme une conclusion évidente du pouvoir de l'esprit, nous donne du même coup le droit de dire que notre espoir dans une vie immortelle s'appuie sur une base raisonnable et solide3. »

1. E.-D. Cope, Theology of Evolution. Philadelphia, 1887, pp. 28 sq.

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