‹ La part des croyants dans les progrès de la science au XIXe siècleChapitre 9 sur 201 · Phil. zool., édit. Schleicher · texte numérisé non relu

Phil. zool., édit. Schleicher

2. Phil. zool., édit. Dentu, vol. I, 101. Cf. 113. Même idée dans Hist. natur. des anim. sans vert., I, 270.

dont elle soutient et propage l'existence; qu'elle crée dans les animaux, par la seule voie du besoin, qui établit et dirige les habitudes, la source de toutes les actions, de toutes les facultés... ne doisje pas reconnaître, dans ce pouvoir de la nature, c'est-à-dire dans l'ordre des choses existantes... l'exécution de la volonté de son sublime Auteur, qui a pu vouloir qu'elle ait cette faculté? Admirerai-je moins la grandeur de la puissance de cette première cause de tout, s'il lui a plu que les choses fussent ainsi, que si, par autant d'actes de sa volonté, elle se fût occupée et s'occupât encore de toutes les créations particulières, de toutes les variations, de tous les développements, de toutes les destructions et de tous les renouvellements, en un mot, de toutes les mutations qui s'exécutent généralement dans les choses qui existent1? »

On pourrait allonger les citations indéfiniment. M. Landrieu lui-même confesse, oh! sans beaucoup de joie, que Lamarck « fait sans cesse appel à l'action d'un être tout puissant », qu'il est « un déiste indiscutable, quoique peu orthodoxe, en admettant à l'origine du monde une divinité créatrice ». Après quoi, il prend sur lui de déclarer que c'est là une « concession plus de forme que de fond2 ». Qu'en saît-il? Et où allons-nous s'il faut, pour connaître les idées d'un homme, fût-il un grand homme, s'en rapporter non pas à ses déclarations formelles mais à celles de ses histo-

\. Phil. zool., édit. Schleicher, 47-49. 2. Landrieu, ouv. cité, 381-387.

riens, auxquels d'ailleurs il n'a pas fait ses confidences ? Et si vraiment Lamarck ne voulait que « détourner de lui les soupçons d'athéisme » (381), on peut se demander si, en faisant sans cesse appel à un Dieu auquel il n'aurait pas cru, il eût été l'homme admirable et notamment « l'homme courageux » qu'on nous vante quelques pages plus loin (394). Il en coûte à certaines personnes de constater que le fondateur de l'évolutionnisme n'y a pas soupçonné le moyen qu'on voudrait y voir de se passer de Dieu *.

Avec Lamarck et Cuvier, « la moisson des grandes idées semblait épuisée. Alors un génie nouveau s'élève, original, hardi, d'une pénétration infinie. Il remue toute la science et la ranime. Il rajeunit le fait par l'idée. A l'observation exacte, il mêle la conjecture. Il ose. Il franchit les bornes connues; et, par delà ces bornes, il pose une science nouvelle, à laquelle il donne quelque chose de ce qu'il avait en lui-même de plus essentiellement propre et de plus marqué : de son audace, de son goût pour les combinaisons abstraites et hasardées, de ses lumières vives et imprévues2 ». Ce génie, qui a « la gloire... d'avoir fondé la science profonde de la nature in-

1. Sur cet état d'âme, voyez dans notre Naturalisme devant la science. Paris, Perrin, 1911, chap. I.

2. P. Flourens, Recueil des éloges historiques. Paris, Garnier, MDGCCLVI, l'« série, pp. 259-260.

time des êtres : Tanatomie philosophique1 », c'est Etienne Geoffroy Saint-Hilaire (1772-1844).

A vingt et un ans, il était professeur de zoologie au Muséum. Il y appelait bientôt Cuvier, qui venait d'arriver à Paris. Ces deux grands hommes, sans d'ailleurs cesser de s'estimer, devaient soutenir, l'un contre l'autre, à la fin de leur carrière, des polémiques retentissantes ; ils commencèrent par vivre et travailler ensemble, « ne déjeunant jamais, comme ils aimaient à dire plus tard, sans avoir fait une découverte2. »

Si Geoffroy ne fut pas mis, par ses contemporains, au niveau de Cuvier, il ne s'en faut guère, et ce n'était que justice. Il fut plus discuté, mais il « exerça une influence profonde sur l'élite des esprits philosophiques de son temps3 ». Quand il fut reçu à l'Académie des sciences, Cuvier lui disait, en le félicitant : « Je suis d'autant plus heureux que je me reprochais d'occuper une place qui vous était due4». Cuvier sans doute exagérait, mais, si modeste qu'il fut, il ne pouvait s'incliner ainsi que devant un rare mérite.

Le principal mérite de Geoffroy a été de montrer « Y unité du règne par l'unité de composition5 ». Il a mis « en pleine évidence l'unité de

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