‹ La participation aux bénéfices: contribution à l'étude des modes de rémunération du travailChapitre 16 sur 53 · DEUXIÈME PAKTIE. — CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PAKTIE. — CHAPITRE PREMIER

Véritables organisations, tant du côlé des ouvriers que du cblé des patrons: dans l'industrie du colon, par exemple, il est véritablement permis de dire que le taux des salaires se règle sur le taux des bénéfices par des négociations périodiques (1).

Ces divers arrangements sont sortis des conditions mêmes du développement économique.c'est-à-dire qu'ils sont essentiellement « conformes à la nature des choses » : or, il apparaît clairement que le principe sur lequel ils reposent, n'est autre que le principe même de la participation.

Quelle étape fautil franchir, par exemple, pour passât du système de l'échelle mobile àceluidelapartieipation' Uniquement celle-ci : au lieu de graduer la rémunératira de l'ouvrier sur le prix de vente du produit, la proportitHl ner à la différence entre le prix de vente et le prix de ra vient, c'est-à-dire au bénélice.

En quoi cette modification enlèverait-elle à la parti<qi pation le caractère d'une simple modalité du paiement di travail que l'on reconnaît à l'échelle mobile?

Ce n'est pas, à coup sur, qu'elle serait contraire ùl raison ; car il parait infiniment plus rationnel de faire îa tervenir dans la rémunération de l'ouvrier le prix de re vient, sur le taux duquel il peut exercer une influence que de la faire dépendre simplement du prix de vente dcn la détermination lui échappe complètement. <

Serait-ce parce que la liquidation définitive du prix d

(1) • Nous suivons la marche générale des affaires, expliquait en IBM. la Laboui- Coaimhsiun un Président de Trade-L'nîon ; nous roniialsïOI jour par jour le prix de vente du Gl ; nous connaissons exactement ) « marge a que laisse ce prix ; nous connaissons jusqu'd un centième i peon; le prix de délai! ; nous connaissons le tantième d'amorti a semeni que réclame le capital li^e : et nous savons qu'après avoir déduit de tout cela nos salaires, ce qui reste h. Temployeur n*ei^t pas grand cIiom • [Q, ScUlois, Melhods of Industriai rémunération, pp. 148-1*9).

travail est' remise à la fin de Tannée sociale ? Mais dans le système de Téchelle mobile, on attend égalemeijit un certain temps pour déterminer proportionnellement au prix de vente la part qui sera allouée à l'ouvrier : en Angleterre le délai varie d^un à trois mois. Or, dans maint établissement industriel, on établit le bilan — et par suite la part des bénéfices — tous les six mois : personne ne prétendra sérieusement que cette différence de délai suffise pour faire de la participation une chose essentiellement différente de Téchelle mobile.

Dira-t-on, toute question de temps mise à part, que la participation diffère essentiellement de l'échelle mobile en ce que le prix du travail n'est pas une somme fixe et certaine ? Ce serait oublier que dans l'échelle mobile ce prix reste incertain jusqu'au moment où le prix de vente est supputé (.1). Que Ton suppose un système établissant les bases suivantes:

L'ouvrier recevra a?, si le prix de vente = le prix de revient » » 05 + -rzr- » » dépasse » de 6

» » a? + -jrr- *> » » » de b*

et ainsi de suite. En quoi sera-t-il différent du système où Ton établit :

L'ouvrier recevra x, si le prix de vente = V

» ** ^ "l" TÔ" ** ** V + H

H' » " ® "*" TÔ ** ** V'+H', etc.

(1) On sait que, dans les échelles mobiles, les salaires d'une période, — de deux mois, par exemple, — sont fixés d'après la moyenne des prix de vente, calculée à la fin de la période précédente pour toute la durée de

celle-ci .

;i.'.\IÈME PARTIE. CHAPITRE PREMIER

Le premier système est une forme de parti ci pation aux bénéfices. Le second est une forme d'échelle mobile. Pourquoi reconnaître en celui-ci une véritable modalité du salaire et s'évertuer à voir dans celui-là une combinaison étrange, un régime de bienveillance dépourvu de scicntiRque ?

Il est d'ailleurs assez piquant de songer qu'à l'époque où les ouvriers anglais dos industries houillère et métallurgique réclamaient les échelles mobiles, les chefs d'indus-? tries, s'appuyant sur la science d'alors, faisaient valoît' contre elles les mêmes objections que contre la participation aux bénéfices. « Le prix du travail, déclaraient des maîtres de charbonnages en 1875, est réglé par la seule loi de l'offre et de la demande ; il ne peut légitimement être subordonné à d'autres éléments. Aussi les raisons qui s'opposent à la participation aux bénéfices sont-elles qu'à un certain point applicables au système qui prei pour base des salaires les prix de vente » (1). Cela n'ei pêche que personne aujourd'hui ne songe à contestt le caractère parfaitement scientifique des échelles mi biles.

L'identité de principe que nous signalons apparaît a autant de force entre la participation et le système du lairc pur et simgle, au temps ou à la pièce, dans lequel li taux varient plus ou moins exactement avec les tluctui tions des allaires, Apcrçoit-on entre ces deux régim< la plus minime différence ? II n'y en a pas d'autre qi celle-ci : dans la participation, la liquidation de la part bénétice se fait eu une fois, au lieu d'(>lre répartie sur ch; que échéancedu salaire. Aussi, serions-nous tenté d'à]

II) CilÉ parPrice, IndusMal penre, (i. S.'î.

ANALYSE DE LA PAITIOPATIOX ACX BÉNÉFICES 99

peler le régime normal de la graduation des salaires sur la marche des affaires : la participation instantanée d€tns les bénéfices. Dans ce système, qui est de plus en plus répandu aujourd'hui, la part du bénéfice de fin d*année s'incorpore en quelque sorte, par fractions successives, dans le salaire normal. M. Paul Lorov-Beaulieu lui-même le reconnaît implicitement lorsqu'il écrit quelque part : <v 11 faudrait... que les patrons, quand le travail va bien, améliorassent un peu les situations de leur personnel. On dira peut-être que nous arrivons ainsi à la participation aux bénéfices : non pas précisément, mais au salaire partiellement variable. » Quels que soient les noms qu'on leur donne, les deux systèmes reposent, en somme, sur un seul et même principe.

Mais, reprendra- t-on, quels titres peut bien avoir un ouvrier pour réclamer ainsi, même dans le régime du salaire pur et simple, une augmentation de paie, lorsque l'entreprise donne d'évidents bénéfices ?

La réponse est très simple : l'ouvrier entend que sa rémunération soit proportionnée aux résultats de la production, parce qu'il sent confusément, mais fortement, que son salaire ne représente pas toute sa part dans le résultat de la production. En est-il bien ainsi? qui saurait le dire ? Aucune règle de partage n'existe : c'est le débat entre le vendeur et l'acheteur qui déterînine les parts. Si l'ouvrier juge qu'il ne reçoit pas ce qui lui revient, il demande davantage, et si le maître juge qu'il ne peut rien accorder, il refuse. C'est en ce sens que les Trade-Unionistes anglais considèrent leur salaire comme le minimum de ce qu'ils peuvent accepter dans les conditions dumoment^ ou encore comme le maximum de ce qu'ils sont en état dexi-

DECXlftME PARTIE. — CdAPirHE PHEMIIÎR

ger de leur patron : et ils jugent que dans la part laissée à celui-ci il y a encore un fort élément qui leur revient. L'allocation d'un supplément sous forme de majoration dû salaire — ou de part dans les bénéfices, — leur apparaît donc comme une restitution de ce qui leur serait dû. Assurément, il est légitime qu'ils pensent cela, mais il est tout aussi légitime que les patrons pensent autrement: nipour les tin-'!, ni pour les autres, il ne pput filre question de droit naturel à quoi que ce suit. Mais nulle prescription économique n'empêchera les ouvriers d'agir comme s'ils avaient, suivant l'expression de M. Gide, « des droits sur toutes ces richesses qui sont sorties de leurs mains ». Nulle prescription économique non plus n'cmpê-'' chera que l'opinion, expression militante des mœurs, leur apporte dans celte revendication un concours sa plus puissant et plus éclairé.

Au surplus, ce point de vue ne manque pas de justifications purement économiques.

A mesure que s'améliore la condition des ouvriers, îl^ apparaissent de plus en plus, non comme des salariés puri et simples, mais (lomme des « collaborateurs d de l'entJ ployeur. Tout point de vue juridique misa part, il n'est pai contestable que l'association de fait domine les relations de patron à ouvrier. Le salarié ne court-il pas lui aussi des aléas nombreux, y compris le risque de mort? N'est-il pas exposé, en cas d'insuccès de l'entreprise, à se trouvci improductif? car, l'ouvrier qui a donné à son patron un cei tain nombre d'années de sa vie dans une profession détef^ minée, est-il assuré de trouver, au lendemain de la débi cle, un emploi rémunérateur dans le même métier? l communauté des risques du capital et du travail n'éclate-

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telle pas à tous les yeux, en présence de faits comme ceuxci : voici un extrait de règlement d'ordre intérieur d*une filature : « En cas de suspension du travail pour cause d'accident, les ouvriers n^ont droit à aucune indemnité. » Voici deux faits-divers, tirés par hasard d*un même numéro de journal anglais : « L'importante sucrerie de MM...., à...., est devenue hier la proie des flammes : 500 ouvriers et ouvrières se trouvent sans ouvrage. » — « Par suite des exigences du syndicat de production des fabricants de caoutchouc, toutes les fabriques de caoutchouc fermeront leurs portes pour trois mois : plusieurs centaines d ouvriers chômeront. »

Même en dehors de ces cas extrêmes, on oublie trop souvent combien la condition générale de l'ouvrier peut être influencée par celui auquel il engage ses services. Il n'est pas du tout indifférent, par exemple, pour un ouvrier, de trouver de l'ouvrage chez un patron qui a un bon ou un mauvais renom d'affaires : tel tapissier refusait, à notre connaissance, d'embaucher un apprenti s'il venait de tels et tels concurrents, qui passaient dans le métier pour manquer d'ordre et de capacités. Ce n'est là qu'un trait entre mille autres : aussitôt que Ton pénètre dans l'intimité de la vie industrielle, il devient manifeste que le salarié reste exposé à des aléas, — et que, par suite, il nesl pas sans avoir quelques titres économiques à une rémunération de la même nature que celle du spéculateur-em-^ ployeur.

En vain alléguerait- on que l'ouvrier ayant accepté un forfait, tout est dit lorsque le prix du forfait est payé.

Les ouvriers anglais, notamment, répondraient par cette théorie : « Nous apportons à la production non seulement

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