DEUXIÈME PARTIE. CHAPITHE PnEMIER
cette observation anglaise : « The men are working witfei their hearts in », les ouvriers sont de cœur à leur ouvrage.
Nous avons tenu à les mettre en pleine lumière, maii nous aurions pu nous référer à un seul fait. N'a-t-ou pas reconnu expressément les avantages économiques di la participation en l'appliquant aux direrteurs, employés, surveillants, contremaitptjs? N'avons-nous pas établi qu« cette mesure n'a d'autre raison d'ôtre que l'excitation d zèle des participants en vue d'accroître les dividendes?
A moins que l'on dise : « Soit ! cela s'admet pour 1< travailleurs à responsabilité étendue ; mais à quoi bon Va] pliquer aux ouvriers? avecle machinisme actuel, ils aoa aucune influence sur la production ».
Cette dernière assertion est fausse : h Môme dans l'ao complissement journalier de sa tâche, nous disait un filo leur de soie en Suisse, l'ouvrier coopère à la formatioi des bénéfices n (1).
Un ouvrier nous faisait un jour comprendre la mémi chose de fort originale fa(;on : >< Si nous ne pouvons par notre bon ou notre mauvais vouloir, exercer aucuni iniluence sur la production, pourquoi donc accnrde-l-oi une part dans les bénéfices aux contremaîtres, surveil lants, etc., qui sont chargés de monter la garde à nos c< tés ? En toute justice, ce n'est mfime pas à eux que reviei drait la part qu'on leur alloue... puisque, fmalemcnt.c'ei nous qui avons fait notre possible I »
S'il arrive souvent que l'on conteste le rôle del'ouvrii dans la grande production moderne, c'est que l'on se mi prend sur la nature de son travail. En vérité, l'ouvriert que l'a fai;onné le machinisme ne doit guère dépenser d'
{1} Voir ù ce sujel (annexe VIIll, les subsfanticis renseij^neinenls fol ni> par M. Portevin, ingéaieur. au Congrès de la partie ipati un, en 188S.
nérgîe musculaire ni déployer de réelle habileté professionnelle : ce qu'il lui faut, c'est de la vigilance, de la dextérité, de la souplesse, nous dirions presque une virtuosité spéciale, ce que les Anglais appellent skill and nerve power. M. T. F. Bayard, ancien secrétaire d'Etat aux Etats- Unis, considérait cet ensemble de qualités comme le produit de l'éducation des facultés [the outgrowlk of ediicated sensés) (1). Loin, donc, de réduire l'intervention de l'ouvrier à un pur automatisme, la machine demande de sa part une prestation d'un ordre bien déterminé.
Mais la vérité est que, par sa nature môme, cette prestation échappe davantage à l'action de la volonté individuelle que la prestation de l'artisan, et qu'ainsi, plus la production est mécanique, moins l'employeur a chance de voir s'élever le rendement du travail des ouvriers participant aux bénéfices. Ce point sera étudié plus loin (Voir n® 3 de ce paragraphe). Disons seulement qu'il parait certain que la participation n'isole pas assez directement l'objet du travail, et que, dans les industries à machinisme intense, d'autres méthodes, comme le salaire à la pièce, à l'entreprise, les primes, etc., ont un rendement plus élevé. La participation est un adjuvant de ces systèmes ; elle peut les compléter, non pas les remplacer.
Nous n'en avons pas encore fini avec l'étude de la participation comme mode de rémunération du travail au point de vue des intérêts de l'employeur.
Celui-ci pourrait en effet y trouver un précieux recours, lorsque sous la pression de ses ouvriers^ il se voit contraint de leur accorder une rémunération plus élevée.
(\) Voir notre étude Les hauts salaires aux Etats-Unis,