Floubens, Recueil des éloges, i" série, 302 sq
i34 LES CROYANTS ET LES PROGRÈS DE LA SCIENl E
sance intelligente créatrice... D'où réponse à ces questions : Que suis-je? L'œuvre de Dieu faite à son image; — d'où viens-je? de Dieu; — où vaisje? à Dieu. Pourquoi m'a-t-il créé? Pour être glorifié par la manifestation de sa toute-puissance, de son intelligence et de son amour. . . Cette grande et magnifique vérité, la seule importante et nécessaire à la vie sociale, et renfermant en elle toutes les autres vérités», se révèle de mieux en mieux à la raison humaine. « Et c'est de là que doit naître enfin le profond rationabile obsequium du grand apôtre saint Paul, par l'accomplissement des devoirs découlant des rapports de la créature avec son Créateur ». Dieu a dirigé providentiellement les progrès de la science, de sorte que, lorsque la foi allait s'obscurcir, «. la science arrivée à son terme fût assez mûre et assez puissante pour redevenir sa servante, en rappelant à son but la raison égarée1. »
Louis-Pierre Gratiolet (1815-1965), disciple de H. de Blainville, devient bientôt son suppléant. Dès la première leçon, « ce fut un succès d'enthousiasme, et les applaudissements redoublèrent lorsqu'on vit un vieillard fendre la foule en pleurant de joie, s'élancer vers le jeune professeur et le presser tendrement dans ses bras. Ce vieillard, qu'on aurait pu prendre pour son père, c'était Pariset,... secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine2. »
ii lï. du Blanville, Histoire de la science de l'organisation. Paris et Lyon, Périsse, t. III, 1845, pp 516-518. 2. Dict. encycl. des Se. méd., de Dechambre, 4' série (X), 335.
Epris d'idées générales et doué d'une étonnante activité intellectuelle, s'il s'adonna surtout à l'anatomie comparée, il marqua sa trace dans toutes les sciences de la vie. « L'anatomie et la physiologie comparée, l'histoire naturelle générale, la psychologie, l'anthropologie doivent beaucoup à Gratiolet1 ». Penseur profond en même temps que psychologue délicat et savant très renseigné, il s'élève sans effort au niveau des plus hautes questions, car « il était semblable à ces oiseaux de haut vol qui, nés pour planer, voguent dans l'atmosphère lumineuse sans qu'on voie même remuer leurs ailes 2. »
C'était « un esprit profondément religieux3 ». Il «sentait qu'il avait en lui une âme immortelle, et, naturaliste consommé, les lumières de la science, non moins que ses clartés intérieures, lui firent reconnaître partout la main de Dieu dont la providence règle l'univers. Ses croyances formées dès la jeunesse, mais fortitîées par les études de l'âge mûr, donnaient à sa voix- une puissance entraînante4. »
En effet, dans ses leçons publiques comme dans dan? ses livres, il lui arrivait de proclamer ses
1. Ibid., 335. On peut ajouter à celte liste la psychophysiologie. Il a contribué à la fondation de la Société d'anthropologie, dont il a été l'un des membres les plus actifs.
2. Paul Bert, Archives générales de médecine, mars 1865, cité par Louis Grandeau, Notice sur Gratiolet, à la fin du volume de Gratiolet : De la physionomie et des mouvements d'expression. Paris, Hetzel, 3* édit. (sans date), p. 427.