GÉNÉRALITÉS SUR LA PARTHÈNOGÉNÈSE EXPÉRIMENTALE
1. Importance de la question. Analogie avec la fécondation; le double rôle du spermatozoïde. — 2. Origine des recherches de parthénogénèse expérimentale. La parthénogénèse accidentelle. — 3. Plan de l’exposé.
1. On connaissait depuis longtemps la parthénogénèse naturelle; l’idée d’une parthénogénèse expérimentale est, au contraire, d’une origine toute récente. Il n’y a guère qu’une trentaine d’années qu’on a obtenu ce mode de reproduction chez des animaux qui, normalement, ne se reproduisent pas sans fécondation, sous l’influence de certains moyens artificiels. C’est de cette parthénogénèse expérimentale que nous allons maintenant parler; c’est elle, d’ailleurs, qui constitue le principal sujet de notre travail. Elle n’offre pas un simple intérêt de curiosité, comme si elle était un produit bizarre de l’ingéniosité de l’esprit humain. La parthénogénèse expérimentale est une des manifestations les plus probantes de la puissance des facteurs extérieurs dans le développement d’un être, et un des chapitres les plus importants de ces
études qui tendent à faire la part de plus en ]dus grande dans les phénomènes biologiques aux processus physico-chimiques. La parthénogénèse expérimentale prend place aussi au premier rang parmi les études capables de jeter une certaine lumière sur le problème de la fécondation, car en essayant de remplacer l’action du spermatozoïde par un moyen artificiel ; un agent physique, chimique ou mécanique, on peut arriver à comprendre par analogie comment agit le spermatozoïde lui-même.
11 est bien évident, d’ailleurs, que cette substitution d’un agent différent au spermatozoïde ne peut jamais être que partielle. L’action du spermatozoïde peut être considérée comme double : il produit, d’une part, une excitation qui pousse l’œuf à entrer en segmentation, et il transmet, d’autre part, au descendant les caractères paternels. Cette dernière fonction, naturellement, ne pourra jamais être remplie par aucun agent physique ou chimique et on ne peut songer à remplacer le spermatozoïde que dans la première de ses fonctions : celle qui consiste à produire l’excitation qui déclanche le développement.
2. Les premières recherches qui ont abouti à constater la possibilité d’une parthénogénèse obtenue expérimentalement ont eu un point de départ double : d’un côté, l’étude de la parthénogénèse naturelle, de l’autre celle du phénomène de la fécondation et des différents facteurs extérieurs qui ])euveiit l’iMlluencer.
Parmi les animaux où la parthénogénèse n’existe pas naturellement, il en est un certain nombre où elle peut se présenter quelquefois spontanément, sous l’influence des causes naturelles qui nous sont inconnues. C’est ainsi qu’on a vu depuis longtemps les pontes de Bombyx mori (ver à soie) renfermer un faible pourcentage d’œufs capables de se développer parthénogénétiquement. Ce développement peut atteindre des degrés très divers, tantôt s’arrêtant aux premiers stades de la segmentation, tantôt donnant des chenilles et même des insectes parfaits. Ce fait, signalé pour la première fois en 1838 par Hérold et depuis confirmé par plusieurs savants, surtout par Siebold, a été l’origine des premières recherches sur la parthénogénèse expérimentale.
De même, chez l’Etoile de mer, il arrive quelquefois qu’un certain nombre d’œufs commencent à se développer spontanément, sans fécondation.
Chez ces animaux, et chez quelques autres encore, comme V Amphilrite, ver chez lequel Lœb a constaté la même tendance, il suffit d’une influence extérieure très légère (changement de température, secousse) pour que l’œuf entre en segmentation. Nous avons là comme un intermédiaire entre la parthénogénèse naturelle normale et la parthénogénèse provoquée expérimentalement.
3. Les méthodes les plus diverses ont été employées pour pousser au développement parthénogénétique des œufs qui, dans la nature, ne se
développent qu’à la suite de la fécondation. Pour exposer les recherches faites, il nous a semblé le plus utile de les classer précisément d’après les catégories des agents auxquels on a fait appel, car dans cette question où il y a eu des oscillations si marquées et où chacun des chercheurs a suivi sa voie sans beaucoup tenir compte de celles des autres, l’ordre chronologique nous entraînerait à des répétitions fastidieuses. D’ailleurs, il n’est pas entièrement sacrifié et se retrouve dans les diverses rubriques .