CHAPITRE II
FACTEURS PHYSIQUES
Lumière, Électricité, Chaleur, Rayons de radium. .
1. La première expérience de parthénogénèse dans les conditions artificielles. Sa confirmation ultérieure. — 2. La parthénogénèse électrique de Delage. ^ 3. Influence de la température (Norman, Lœb, Bataillon, Lillie). — 4. Action du radium.
Tous les agents physiques ont été expérimentés par les embryologistes dans l’étude des conditions du développement de l’œuf fécondé, et presque tous ont été mis en œuvre dans les essais de parthénogénèse artificielle. Certains n’ont donné que peu de résultats ; d’autres, au contraire, se sont montrés très efficaces et ont servi de base à des théories générales, visant l’explication des phénomènes.
1. La première en date des observations de parthénogénèse chez un être qui, normalement, n’est pas parthénogénétique, celle faite par Boursier en 1847, nous parle de l’influence d’un agent physique :
FACTEURS PHYSIQUES
la lumière. Une femelle de Bombyx mori qui venait de sortir du cocon fut soumise pendant plusieurs heures aux rayons solaires; reportée dans l'ombre, elle pondit des œufs qui se développèrent parthénogénétiquement. — Beaucoup plus tard, en 1907, Kellogg reprit la même expérience, mais en opérant sur un grand nombre de vers à soie et en calculant le pourcentage des développements parthénogénétiques dans les conditions normales et dans les conditions artificielles ; il constata que l’action des rayons solaires augmentait ce pourcentage.
C’est à ces deux expériences que se bornent jusqu’à présent nos connaissances sur l’action que peut exercer la lumière sur ces phénomènes ; ce facteur n’a été étudié, comme on le voit, que par très peu de savants et sur une seule espèce animale.
2. V électricité non plus n’a pas suggéré d’études nombreuses sur son application à la parthénogénèse. Nous verrons plus loin l’emploi fait par Bataillon, sans succès d’ailleurs, de chocs d’induction pour exciter des œufs de Grenouille à se développer. Comme expériences d’application d’électricité ayant donné des résultats, nous ne pouvons citer que celles faites par Delage en 1908 et 1909, sur les œufs d’Oursin.
Après avoir obtenu des développements parthénogénétiques d’œufs vierges de Strongylocentrolus (Paracenlrotus) lividus, par un procédé que nous
exposerons dans un des chapitres suivants, Delage fut amené, par certaines considérations théoriques sur lesquelles nous ne pourrons également nous étendre qu’à ce moment, à penser que les acides et les bases dont il se servait dans ses expériences pouvaient intervenir par les charges électriques
Fig. 19. — Schéma du dispositif expérimental-, P, Pile électrique; C, C' commutateurs permettant de mettre l’un ou l’autre pôle en rapport avec l'électrolyte ou la lame d’étain; K, condensateur-cuvette, en coupe : m, lame de mica qui en forme le fond ; e, feuille d’étain extrêmement mince; v, anneau de verre formant la paroi verticale de la cuvette; y, électrolyte formant l’armature supérieure du condensateur. Au fond, les œufs sur une seule couche.
qu’ils transportent et être éventuellement remplacés par lesdites charges, employées dans le même ordre que ces agents chimiques, c’est-à-dire d’abord positives, ensuite négatives. Un condensateur fut construit, formé par une cuvette de verre dont l’armature extérieure était faite d’une lame d’étain et l’armature intérieure était fournie par le liquide
FACTEURS PHYSIQUES
OÙ étaient plongés les œufs. Ce liquide était composé d’eau de mer (20°/o), d’une solution de NaCl (40 ®/o) et d’une solution de sucre (40 °/o) (fig. 19). Les deux armatures étaient chargées au moyen d’une pile fournissant un courant de 15 volts environ. Les œufs étaient soumis d’abord à un bain électrique positif de 30 minutes, ensuite à un bain négatif de 1 h. 1/4. Reportés dans l’eau de mer ordinaire, ils donnaient, une vingtaine d’heures après, des larves peu nombreuses il est vrai et à la suite de segmentations irrégulières ; un certain nombre de ces larves purent cependant atteindre le stade de pluteus.
L’interprétation de ces résultats fut fort difficile. Delage avait pensé d’abord que les charges électriques agissaient directement, en produisant des coagulations et des liquéfactions dans le protoplasma de l’œuf L Ensuite, après des vérifications très minu lieuses, il arriva à reconnaître que le condensateur laissait passer un très faible courant et que, par conséquent, le résultat pouvait être dû à l’électrolyse de la solution décomposée en acide et alcali ; l’action aurait été alors une action chimique de ces substances et non une action électrique. De nouvelles expériences montrèrent, en elfet, que l’électrolyse intervenait bien et que, de plus, il y avait là une action sur les œufs du chlorure de zinc ou de cuivre, qui se formait en petite quantité aux dépens des électrodes apportant la charge au condensateur.