‹ La parthénogénèse naturelle et expérimentaleChapitre 38 sur 77 · Voir plus bas, ch. vu · texte numérisé non relu

Voir plus bas, ch. vu

était tournée vers l’étude de la nature de l’action spécifique exercée par les ions, nous ne trouvons dans son dernier livre qu’une mention très courte. Il insiste beaucoup plus sur la question de l’alcalinité de l’eau de mer, facteur dont il avait remarqué l’action dès ses premières expériences, mais dont l’importance ne lui est apparue cependant que beaucoup plus tard, en 1906. Et il formule, comme sa nouvelle interprétation de la parthénogénèse, donnée après celle de l’hypertonie seule, l’hypothèse, émise en 1907, de l’action simultanée de la pression osmotique et de l’alcalinité. Toute une catégorie d’hypothèses se trouvent ainsi complètement mises de côté dans cet exposé.

Une autre lacune aussi est regrettable. En expliquant l’action des solutions hypertoniques, qui constitue la seconde phase de son procédé, Lœb dit que, pour être efficaces, elles doivent être alcalines, et il nous explique la façon dont on peut se figurer l’influence de cette alcalinité; il nous dit aussi comment on peut dissocier les deux propriétés de ces solutions : l’hypertonie et l’alcalinité. Mais il ne donne aucune explication du mode d’action de la pression osmotique. Or, dans ses travaux antérieurs, en 1906, il avait émis une hypothèse à cet égard : les solutions hypertoniques, en enlevant de l’eau à l’œuf, modifieraient le degré de dissociation et le coefficient de partage des électrolytes et amèneraient ainsi certaines oxydations spéciales. Gela formait une explication, dont le défaut se sent dans l’exposé actuel.

THÉORIE DE LŒÏ3 CRITIQUE

On peut faire à l’exposé historique que nous donne Lœh un autre reproche encore. On est déçu de n’y point trouver les idées et les travaux des autres auteurs qui se sont occupés de la parthériogénèse expérimentale; le lecteur qui ju^rerait de l’historique en question d’après la lecture de ce chapitre s’en ferait une idée sinjnilièrement incomplète. Lo;h, en effet, ne mentionne les travaux des autres qu’autant qu’ils viennent à l’appui de ses théories ou autant qu’il a occasion de les combattre. Or, s’il a incontestablement beaucoup fait, s’il a fait même, on peut le concéder, plus que tout autre dans la parthénoi/énèse expérimentale, il y a, cependant, à cété du sien, bien des noms qui font honnête figure dans l’histoire de ces questions.

2. Passons maintenant de la critique du mode d’exposition des idées à celle des idées ellesmêmes. VA ici nous laisserons maintenant de c6té toutes les opinions qu’il a laissé tomber luimême pour ne parler que de celles qu’il a retenues dans sa conception finale.

Tout d’abord, une première remarque que l’on ne peut s’empêcher de faire est la suivante : Loib tire de ses expériences des conclusions qui dépassent de beaucoup les prémisses, en sorte que se rencontrent dans sa conception finale, à cété de conclusions indiscutables et d’expériences précises, des interprétations d’un caractère très hypothétique qui, peu il peu, prennent droit de cité

VJ

dans la théorie, comme si elles avaient été démontrées.

Il existe dans la biologie moderne une tendance très fâcheuse que nous tenons à mettre en évidence. Pour donner à une conception une forme plus complète, pour ne rien laisser d’indécis et d’inexpliqué, on précise les détails, on poursuit la question jusque dans ses derniers recoins et on met dans la théorie des hypothèses de plain-pied avec des faits, résultats des expériences.

Un exemple remarquable de ces tendances se rencontre chez un morphologiste, Weismann, qui a été conduit par elle, dans sa vaste et imposante théorie générale de l’évolution, à 'imaginer tout un cortège d’unités morphologiques auxquelles on s’est si bien habitué qu’on serait presque tenté de les considérer comme des choses réelles. Tels sont les déterminants, les ides, les idantes, etc., etc. Et cela est si commode de fournir l’explication désirée au moyen d’un mot facile à créer que, dans la théorie de Weismann, ces déterminants se multiplient à l’infini. Dès qu’une difficulté surgit, vite un déterminant pour l’expliquer. C’est ainsi qu’ont été créés les déterminants de bourgeonnement, de régénération, etc.

Lœb, dont la conception est essentiellement chimique, n’invente pas de déterminants morphologiques, mais des substances chimiques non moins hypothétiques, toutes les fois que le besoin s’en fait sentir, et il n’est guère plus sobre de substances chimiques inventées que Weismann de

THÉORIE DE LŒB CRITIQUE 219

déterminants morphologiques. Lœb fournit là un bel exemple de l’abus qui a été si spirituellement ridiculisé par Le Dantec dans son article sur les « Phénoménines^ ».

Ainsi, lorsqu’il s’agit du spermatozoïde, Lœb nous fait supposer l’existence en lui d’au moins deux couples de substances : il y a, d’abord, la substance dont dépend l’excitation de l’œuf au développement et une autre substance qui régit la transmission des caractères héréditaires; ces deux substances servent à expliquer le double rôle du spermatozoïde dans la fécondation. Le second couple dérive de l’analogie supposée entre le mode d’action du procédé expérimental de Lœb et celui de la fécondation : conformément à cela, il y aurait dans le spermatozoïde une substance membranogène, cytolysante (une lysine), et une autre qui corrigerait l’action de la première.

Pour l’œuf, Lœb suppose, dans sa couche corticale, tantôt une substance capable d’empêcher la diffusion de l’O et des ions OH, tantôt une substance nécessaire au développement, mise en moun vement par les réactifs cytolysants, tantôt des substances capables de mener dans la bonne voie un développement qui menace de conduire l’œuf à la cytolyse. Et toutes ces substances sont créées au fur et à mesure que le besoin d’une explication se fait sentir, contribuant à donner l’illusion d’une telle explication.

Page 1