‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècleChapitre 81 sur 201 · Obligé, par mon enseignement même, de passer en re · texte numérisé non relu

Obligé, par mon enseignement même, de passer en re

tionnel, et il constitue pour lui le Règne humain, dans lequel il l'isole du reste des êtres vivants. Il se déclare en outre partisan de l'unité de l'espèce humaine, et il ne pense pas qu'on puisse faire dériver cette espèce d'aucune espèce animale connue. Ce sont là des idées parfaitement conformes aux traditions bibliques; mais, en les défendant, M. de Quatrefages n'en conserve pas moins toute son indépendance de savant1 ». Il ne mêlait pas, en effet, ses croyances à l'élaboration des conclusions scientifiques, qui doivent s'appuyer uniquement, disait-il -, sur l'observation et l'expérience.

Viie toutes les races humaines, j'ai cherché l'athéisme chez les plus inférieures comme chez les plus élevées : Je ne l'ai rencontré nulle part, si ce n'est à l'état individuel ou à celui d'écoles plus ou moins restreintes, comme on l'a vu en Europe au siècle dernier, comme on l'y voit encore aujourd'hui... Là est le grand fait. L'athéisme n'est nulle part qu'à l'état erratique. Partout et toujours, la masse des populations lui a échappé; nulle part, ni une des grandes races humaines, ni même une division queique peu importante de ces races n'est athée ». (A. de Quatrefages, L'espèce humaine. Paris Germer-Baillière, 6e édit., 1880, pp. 353 sq.)

1. Edmond Perrier, Notice sur les travaux de Jean Louis-Armand de Quatrefages, dans C.-R. Acad. Se, CXVJII (1894, i), 444. M. Perrier ajoute au texte que n< us venons de citer :' « Témoin, la part qu'il a prise à la démonstration de 1 ancienneté de l'Homme ». Cette opinion de Quatrefages n'a rien d'hétérodoxe.

2. A. de Quatrefages, Rev. Scient., 12 juillet 1890, p. 39 : « On ne doit contester en aucune façon aux hommes de science le droit d'avoir et de professer des opinions soit religieuses, soit philosophiques; mais il faut leur demander de ne jamais les mêler aux discussions scientifiques. Aucun savant n'est autorisé à employer ses convictions à titre d'arguments en faveur de ses doctrines ou d'objections à opposer à ses adversaires. A la Science, seule il appartient d'expliquer les phénomènes, en prenant toujours pour guides l'expérience et l'observation ».

Mais on voit que par des chemins différents les unes rejoignent tranquillement les autres.

Et nous pouvons conclure que, même les grands fondateurs étant mis à part, les croyants, dans chaque branche de la Zoologie, apparaissent encore au premier rang.

l'anatomie

Nous avons déjà parlé de l'anatomie végétale. Il s'agit maintenant de l'anatomie zoologique, de celle qui a pour objet l'étude de la structure des organes et de leurs rapports, dans les animaux.

Elle se divise en un certain nombre de branches dont nous énumérons les principales.

§ 1. — L'anatomie générale.

C'est à Marie-François-Xavier Bichat (1771- 1802), « que revient la gloire d'avoir créé l'anatomie générale et d'avoir ouvert à cette science de la structure des corps vivants la voie brillante et féconde qu'elle parcourt. Bichat fut le plus grand anatomiste des temps modernes1. »

Peu de carrières scientifiques ont été à la fois si courtes et si bien remplies. « Notre immortel

1. Claude Bernard, De la physiologie générale. Paris, Hachette, 1872, p. 7. Même opinion dans Mathias Duval, L'Anatomie générale et son histoire, dans Rev. Scient , XXXVII (16 janvier 1886), 72.

Bichat passe comme un météore, et après avoir publié deux chefs-d'œuvre : L'Anatomie générale, et Les recherches sur la vie et sur la mort, il meurt à 31 ans. Deux années et demie avaient suffi à cet immense labeur * ». Il en est résulté la création de l'Anatomie générale et, pour une part, de la Biologie, en même temps qu'une mine abondante de documents et de principes où puiseront plus tard l'Hystologie, la Physiologie et surtout l'Anatomie pathologique. On peut dire, de Bichat, qu'il a « fait de l'Anatomie psychologique une science française qu'avant lui Morgagni semblait avoir concentrée dans la seule Italie2 ». Il en est sorti, comme conséquence, une grande école médicale, dont nous aurons à reparler.

Peu d'hommes, surtout dans une aussi courte carrière, ont excité et mérité une égale admiration. Desault le distingua parmi les étudiants et « il en vint à l'adopter comme son élève de prédilection, comme son fils3 ». Après ses premiers travaux, Sandifort, un des derniers témoins de l'enseignement du grand Boërhaave, écrivait à Halle : « Dans six ans d'ici, votre Bichat aura passé notre Boërhaave4 ». A cette date, la mort

1. E. Boinet, Les doctrines m- dicales et leur évolution. Paris, Flammarion, 1908, p. 84. Voyez 84-88.

2. Isid. Bourdon, ouvr. cité, 326. Cf. Grasset, Idées méd., 300-303; Bouillaud, C. R. Acad. Se, LXXXVI (1878, I), 407.

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