‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècleChapitre 87 sur 201 · Mollard, p · texte numérisé non relu

Mollard, p

Je prends une canne, droite, solide. Voilà au physique. Au moral je ne m'appuierai pas sur la science. Vous savez si je l'aime! Mais par nature, par destination, je dirai même que là est sa noblesse, elle plie, elle doit plier, elle se modifie, elle change. C'est un résultat, un effort; ce n'est pas une base ni un appui. Et quand un grand esprit comme Berthelot imagine qu'elle pourra, un jour, remplacer la religion, je dis que cela n'est pas digne de son grand esprit. Voilà ce que je me disais en lisant votre article. Voilà ce que je vous dis. Voilà ce que je vous autorise à dire que je vous ai dit. »

Du reste, il autorisait toujours à redire et à imprimer ce qu'il disait ou écrivait, et sans demander à se reprendre ou à se relire.

Sur ses convictions religieuses, nous avons personnellement de multiples témoignages. Après avoir lu en manuscrit le présent chapitre, il nous écrivait (mardi de Pâques 1917) : « De la plupart de ceux que vous avez étudiés au point de vue qui vous intéresse, je connais assez les doctrines, et je pense que vous les avez bien jugés en général. Votre analyse aboutit même à quelque chose d'un peu imprévu, ou, du moins, de contraire à cette idée courante qui faisait, des naturalistes, des gens pour ainsi dire forcément, sinon athées, du moins rebelles à l'acceptation des doctrines des religions positives. Il y a là, à mon sens, une grande exagération, surtout au point de vue de l'athéisme... Je n'ai, pour mon compte, jamais rencontré un biologiste de quelque valeur qui

niât l'existence de Dieu ; car chacun sait, s'il aune intelligence un peu claire, que cette donnée s'impose à l'esprit bien qu'elle ne se démontre pas1. >

Il nous écrivait, dans une autre circonstance (19 juillet 1908), que lorsqu'une idée s'impose à un cerveau assez profondément, elle est « positivement et pour jamais indiscutable. Aucune impulsion si forte soit-elle, même de l'ordre du sentiment, ne prévaudra dès lors contre cette idée. C'est là même un des cas rares où la raison prévaudra sur le sentiment. Ainsi se comporte en moi Vidée de Dieu. J'aurais beau désirer qu'il n'y en eût point. Je ne crois pas qu'il y ait un Dieu. Je- sais qu'il y en a un. Et ne me demandez pas même pourquoi? Je vous répondrais que cette idée s'impose à mon esprit, par elle-même et tout à fait indépendante d'une démonstration quelconque, d'un intérêt ou d'un désir également quelconques ». Et il est souvent revenu, dans nos conversations, à cette formule : « Dieu ne se démontre pas, il s'impose. »

Dans son adhésion aux dogmes positifs du catholicisme, il était moins ferme. Le doute, alus d'une fois, l'a hanté. Sans avoir à en détailer la genèse, nous pouvons dire que la science l'y est entrée pour rien. Et nous croyons pouvoir ajouter que le doute était moins profond ju'ilne lui est arrivé de le croire; car, dans toutes es grandes émotions de sa vie qui le faisaient lescendre au vrai fond de son moi, il a retrouvé,

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