CHAPITRE II
THÉORIE DE LOEB. — CRITIQUE
1. L’historique donné dans le dernier livre de Lœb. Les lacunes; l’action spécifique des ions, la théorie des ions-? protéides, les charges électriques. Le point de vue exclusivement personnel. — 2. Le mode d’explication des phénomènes. Les substances hypothétiques. Part de l’hypothèse dans la doctrine. La constitution et l’apparition de la membrane vitelline. Les oxydations utiles et nuisibles. L’identité d’action entre les acides et les alcalis. L’autocatalyse des noyaux. — 3. Les objections de fait. Rôle de la membrane vitelline. Action des acides gras et des acides minéraux. Formation de la membrane en dehors du réactif. Cytolyse et dissolution des lipoïdes. Solution hypertonique; non-emploi de l’eau de mer concentrée; rôle de l’oxygène. Conclusion.
Nous devons savoir beaucoup de gré à Lœb de nous avoir donné, dans la Fécondation chimique’^, un exposé d’ensemble de sa théorie, telle que luimême la comprend et telle qu’il veut qu’on la comprenne, car le lecteur qui voudrait arriver ix une telle conception parla lecture de ses innombrables notes prises dans leur ordre chronologique n’y arriverait qu’au prix d’efforts longs et pénibles,
1. J. Lûeb ; La Fécondation chimique. (La Parthénogenèse artificielle), trad. fr., Paris, 1912.
et encore peut-être ne parviendrait-il pas à se faire une opinion définitive sur certains points de sa doctrine particulièrement obscurs ; cet exposé fait par lui-même, bien qu’il présente encore dans une certaine mesure cette difficulté qu’on rencontre partout dans son œuvre à se faire une idée bien exacte de sa conception, présente au moins une doctrine définie.
1. 11 semblerait à le lire que l’auteur ait, depuis les premières expériences du début jusqu’à celles de la fin, toujours marché dans la même voie, ne faisant que la rendre plus nette, plus propre, plus praticable, plus parfaite dans toutes ses parties, sans en avoir jamais changé la direction. Or, si l’on se donne la peine de suivre concurremment la série complète de ses travaux originaux pris dans leur ordre chronologique, on voit qu’il n’en est pas tout à fait ainsi et que fauteur a, ce dont personne ne voudrait lui faire un crime, tout comme les autres, hésité, flotté, pris et soutenu unq opinion, pour l’abandonner ensuite, et tiré des expériences antérieures des interprétations différentes suivant les besoins de la conception du moment.
C’est ainsi que l’hypothèse des ions influençant par leur nature spécifique l’œuf vierge et provoquant son développement, hypothèse qui a été le point de départ de ses premières expériences, a amené Lœb à formuler (1900) une théorie sur cette action des ions, et cette théorie a bien été la première des interprétations qu’il donne de la par-
THÉORIE DE LŒB CRITIQUE
thénogénèse expérimentale. Nous avons exposé cette hypothèse dans le chapitre concernant le rôle des ions; ici, nous ne la rappelons que pour compléter l’historique des idées de Lœb, donné par lui-mème.
Cette théorie des ions-protéides n’est pas indiquée, en effet, dans l’aperçu historique que Lœb donne dans son livre, et l’interprétation du développement parthénogénétique par l’action de Vhypertonie seule, quelle que soit la nature des sels employés, y figure comme la première des interprétations données par lui. Et lorsque, parlant de la suite de ses expériences, Lœb dit qu’il a vu qu’à l’action de l’hypertonie venait sejoindre celle de la nature des ions, c’est là un retour à son interprétation primitive. Et pour cette seconde fois encore, cette interprétation a joué, en réalité, un rôle beaucoup plus grand qu’il ne semble à Lœb maintenant, d’après son exposé rétrospectif. On le voit bien si on s’adresse à ses travaux de cette époque (1901).
Cette conception du rôle des ions a subsisté dans l’esprit de Lœb assez longtemps : lorsque, l’année suivante, il entreprend des expériences sur le développement des œufs fécondés d’Oursin, c’est en vue d’approfondir la même conception, et il aboutit alors à l’idée des charges électriques des ions et de leur valence, idée qu’il repoussa, d’ailleurs, l’année suivante ^ .
De toute cette période, où la pensée de Lœb