DEUXIÈME PAKTIE, CHAPITRE PREMIER
noire temps de travail, lequel fait l'objet ri u débat et de la convention juridique avec le patron ; mais encore un v^'ritable capital, qui est notre personnalité tout entière que nous risquons dans l'opération, au mômci titre que le capitaliste son argent. Comme lui, nous avons droit à un dividende, c'est à-dire à une part des bénéfices. Méconnaître cela, c'est méconnaître au travail toute dignité, c'est le ravaler au rang d'une simple denrée {!). » Et cette théorie n'est pas sans fondement : par le forfait du salaire^; U est bien vrai que l'ouvrier a renoncé à toute quote-part! ultérieure dans le résultat de son travail ; mais il ne fa ul pas perdre de vue que ce forfait a un objet tout spécial : oi n'est pas, comme dans le prôt du capital par des obligataires par exemple, une chose dont il suffit de payer li jouissance sauf à la remettre en bon état à l'expiration drf la convention : il s'agit ici de la personnalité humaine avp<ï tous ses besoins et tous ses risques, avec toutes ses tendances et toutes ses aspirîitions.
Au surplus, notre exemple du capital-obligations a, dang l'espèce, une portée particulière : ne conslate-t-on pas dans le droit commercial, la tendance à considérer les obligataires comme des sortes d'associés des actionnaires 3 Parfois, un comité d'obligataires exerce certains pouvoirs à l'égard du conseil d'administration; on doit aux oblif^a*' taires certains renseignements, etc. A fortiori, cette teiH dance s'expliquerait-elle lorsqu'il s'agit de la personnalité de l'homme.
Il suffit d'ailleurs, en restant sur le terrain des faits, d'observer que dans les industries et les pays les plus avan-
()) VoLr p. ex, la revue Labour Co-parlnefihip, pnastin. '
ces, les ouvriers ont fait reconnaître par leurs employeurs et par l'opinion publique la prétention de prendre leur part des profits; ils sont restés, ce faisant, dans leur droit strict d'hommes libres, défendant et promouvant leurs intérêts. Même au point de vue strictement économique, il n'est pas possible de faire abstraction de ce facteur nouveau dans l'étude des conditions de la production.
De toutes manières, rien n'est donc plus conforme à la nature des choses que de voir les ouvriers, soit profiter des conjonctures favorables pour augmenter le revenu qu'ils tirent de leur travail, soit, inversement, accepter en temps de crise des réductions de ce revenu, sans qu'ils fassent varier pour cela leur contre-prestation en travail.
Que cet ajustement des salaires aux profits se fasse par le moyen de l'échelle mobile, des comités mixtes d'em^ ployeurs et de salariés, des conseils d'arbitrage et de conciliation, des grèves, — ou de la participation aux bénéfices : qu'importe ! 11 constitue un phénomène historique, amené par le sentiment croissant que les travailleurs acquièrent de leur dignité et de leur personnalité d'hommes. Les économistes qui refusent de reconnaître dans la participation un mode scientifique de rémunération du travail ferment les yeux à l'histoire des peuples industriels : n'apercevant pas la portée de l'allocation d'une part du bénéfice aux ouvriers, ils sont fatalement amenés à en faire un complément de rémunération accordé à titre bénévole, et à considérer, par suite, la participation comme une simple institution patronale. A la vérité, tel «st bien l'aspect qu'elle revêt souvent, aux yeux du patron qui l'octroie, et même aux yeux de l'ouvrier qui la reçoit ; mais il appartient à l'observateur de mettre la participation à sa place