‹ La participation aux bénéfices: contribution à l'étude des modes de rémunération du travailChapitre 24 sur 53 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Pour découvrir les objections qui se sont fait jour et qu.elle portée leur a été attribuée, nous avons consulté tous les auteurs qui se sont occupés notoirement ou incidemment du sujet, et nous avons noté, au hasard des rencontres, les opinions hostiles à la participation.

Déjà quelques-unes, les plus marquantes, se trouvent groupées au milieu d'études d'ensemble, sous une rubrique spéciale (1); mais nous ne pouvons nous borner, après tant d'autres, à ne rééditer que celles-là.

Il nous a paru nécessaire, pour que cette partie de notre travail fût complète, de présenter un aperçu général des objections faites : aussi avons-nous pris soin de n'en négliger aucune, alors même que les nécessités de Texposé nous auraient forcé à les rencontrer en d'autres passages : dans ces cas, nous nous bornons à renvoyer aux endroits visés, en résumant très brièvement les considérations qui y sont développées.

Première objection . — La participation aux bénéfices est un arrangement injuste, illogique^ mal équilibré^ car il

(1) Voir, par exemple, les études de MM. Ch. Robert, Bôhmert, Delvaux, Sedley Taylor, Ott, Gide.

Heiipoi 'MrnUnyîif -Iff p^srtitiper aux bénéfices sans par iicip^fT aux &-^^.Vf I .

Noos •j^»nII•^Q5 à »r>?-tte ûbîeetîoD la première place, car noUe ik^^i plo^ o>araQte que celle-là. Il n^est pas une seule Je* per2*>im'e-î' .l>nt nous avons demandé Tavis, qui n'ait directement on îndireetement fait mention du #r grand argument de la participation aux pertes >».

Or. cet armment fameux repose sur un ensemble de fictions.

En réalité, dans le système de la participation, Fouvrier participe tout autant ou tout aussi peu aux pertes que dans n'impcorte quel autre système de rémunération, le salaire pur et simple compris : seulement la forme de cette partici[*ation est différente.

Sous le régime du salaire pur et simple, lorsque les affaires ne vont pas. la rétribution du travail n*en subitelle pas le citutre-coup ? Le salaire ne baisse-t-il pas ? " ôu'allez-vous faire - ? demandions-nous à un industriel qui ne trouvait plus de débouchés pour ses produits. — « Avant tout, je vais appeler à mon bureau les plus sérieux de mes ouvriers et je vais leur dire : écoutez, mes auiis. ça ne va pas : il faudra vous montrer tous raisonnables : je vais réduire les salaires de 10 0/0 ».

Au surplus, les exemples abondent qui montrent la répercussion du prix du produit sur le prix du travail : citons quelques chiffres relatifs à la dépression des salaires qui a suivi la crise générale ouverte vers le milieu de la décade 1870-1880.

Dans le Massachussetts. baisse variant de 1 à 30 0/0 entre 1875 et 1877.

(1 Cf. Le contrat de participation aujc bénéfices, par Ch. Rol>ert, p. iO.

EXAMEN DES OOlECTlOîlS 1 49

En Angleterre, dès février 1874, les bouilleurs de l'Est et de FEcosse acceptent une réduction d'un shilling par jour. En janvier 1878, les mineurs de la Galle du Sud, après âVoir refusé une baisse de 10 0/0, en subissent une de 12 1/2 0/0. En 1876, ta dépression s'étend aux industriel textiles ; en 1877, aux charpentiers; en mars 1878, aux ouvriers en bâtiments; en janvier 1879, aux mécaniciens. Dans le Northumberland, la marche descendante des salaires se traduit par le tableau suivant :

En Belgique, le salaire des puddleurs subit une baisse considérable :

1873: . 2.i00 fr. par an;

Sous le régime participationniste, le contre-coup de la dépréciation du produit se traduit d'abord par le gain d'une somme moindre, lorsque le bénéfice est simplement réduit; — puis, par l'absence totale de rémunération supplémentaircdans'le ca« où le bénéfice est nul ; — enfin, par une diniinutiondu salaire normal, si le bilan solde en déficit (2). Que diré,d'ailleur&,du système de l'échelle mobile, dans lequel l'ouvrier voit son revenu diminuer parce que son patroH'Vefnd moins cher le produit de son travail? N'y aurait-il point là' peut-être participation aux pertes ?

(1) Cf. M. Ansiaux, ouvrage cité, p. 51-52, et Enquête belge de 1886.

(2) NouSjdevpns, en effet, rejeter absolument cette assertion de M. Gide : « Dans la participation, le salaire reste invariable ; il n'est donc jamais exposé a baisser » (Conférence sur le contrai de salaire, p. 19).

X'SIÉMC PARTIE.

Tout cela «;st absohimeni normal et homogène. Et si la participation est quelque chose d'injuste, d'illogique el (je mal équilibra, tout le régime du salariat dans sa forme actuelle est aussi injuste, aussi illogique et aussi mal cqui* libre. Mais en réalité, il n'en est rien. La force des choses a fait, nous l'avons démontré, que les intérêts de l'ouvrier se sont solidarisés avec ceux de son patron et que la rémuuératîoii de son travail s'est, entre certaines limites, ajusté* à la marche des affaires.

Au fond, l'objection tire sa force de ce que Callocnti de la part de bénéfices à fouvrier se fait au même mompnt où le capitaliste louche la sienne : pure question de comptabilité commerciale, ainsi que nous l'avons expliqué, — simple fiction, qui fait croire à l'existence d'une association véritable, alors qu'il s'agit d'une simple modalité du salariat ordinaire. Nous ne touchons pas ici au point do vue juridique, que nous réservons pour la 3'' partie de notre étude : on y verra que les considérations de droit ne sont pas moins fortes que les considérations de fait.

Quant à la pratique des patrons qui ont constitué une caisse de réserve pour les pertes, dans laquelle les participants déposent une partie du tantième reçu, nous ne la considérons pas comme une forme de la participation aui bénéfices au sens ordinaire du motx'est une étape nouvelle vers l'association ; c'est même un mode nouveau de rémunération plus voisin do la copropriété par possessiua de titres de faible import, que de la véritable participation : c'est donc, dans toute la force du terme, une exception qui confirme la règle.

D'ailleurs, « l'argument des pertes », dont ou fait si grand état, s'écroule devant cette simple constatation : les ilirecteurs, sous-directeurs, surveillants et contremaîtres

d'un grand nombre de sociétés commerciales reçoivent, en sus de leur traitement fixe, un tantième dos bénéfices. Songe-t-on, les années de déficit, à leur faire rapporter leurs tantièmes, afin de les faire participer aux pertes ? Il

est vrai que M. Block prétend bien qu'ils devraient rapporter non seulement leurs tantièmes, mais encore leurs appointements fixes, « qui n'étaient que des avances sur le bénéfice probable » ....(1).

Rien n'est plus étrange que la différence d'accueil réservé à la participation, suivant qu'elle s'applique aux salariés supérieurs de l'entreprise ou aux ouvriers : a-t-on jamais mis en mouvement, lorsqu'il s'agit des premiers, toutes les subtilités et toutes les arguties qu'on découvre lorsqu'il s'agit des seconds ?

II' Objection. — La participation ne peut être une institution économique^ car^ en économie politique ^ on donne àckacun ce quHl agagné ; or, c'e/fi le pat^^on^ « r entrepreneur », qui a gagné les bénéfices ; en accorder une part aux ouvrierSy ce serait reconnaître qu'ils ont droit à prendre ce qui est à autrui (2).

Suum cuique : dit M. Block, pour résumer cette objection, affirmant clairement ainsi l'erreur fondamentale que nous avons cherché à dégager dans notre analyse économique, — à savoir qu'il existerait une répartition naturelle des résultats de la production, et que la participation étant contraire à cette formule, serait dépourvue de tout fondement scientifique.

Nous ne pouvons que renvoyer aux considérations que nous avons longuement développées dans notre analyse

(1) Block, Les progrès de la science économique, tome H, p. 358.

(2) Block, op. cit., pp. 364, 362.

becxiÊME r*rn£. — cuApmtE ii

L-t.tinufui<]ui-< 2' partie, cfaap. I.§l<: bornoRs-nous àrappc- ' 1er celle roBcluËKin que la participation u'estpns on arraD--| gement donl le priocipe diffère da salaire pur et simple, et qu'en particulier, il n'aboutil àdépouiller personne de | ce qui lui revient.

111* OttiBcnox. — La participation aux bêné/ices, faisant J dépendre la rémunération de fourrier de circonstances qui | lui sont étrangères, est un iyuème contraire non seulement ] à la justice distributite, mais encore aux intérêts bien en' \ tendus de tourrier[ii.

Nous ne parlerons plus ici des intérêts de l'ouvrier : cel aspect de la queÈfion a été en%'isiigé précédemment, dans l'i-xamen économique de la participation comme mode dfi rémunération du travail. Nous y avons montré que lobjection ne manque pas de foudement, surtout si l'oB s'en tient aux tendances actuelles des ouvriers.

Pour ce qui est de la justice distrîbntive, nous pourrions répondre qu'elle n'a, en ^oéral, pas grand'chose à voi» dans les affaires économiques: est-il, par exemple, con* forme à la justice distributive que, dans le système dn salaire à la pièce, le patron réduise le prix unitaire, anssitôt qu'il s'aperçoit que l'ouvrier réalise un gain supérieur à celui que lui donnait Je salaire au temps? N'empéchc que le salaire à la pièce est aujourd'hui la ^^gle de It grande industrie, et que la pratique à laquelle nous faisonsallusion est courante dans tous les pays mamifacturicrs.

.Mais nous voulons aller au fond de l'objection.

Tout système de rémunération n"est-il pas nécessairement contraire à la justice distributive, et ce pour la s

(i) cm par M. Ansinux. Heures <le Ifavail et Salaires, p. 19*.

EXAMEM DRS OBJECTIONS 1 S3

pie raison qu'il n'est pas possible de distinguer exactement dans la production, la contribution de chacun? Est-il just€\i par exemple, que l'ouvrier voie son salaire diminuer parce que les affaires de son patron vont mal ? Nous connaissons le cas d'une faïencerie dont le directeur a amené la ruine par son incompétence et sa légèreté : pendant les derniers mois de sa gestion, les salaires avaient dû être réduits de 15, puis de 20 0/0 : qu'y avait il de juste en cela? Môme, cela était souverainement injuste, car nous sgivons que les ouvriers redoublaient de zèle et d'assiduité en vue d'éviter le désastre.

Et l'échelle mobile, n'est-elle pas exposée au même reproche? Voici des ouvriers lamineurs qui seront mieux rémunérés si la tonne d'acier se vend 175 francs, que si elle se vend 160 : peut-être auront-ils moins travaillé cependant dans le premier cas, que dans le second.

En réalité, la participation aux bénéfices n'est ni plus ni moins /«^/^ que tous les autres modes de rémunération du travail. Elle parait l'être plutôt davantage , parce que, comme nous l'avons montré, elle embrasse l'ensemble des opérations de la production par la mise en évidence de leur résultat final : le bénéfice. Par dessus tout, elle est conforme à la tendance historique qui rapproche les collaborateurs^ de^ l'entreprise, en les associant aux mêmes chances, bonnes ou mauvaises.

IV* Qb^ç€;tion, « — La participation est contraire à la naître, du contrat intervenu entre l'employeur et l'employé^ car ce contrat repose sur un forfait et ^ lorsque l'ouvrier a touché le prix de son travail^ il n'a plus droit à autre chose (1).

(1) Cf. M. Block, Les progrès, etc., p. 363.

rXlÈME PARTIE,

La troisième partit' de notre étude sera précisi^mBi consatTée à mettre en lumière la valeur juridique de I clause dL' participation et à démontrer qu'elle n'enlani pas la nature duforfait. Mais il importe néiinmoins der tenir le point de vue g;énéral de l'objection, qui trado une opinion assez répandue.

Toute l'erreur vient encore une fois de ce que l'on sen présente le prix du travail comme soustrait à l'influence dl prix du produit ; on ne voit dans le résultat du débat entp acheteur et vendeur do travail que la valeur des serviu rendus, alors qu i! est l'expression d'un ensemble d'actioffl et'de réactions, parmi lesquelles intervient la conjonctiiPa commerciale. Le forfait admet la graduation de hi rérauniîralion d'après le prix de vente dans l'échelle mobilg et même dans le salaire pur et simple: pourquoi n'admettrait-il pas la graduation d'après le bénéfice "î fVoi 2° partie, chap. 1, § 1).

Observons encore que l'on oublie toujours de faire valoiï l'objection dans le cas des directeurs, gérants, etc., intéressés dans les bénéfices.

V« Ob,iection. — La participation n' est susceptible d' cune gi'nih-a/isation, car une minorité seulement d'entreprises font des h€néfices,et encore parmi celles-là, leplus grt nomère réalisent des bénéfices si restreints que la participik lion ne procurerait aucun gain sérieux à C ouvrier (i).

Pour justifier l'assertion qui sert de fondement à l'ol jeetion, on apporte des statistiques qui s'appuieut.penson! nous, sur des évaluations de M. P. Leroy- Beau lieu : île 100 industriels, iO feraient faillite, 50 végéteraient. 10 prospéreraient.

(1) Cf. V, Lerûy-Bpaulieii. Tn,ilê (\lù. p. 51S,

EXAMEN DES OBJECTIONS lyS

D'abord, rien ne démontre Texactilude de ces données.

Ensuite,elles sont dépourvues de toute portée. Qu'est-ce, par exemple, qu'une entreprise qui « végète » ? Ce qu'il faudrait connaître, c'est la proportion des entreprises qui réalisent des bénéfices par rapport à l'ensemble de celles qui existent à un moment donné, car les entreprises disparues sont évidemment hors de cause. A s'en tenir aux chiffres précédents, cette proportion serait de 10 à 60, soit 1/6®, ce qui n'est déjà pas si insignifiant. Puis, il faudrait savoir si les entreprises qui « végètent » et celles qui ont fait faillite,n'ont jamais, en aucun temps, réalisé de bénéfices. Enfin, il serait utile de connaître le nombre proportionnel d'ouvriers occupés par les entreprises de ces trois catégories : il est infiniment probable que celles qui prospèrent emploient la très grande majorité des ouvriers, car il existe pour cela une foule de raisons économiques, Or, ce n'est pas chose indifférente qu'une réforme, sans poxivoir se généraliser, puisse s'appliquer au plus grand nombre.

Mais prenons même que les informations fournies soient conformes à la réalité, et qu'il n'y ait qu'une infime minorité d'entreprises réalisant des bénéfices.

Nous serions tout à fait éloigné d'y chercher un grief contre la participation. Tout le monde s'accorde à reconnaître qu'un des facteurs du malaise social actuel est la fausse compréhension qu'ont les ouvriers de la gestion des affaires industrielles : ils s'imaginent qu'il suffit d'être patron pour s'assurer de beaux bénéfices et que ceux-ci se gagnent le plus aisément du monde. Ne serait-il pas véritablement bienfaisant, le régime qui mettrait les travailleurs face à face avec la réalité? La valeur éducative de la participation nous paraît même plus grande, lors-

izf.

UErXIÙE PABTIE- — CHiriTRE II

que ?e présentent 'les annw's où les bonis se changent a délicîls: rien mieux qoe celte petite leçon de choses n pourra rt'v^Ier à rouTrier les risques et les aléas de tonte entreprise indastnelle et lui explîquerainsi des situations contre lesquelles il se révolte, parce qu'il ne les comprend pas.

Pour en finir arec cette objection, nous (lirons que, fM il vrai que la participation ne peut se généraliser, < n'entamerait en rien sa valeur intrinsèque. Une géné#1 ralisation nVst ni souhaitable, ni possible : nous avbu montré de combien de conditions dépend, en pratiqu réusite des applications. Il en est ainsi de la plupart dc^ inslilutions économiques : l'organisme social est coraplexp, son développement même est lié à la variété des formes. La question est seulement de savoir si la participation peul être l'une de ces formes. — non pas de démontrer qu'elle les remplacera toutes.

VI' Objection'. — La participation aux bénéfices est toi s^/tlème injuste et impraticable, car elle créerait une fiatjrante inéyalité entre les ouvriers d'un mérite èr/al, suivant qu'ils seraient ou non employés dans une entreprise participationniste (1).

L'objection, qui a d'ailleurs sa contre-partie dans la suivante, est enfantine.

Avec ou sans pHrticipalion, les salaires des ouvriers dilfOrcnt souvent dun établissement à l'autre, parce qn* tous les patrons ne sont pas aussi compétents, ou parce qii« l'outillage n'a pas atteint partout le même perfectioiiii<^ meni, <iu parce que la matière première n'est pas uni^o^

(1) Cr. Iiifroili

lepraligiie, p, 89,

EltAMEN DES OdJÉCtIONS iS?

mément bonne, ou parce que le mode de rémunération du travçiil est plus ou moins favorable à l'ouvrier. La participation appartient tout simplement à cette dernière catégorie. .P'fi^illeurs, àun point de vue plus général, il est souhaitable, pour Tavancement industriel d'une nation, que par tous, les moyens une sélection économique s'établisse au profit des entreprises capables de concurrence. Ce serait donc plutôt un mérite pour la participation que de contribuer à y attirer la main-d'œuvre et le capital.

VJI* Objection. — La participation aux bénéfices se détruirait elle-même, car le taux moyen de la rémunération du travail, dans une profession donnée, devant rester constant^ les salaires finiraient par baisser dans les entreprises où de forts dividendes sueraient répartis aux ouvriers (1).

Les considérations que nous avons déjà fait valoir quant aux effets de la participation sur le taux des salaires, éclairent particulièrement cette objection. On peut en retenir notamment ceci : que l'on ne saurait prévoir quelle sera la politique ouvrière à Tégard de la participation, si celle-ci devait s'étendre à un grand nombre d'entreprises d'une même industrie. Nul ne sait ce que réserve l'émancipation graduelle des ouvrie^rs : ne tendront-ils pas à soustraire aux fluctuations la partie fixe de leur salaire destinée à subyenir aux frais nprmaux de leur entretien, sauf à accepter des ipégaUtés de répiunération quant à la partie variable ? IJL en résulterait que le salaire total moyen ne serait plus du tout constant pour une même profession.

N'est-ce pas,,d'ailleiir.9, cç qui se. passe déjà pour les directeurs, gérants, employés et surveillants intéressés aux

(1) p. Leroy-Beaulieu, Traité cité, p. 5S3.

158 DErSIÈME PARTIE. CHAPITRE II

bénéfices ? N'admet-on pas que les traitements fixes de ces divers agents de la production doivent, pour un milieu donné et une valeur donnée de services rendus, être sensiblement les mêmes, non seulement dans une même industrie, mais encore dans différentes industries? Les parts complémentaires seules varient, soîl par le taux du ijuanlum des bénéfices alloué, soit par le montant même de ceux-ci. Pourquoi une situation analogue ne pourrailellc pas s'élablir relalivenienl aux ouvriers?

Vlll' OujEcnoN. — Dès (fu'uti chef if industrie accortieà ses ouvriers une part détenninêe sur les bénéfices, que le» ouvriers Cacceptent et, par ce fait, précisent im contrat, ta contrat implique la vérification du bilan. De là. rencc indiscrète, destructive de l'autorité patronale, du bm ordre et de la discipline (1).

La question préalable : « La validité du contrat implï^ que-t-elle le contrôle des comptes? a est réservée pour )A 3° partie, où elle trouve une réponse nettement affirma^ tive.

Quoi qu'il en soit, ce contrôle entraîne-t-il de sérieu* inconvénients?

Tout avenir est, dit-on, fermi^ à la participation, si el!« peut amener cette conséquence de permellre aux ouvrier» de s'immiscer dans les alîairos de leur patron ; s'il devai en (Hre ainsi, la position du chef d'industrie ne sérail pa tenaille un seul instant: obligé de s'en référer pour Je questions d'administration et de direction à ceux qui so8 en réalité ses subordonnés, son autorité deviendrait nulU la concentration des responsabilités, si nécessaire pouri

(I) Gibon, La participation auj- b^aéficei et les d'iffieulUt f pp. H'Sâ.

£XAM£N DES OBJECTIONS 159

conduite d'une entreprise soumise à de continuels aléas, serait remplacée par un régime de défiances et de chicanes ; sans compter que , les ouvriers n'étant point , dans leur ensemble, préparés à la compréhension dos affaires, celles-ci souffriraient infailliblement des fautes de gestion.

Il est difficile d'énerver ces considérations, encore qu'elles partent, du moins dans la forme exagérée que certains leur donnent, de cette notion fausse et périlleuse qu'il faut s'opposer à toute tendance des ouvriers à s'élever au-dessus de leur rôle subalterne de salariés.

Mais la vérité est que le point de vue duquel on part est faux.

Ce n'est point parce que le maître décide d'accorder à ses ouvriers une part dans les bénéfices éventuels de son entreprise, qu'il leur donne un droit quelconque de contrôler sa gestion : il a modifié, perfectionné éconortiiquement et moralement le mode de rémunération de son personnel, mais il n'a en rien touché à l'organisation de son établissement.

De ce que les ouvriers auraient le droit de vérifier les comptes, il ne s'ensuit nullement qu'ils ont celui de prendre une part quelconque à l'administration : rechercher si le bilan de la gestion a été bien et fidèlement dressé, et s'immiscer dans cette gestion, sont choses tout à fait distinctes. La réalisation pratique du droit de contrôle (Voir p. S2) montre d'ailleurs à l'évidence qu'il ne confère pas aux ouvriers une parcelle de Tautorité patronale : qu'un tiers expert,par exemple, soumette au personnel participant un procès-verbal par lequel il certifie l'exactitude du bilan, en quoi cela constitue-t-il une « ingérence indiscrète, destructive de l'autorité patronale, du bon ordre et de la discipline »?

lEtiXlftME PARTlli.

irArtThE 11

En tous cas, alléguera l-on peut-être, « il résullori de la communication de la situation financière de dangi reuacs révélations et de regrettables indiscrétions " (1).

A cela, M. Ch. Robert répond excellemroenl : " Larévrlation des pertes d'une maison industrielle se produit tW-î souvent sans qu'on puisse en accuser la parficipatian. La situation réelle peutraroment être dissimulée longtemps, On la coniiaJt par des indiscrétions d'employés et par mille autres sources d'informations. Les agences commerciales^ dès qu'on les consulte, donnent à cet égard, sans la moi» dre difficulté, des renseignements très précis » (1).

Ici encore d'ailleurs, l'expérience d'un autre mode d< rémunération peut être invoquée : les échelles mobiles i fonctionnent pas, en Angleterre, sans que dos experts Ai signés par les patrons et par les ouvriers et engagés [ serment à la discrétion, soient appelés à examiner les It vres des différentes primes. 11 n'a jamais été constaté qui en résultât aucun inconvénient.

Au fond, les craintes manifestées par certains patroii viennent de leur regrettable tendance k croire que po» être prospère, l'industrie doit s'exercer à huîs-olos : cffl cette tendance qui les pousse, par exemple, à refuser tout communication statistique touchant le régime de !a pr« duction. Il faut le temps pour disî^iper ces préjugés; it yi vingt ans, les manufacturiers du Massachussetts s'opptf saient par tous les moyens aux investigations du i Bureau; aujourd'hui, ils lui fournissent spontanémeB des renseignements, reconnaissant ainsi que l'induslri comme la plante, a besoin du grand jour pour se déve lopper.

(1) InlroJui-lioii uu Gtiù/c p,-uti',iie, |i. «3.

IX' Objection. — Avec la participation aux bénéfices les germes de discorde risquent d'être à la longue beaucoup plus nombreux qu'aujourd'hui (1).

M. P. Leroy- Beaulieu, en rééditant Tobjection, prend la peine d'énumérer les nouveaux sujets de conilits auxquels la participation donnera lieu. « Des différends peuvent s'élever, dit-il, et certainement avec le temps ils s'élèveraient si le régime se généralisait : 1" sur le point de départ de la participation ; 2® sur le quantum de celle-ci ; 3<> sur la vérification des bénéfices ; 4© sur les amortissements et la dotation des réserves ; 5"* sur le mode de répartition immédiate ou différée, individuelle ou collective ; 6° sur les conditions d'admission ; 7° sur la gestion môme, qui, dans certains cas, par son incapacité, réduirait les profits. Bien plus, des discussions âpres et violentes, des dissentiments profonds pourraient se produire entre les ouvriers participant aux bénéfices et les ouvriers non participants. »

Rien n'est plus aisé que de prophétiser les inconvénients qu'une réforme proposée pourrait entraîner : il suffit, ainsi que l'a fait M. P. Leroy-Beaulieu, de passer en revue tous les éléments qu'elle comporte et de faire pour chacun d'eux les suppositions les plus pessimistes. C'est le recours des conservateurs de toutes tendances; le rôle des fervents de la réforme est de répondre en ne faisant état que de ses avantages. Mais en se pénétrant de cette vérité qu'aucun arrangement humain n'est parfait, on peut établir la balance des avantages et des inconvénients,

Or, si Ton y regarde d'un peu près, on aperçoit que les ferments de discorde contenus dans la participation ne sont, en réalité, que des sujets de contestation inhérents à

(1) p. Leroy-Beaulieu, Traité cité.

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