Dans les expériences de 1906 et
THÉORIE DE DELACE
qiier aux premières les procédés qui réussissent chez les seconds, se comprennent facilement à la lumière de la nouvelle théorie.
Nous avons vu que le traitement à l’acide carbonique devait, pour atteindre des résultats, être appliqué au cours de la maturation de l’œuf, avant qu’il ne soit retombé à l’état de repos et que son noyau ne soit reformé. Or, c’est une période pendant laquelle la membrane nucléaire est dissoute; cela se produit naturellement, sans que l’intervention d’un réactif liquéfiant soit nécessaire. Reste donc seulement à fournir l’agent de coagulation, l’acide, et c’est ce qu’accomplit l’acide carbonique; il reste possible d’ailleurs qu’il produise en même temps cette anesthésie momentanée que Delage a cru être son unique mode d’action lors de la première interprétation donnée par lui à ces expériences. Si la parthénogénèse expérimentale est incomparablement plus facile à produire sur les Astéries que sur les Oursins, c’est précisément parce que, chez les premières, une partie de l’opération est accomplie par la nature et aussi parce que, la maturation des œufs se produisant au sortir de l’ovaire, dans l’eau de mer, on peut en suivre les différentes phases et choisir pour l’application du réactif le moment propice : lorsque la membrane nucléaire n’est pas encore reformée.
La théorie des coagulations et liquéfactions explique aussi pourquoi les œufs d’Oursin, insensibles à l’action de CO- dans les conditions ordi-
naires, peuvent être amenés à se développer sous son influence si on les soumet, au préalable, au secouage ou à réchauffement: ce traitement fait disparaître la membrune nucléaire et met l’oeuf dans les conditions d’un œuf d’Astérie au cours de la maturation.
9. La théorie de Delage arrive ainsi à rendre compte d’un grand nombre de faits, mais son auteur est loin de la considérer comme inattaquable. Il a lui-même indiqué, au moment même où il l’exposait pour la première fois, toutes les objections qui pouvaient lui être faites. La plus importante est une objection générale qui s’applique aussi bien aux expériences de Lœb et à presque toutes les expériences de parthénogénèse expérimentale : les œufs se développent, non pas dans le réactif même que l’on fait agir, mais plus tard, lorsqu’on les transporte dans leur milieu naturel. Or. on ne’ comprend pas pourquoi une coagulation ou une liquéfaction ne se produiraient pas en présence de la substance coagulante ou liquéfiante (de même qu’on ne comprend pas, dans le procédé de Lœb, pourquoi une solution de matières grasses ou une oxydation ne se produisent pas dans les réactifs solvant ou oxydant). Ladifficulté est moins grande, d’ailleurs, pour la formation de la membrane de l’œuf que pour la disparition de la membrane nucléaire : il est possible que la première se formebien dans le milieu coagulant même, mais ne devienne apparente que plus tard, lorsqu’elle
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s’écarte du cytoplasma ou qu’elle apparaît dans les intervalles des blastoraères; mais on ne peut pas supposer quelque chose d’analogue pour le noyau, car son aspect reste invariable pendant tout le temps de son séjour dans le réactif et ne commence à changer qu’au retour dans l’eau de mer où ses contours s’estompent peu à peu, la membrane nucléaire ayant disparu. Cela fait songer plutôt, non pas à une liquéfaction directe, mais à quelque influence préparatoire qui rend cette liquéfaction possible.
On pourrait aussi objecter à la théorie l’efficacité du tannate d’ammoniaque remplaçant l’action séparée de ses deux constituants. Mais on peut admettre, comme pour certaines autres substances, que le tannate d’ammoniaque étant facilement dissociable, ses deux constituants agissent en réalité comme s’ils existaient séparément dans le liquide. Voici quelques raisons qui viennent à l’appui de cette explication. Le tannin est un acide faible et l’ammoniaque une base faible, et c’est pour cela que le tannate d’ammoniaque se dissocie facilement. Si on prend un sel qui n’est pas facilement dissociable, tel que le chlorhydrate d’ammoniaque, il reste sans action sur les œufs, quoique ses éléments constituants, HCl et AzfP, si on les fait agir séparément, se montrent actifs. Cela indique bien que l’intervention de cette hydrolyse n’est pas une hypothèse gratuite.