‹ La participation aux bénéfices: contribution à l'étude des modes de rémunération du travailChapitre 19 sur 53 · Au point de vue de son adaptation au milieu social · texte numérisé non relu

Au point de vue de son adaptation au milieu social

1 . — La participation- comme mode de rémunération du travail au point de vue des intérêts de l'employeur.

Un des buts essentiels que tout chef d'industrie doit avoir en vue est le développement de la productivité du travail ; or, parmi les éléments de la productivité se trouve le mode de rémunération du travail. 11 n'est pas douteux par exemple, que si un fabricant d'étoffes payait ses tisserands à Theure au lieu de les payer à la pièce, le rendement de leur travail serait notablement moindre; de même,un ouvrier briquetier payé à la tâche fait plus d'ouvrage que si son salaire était payé par jour.

Tout système derémujiérationdoit donc ^pourP employeur, satisfaire à cette condition de développer la productivité du travail.

UELXIËHE FAK'

■ CUAPITKE PREMIER

Examinons la participation à ce point de vue.

Pour cela, il ne faut pas oublier que ce système ajoute au salaire normal une somme éventuelle : il poss&de lioac d'abord toutes les propriétés des autres modes de paiement. Ce serait sortir du cadre de cette étude que d'analyser ceux-ci : qu'il sulfise de noter ici ce caractère purtb culîer.

Mais la participation a des avantages à elle propres.

Ainsi, chacun des modes élémentaires de rémunéralioi n'agit que sur un facteur particulier de la productivité : ]» salaire à la pièce, sur la quantité ; la prime à la bouiu exécution, sur la qualité des produits, etc. La participa tion, attcontraire, embratme tous les aspects différents diipro duitt car elle base la rémunération finale sur la diiïéreniî entre le prix de vente et le prix de revient. Il ne parid donc pas possible de trouver un mode supérieur de i munération, sans compter que, comprenant tous les élé ments de la productivité, il ne risque pas d'en accentue un seul au détriment des autres : l'excitation productive serait harmonisée en quelque sorte.

Ensuite, ce système peut avoir sur le travailleur i action individuelle que les autres combinaisons n'exerceo que très faiblement. Il transforme le serviteur à gage e un collaborateur ; il lui ouvre des horizons nouveaux Pour la première fois, comme on l'a écrit (1), celui qa participe aux bénéfices de fin d'année, se prend à raison ner sur les différents éléments qui concourent à ce béné iice. La valeur de la matière première, l'intérêt du capiti bâtiments et outillage, l'amortissement des frais d'installl tion, la part contributive de toutes personnes coopéraoti

la production, autant de notions qui se dessinent dans son esprit et qui y font naître des comparaisons et des jugements. Tout cela est dû uniquement à ce que le travailleur se voit appelé au partage, et cela au moment où il a lieu commercialement, c'est-à-dire à la fin de Tannée sociale. La part qu'il reçoit ne procède pas économiquement d'autre chose que si, pendant les bonnes années, il touchait une simple majoration de salaire et c'est là justement ce que partisans et adversaires de la participation oublient si souvent. Mais la façon dont il reçoit cette part confère à celleci un prestige nouveau, auquel il n'a pas tort de croire, car elle consacre son élévation dans la hiérarchie sociale. Or, tout cela n'est pas sans influence sur la prestation du travail. Nous en avons une preuve considérable et parfaitement évidente : c'est cette constatation rapportée dans la première partie, que la majorité des industriels ayant appliqué la participation ont vu s'élever la proditctivité du travail de leurs ouvriers.

L'analyse des effets de la participation montre que cette élévation peut être amenée par : a) la réduction des frais généraux; é)le perfectionnement de la production; cjTamélioration de la marche générale de l'entreprise. Or, les causes possibles de ces résultats se laissent aisément dégager.

a) Réduction des frais généraux :

(0 par l'économie dans l'emploi des matières premières, le soin apporté dans l'entretien et le maniement des outils, la diminution des déchets, des petits larcins, des dégradations du matériel. Les exemples abondent de l'importance de ces gaspillages de tous les jours dont la somme grève finalement le budget dans des proportions souvent inattendues. « Vous serez surpris d'apprendre, — disait

DEUXIÈME PARriE

APITRE PEtEMlEn

en 1886 fi ses ouvriers le directeur d'une grande fonderie du Nord de l'Amérique, — que nous perdons en moyenne sept fois plus à la fabrication d'une livre de fonte à rebuter que nous ne gagnons à la livraison d'umi livre de fonle bien coulée » ;

2» par une distribution régulière de la besogne, qui s'effectue d'une manitrtî normale et sans à-coups ;

3° par la diminution du nombre et du service des dl vers surveillants, chaque ouvrier déployant pour lut même et pour ses voisins une vigilance soutenue.

b) Pei-fectionnemenl de ta production. — Ce perfection* neraent peut porter sur la qualité ou sur la quantité (en fait, il est difficile d'établir nue distinction qui n'est cependant pas absolument fictive) :

1" par la mise en pleine valeur du temps de travail. On sait combien les industriels se plaignent souvent Ai r (( apathie » de leurs ouvriers, de » leur peu d'ardeur â la besogne », du » mauvais emploi de leurs heures présence à l'atelier » : c'est qu'ils sont les premiers à apprécier les désastreuses conséquences pour la marche d leurs affaires. Et l'on conçoit qu'un remède à de pareifi maux se traduise par une réduction du prix de revient'

2° par une diminution des malfaçons, notamment Ift la main-d'œuvre demande des soins minutieux, une exactitude et une précision de travail exceptionnelles ;

3° par une stabilité plus solîdedes services, rien n'étant^ préjudiciable à la réussite d'une entreprise comme lé^ changements incessants de personnel ;

4" par une serviabilité plus grande du personnel : le» circonstances sont fréquentes, en effet, où le patron abftsoin « que chacun fasse diligence à cause de la presse «

ANÂLTSE DE LA PARTICIPATION AUX BÉMilFICES 109

et trop souvent il ne rencontre chez ceux auxquels il s'adresse que mauvais vouloir et murmures ;

5^ par la sélection qui s'établit dans les qualités professionnelles des participants.

c) Amélioration de la marche générale de Pentreprise. — A signaler ici :

la paix de l'atelier assurée : plus de grèves, tel est le fait qui se dégage d'un grand nombre d'applications de la participation. 11 y a eu des exceptions, c'est vrai ; mais n'eût-ce point été miracle que par la seule magie de la participation l'esprit de solidarité eût été enlevé aux travailleurs, de telle façon qu'ils fussent devenus indifférents aux entraînements de leurs compagnons? Ou que, tout d'un coup les vieux ferments de haine et de discorde se fussent trouvés étoutTés?

la discipline et l'ordre dans tous les rangs du personnel, appuyant et soutenant l'autorité du chef qui se fait par là moins absolue et moins exclusive ; .

la bonne marche des services, garantie par le seul jeu des responsabilités qu'ils comportent, et permettant au patron de se consacrer entièrement à ses propres fonctions ;

la multiplication des concours et des bonnes volontés, faisant de tous, apprentis, ouvriers, employés, les artisans de la prospérité de l'œuvre commune, dont ils fixent le crédit par leur bonne conduite et dont ils augmentent la puissance industrielle par leur émulation à perfectionner son outillage, son agencement, ses installations.

Tels sont les effets possibles de la participation aux bénéfices sur la productivité du travail : en fait, nous l'avons vu, ils ont été constatés dans la majorité des applications. Ils pourraient trouver leur expression commune dans

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